Sénégal: Cheikh Mbow, Coordonnateur de la Cosydep, une sentinelle de l'école publique

Membre fondateur de la Cosydep, son engagement pour la cause de l'éducation et de la formation lui a valu son élection au Conseil d'administration du Partenariat mondial pour l'éducation.

«La première condition pour avoir le droit de convaincre, c'est de croire», dit un proverbe français. Cheikh Mbow peut s'approprier ces propos. Âgé d'une cinquantaine d'années, M. Mbow est un homme qui croit en ses idées. Surtout celles liées à l'éducation et à la formation.

Une simple évocation de son nom renvoie les esprits à cette structure qui a fini de se faire sa renommée dans la vie scolaire au Sénégal, la Cosydep (Coalition des organisations pour la défense de l'éducation publique). Il en est le coordonnateur national.

Nanti d'une formation scoute depuis le bas âge (louveteau à six ans), Cheikh Mbow est l'une des figures marquantes de la société civile sénégalaise qui s'active dans le secteur de l'éducation et de la formation.

Dans sa vie active, M. Mbow progresse avec son style de scout. Ses camarades disent qu'il est «un infatigable» tellement qu'il déborde d'énergie. Le parcours de l'homme a connu plusieurs étapes comme il aime bien le souligner.

Moniteur de collectivité éducative, Cheikh Mbow a été un des rédacteurs du manuel français du curriculum de l'éducation de base du Sénégal.

Membre fondateur de la Cosydep, son engagement pour la cause de l'éducation et de la formation lui a valu son élection au Conseil d'administration du Partenariat mondial pour l'éducation (Pme).

Le coordonnateur national de la Cosydep a été également membre de l'équipe nationale du scoutisme sénégalais de 1991 à 1995.

Cœur vaillant

«Je suis un pur produit de la banlieue mais également un pur produit du scoutisme», lance-t-il à qui veut l'entendre. M. Mbow avait embrassé le métier de scout et d'éclaireur à l'âge de 6 ans. «C'est là que j'ai eu à gagner plusieurs aptitudes de la vie courante.

Comment s'auto-prendre en charge, comment vivre en groupe et comment supporter, en toute humilité, les soubresauts que la vie nous réserve», a-t-il soutenu.

Dans la banlieue de Pikine-Guédiawaye, M. Mbow fut même commissaire général des éclaireurs et éclaireuses. Cheikh Mbow a fait ses études élémentaires entre Pikine et Guédiawaye.

Il poursuivra ensuite ses études au Collège d'enseignement moyen (Cem) Ogo Diop et au lycée Limamou Laye de Guédiawaye avant d'intégrer l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad) avec un baccalauréat C pour apprendre les mathématiques et la physique.

Cheikh Mbow a obtenu le bac C alors qu'il a fait la série D en seconde. Sur instruction du conseil des professeurs, l'élève sera réorienté grâce à ses résultats à la série C à partir de la première. Cheikh Mbow était aussi bon en maths qu'en physique.

Tournant décisif

À la fac, il fait maths-physique. Juste après deux années d'études à la Faculté des sciences, Cheikh Mbow, comme