Sénégal: Technopôle de Dakar, un poumon vert au cœur de la capitale

Située dans le Département de Pikine, la zone humide du technopôle joue un rôle prépondérant dans la préservation de la biodiversité. Lieu de convergence de plusieurs espèces d'oiseaux, de mammifères et aquatiques, ses eaux tranquilles, sa verdure magnifique et son air pur font de cet espace vert un endroit privilégié de la ville. Le technopôle est aussi une aubaine pour les pêcheurs, jardiniers et maraîchers qui y gagnent leur vie.

Le technopôle de Dakar est un vivier pour la biodiversité. Plusieurs espèces utiles à la préservation de l'écosystème y vivent. La verdure du paysage est rare et vivifiante. Une brise fraîche et saine vous fouette le visage et nourrit vos poumons. Ce grand espace vert est un havre de paix.

« Je passe mes journées ici, dit avec sourire Abdoul Camara, âgé de 56 ans. J'ai mon carton pour m'allonger, ma théière, mes tasses et mon fourneau pour faire du thé. De 10h à 18h, je suis là à contempler la nature et à humer l'air frais. Souvent, ma femme m'apporte mon déjeuner jusqu'ici.

Notre maison est juste à quelques lieux de cet endroit paradisiaque ». Mine joviale, joues perforées, épaules larges, ce père de famille s'abandonne paisiblement sur le tapis vert, doux comme une éponge ; l'esprit absorbé par le joli spectacle offert par les oiseaux. Une nuée de hérons voltige à l'horizon.

L'eau est calme. Les rayons solaires, timides à l'heure du zénith, donnent au marais un éclat argenté. Loin des vrombissements de moteurs, de la fumée s'échappant des véhicules, la zone, étendue sur plus de 300 ha, respire une sérénité contagieuse. Ici, l'Homme se réconcilie avec la nature.

« L'eau est profonde d'un ou de deux mètres. Il fut un temps où elle était très douce. Mais, depuis un moment, elle est salée », confie Alioune Tine, un jeune jardinier, bêche et râteau en mains.

Il entretient son gazon. En période sèche, le marécage tarit ; les poissons y vivant disparaissent.

Les flots laissent place à la boue. Selon le Fatickois de 31 ans qui se dit un amoureux de Dame Nature, en cette période-là, « les gens traversent le poumon vert de Dakar à pied sans aucune difficulté ».

Des boas vivent au milieu des hautes herbes de cet écosystème. « Bien sûr qu'il y en a, mais on les voit très rarement.

Ces reptiles sont très intelligents ; ils ne se déplacent que la nuit. Généralement, on ne tombe que sur les traces qu'ils laissent lors de leurs déplacements », explique le pêcheur Papa Mamadou Diaw.

L'urbanisation, une menace

Les oiseaux offrent un concert de gazouillements. Cris secs et aigus s'emmêlent à d'autres, lourds et soutenus. Sur la terre ferme, des hérons, pattes longues et ailes déployées, défilent avec élégance. « Tous ces hérons ont des plaques aux pattes. Ils viennent de partout dans le monde.

Parfois, leurs propriétaires suivent leurs traces jusqu'ici pour les filmer », dit Papa Mamadou Diaw, les habits trempés, les pieds nus couverts de sable. Le sexagénaire sirote son café matinal ; des hérons plongent dans les profondeurs des eaux pour coincer un poisson. À chacun son petit déjeuner !

Dans cet écosystème, les lois de la nature sont respectées. Les boas se nourrissent des oiseaux et de leurs œufs.

Ces bipèdes, quant à eux, vivent des poissons qui, à leur tour, mangent les insectes, les vers, les mollusques. Ce cycle assure la préservation de la biodiversité. « Elle est indispensable au bien-être et à la santé des êtres humains, soutient Nadiati Touren, environnementaliste.

La biodiversité possède une valeur à la fois économique, sociale, culturelle et esthétique ». Le technopôle dispose d'une faune et d'une flore riches. Seulement, selon elle, le site est menacé par la pressante urbanisation de la capitale.

« Les zones humides comme le technopôle permettent de lutter contre les inondations, d'après elle. Malheureusement, de plus en plus, les populations y construisent des habitations avec la complicité des autorités ».

Rose, meuve, jaune, orange... , les couleurs vivent des fleurs font grand bien aux yeux. Derrière cette beauté, se cache une activité économique dense.

Élevage, jardinage, pêche, maraîchage, toute une chaîne de valeur qui permet de nourrir plusieurs familles. « Il y a beaucoup de personnes qui gagnent leur vie dans cet espace.

On voit même des hommes qui viennent chercher de l'herbe pour aller la revendre. Ces activités économiques sont toutefois bien quadrillées par les agents des eaux et forêt », selon Ousmane Diagne, un pêcheur.

Une économie verte

À 300 m à l'intérieur du site, sur une piste rougeâtre, un mur érigé au milieu des arbustes, informe sur le lieu : « Bienvenue à la réserve naturelle urbaine de la grande Niayes de Pikine ». Des agents forestiers, abrités sous une tente, surveillent du coin de l'œil les rares passants. «

Les gardes forestiers sont là depuis le mois de juin 2019, suite à la promulgation de loi sur la protection du technopôle par le Chef de l'État Macky Sall, informe Pape Mamadou Diaw. Ils ont un poste un peu plus loin à l'intérieur ».

Dakar abrite plus de trois millions d'habitants. L'urbanisation est en plein essor dans la capitale. Les quelques espaces libres sont convoités par de nombreuses personnes.

À cause de cette pression foncière, même cet espace vert, jouant un rôle de régulateur de température, dans un contexte de réchauffement climatique, est menacé.

« Dernièrement, un homme est venu ici avec des camions, des grues pour construire des bâtiments, explique Ousmane, la quarantaine sonnée.

Les populations environnantes s'y sont fermement opposées. Des environnementalistes les ont rejoints dans ce combat. Ainsi, les travaux ont été suspendus ». « Serigne Mboup (directeur général du groupe Ccbm) dispose de trois hectares dans la zone. Aujourd'hui, le site est protégé.

Sauf qu'avec nos dirigeants, on ne sait jamais à quoi s'attendre. En fonction de leurs intérêts, ils peuvent lui octroyer une autorisation de construction », regrette Diaw, pêcheur dans la zone depuis quinze ans.

Loin de toutes ces inquiétudes, Abdoul Camara se la coule douce dans son coin. Air pur, belle vue, quiétude, il profite de la palette pour son bien-être. « Je me sens merveilleusement bien autour de toute cette verdure ».

PÊCHE I Un marais pas trop poissonneux

C'est la chasse... aux poissons. Le produit halieutique est devenu une denrée rare au Technopôle.

À l'Est, une lumière rougeoyante s'étale dans le ciel. Le soleil perce dans l'obscurité de l'aube. L'œil de l'homme reconnaît, avec plus de précision, ce qui gravite autour de lui.

De hautes herbes, tantôt jaunes, tantôt vertes, des chiens errants, un marais épousant la couleur grisâtre de la voûte, quelques rares piétons faisant leur jogging matinal ; des pêcheurs qui viennent d'amarrer leur barque, des femmes avec des bassines remplies de poissons sur la tête.

À 7 heures passées de quelques minutes, la vie a déjà repris son cours frénétique dans le technopôle.

« Je viens ici tous les jours à cinq heures du matin sauf les dimanches. Je prends 20 à 30mn pour me préparer avant de descendre dans le marais à la quête de mon gagne-pain », dit Pape Mamadou Diaw, visage large, front plissé.

Aujourd'hui, l'expérimenté pêcheur a pu prendre dans ces filets quelques carpes. Les petits poissons frétillent encore dans une bassine. « La pêche est une science inexacte. Parfois, la chance te sourit, d'autres fois, tu reviens bredouille. Mais ces derniers temps, nous ne sommes pas trop gâtés par la nature ».

Deux petites cabanes réceptionnent les matériels des pêcheurs. Filets, pagaies, seaux, équipements, le tout est gardé à l'intérieur. Avec le sentiment du devoir accompli, Ousmane Fall palabre avec ses deux compagnons de travail autour d'un feu de bois. Comme quelques rares fois durant ce mois, la pêche a été fructueuse.

« Quand il fait chaud, il est difficile d'avoir du poisson. Mais ce matin, par la grâce de Dieu, chacun d'entre nous a pu avoir une bassine bien remplie, confie-t-il, une tasse de café en main. Chaque bac vaut 7000 FCfa ».

Un prix fixe certes qui fait l'affaire des femmes et des nombreux acheteurs venant d'un peu partout de l'intérieur du pays pour s'approvisionner. Selon, Fatou Ba, une vendeuse, une fois au marché, elle arrive à écouler sans difficulté le produit.

« Cela fait des années que je suis dans le business. Je travaille au marché Grand Yoff. J'ai un étal là-bas où je revends par tas », dit-elle. Sourire aux lèvres comme Yacine Ndiaye, sa camarade, elle, reconnaît trouver son compte dans ce commerce.

L'air frais soufflant sur les lieux caresse la peau des trois hommes assis sur des bidons ; leurs habits sont crasseux et moites. L'odeur du poisson se joint à celle de la fumée émanant du foyer. Depuis l'installation des gardes des Eaux et Forêts dans le technopôle, l'équipe est obligée de remonter avec sa pirogue jusque dans les Niayes de Guédiawaye pour pêcher.

« Ils nous interdisent de chercher du poisson dans le marais du technopôle. Ils avancent qu'ils sont trop petits par ici et qu'il faut aussi laisser aux oiseaux de quoi se nourrir », explique Pape Mamadou.

Une décision qu'ils jugent compréhensible, même si cela leur porte préjudice. Toutefois, soucieux de la préservation de la nature, Diaw, Fall et Sakho respectent cet arrêt.

 

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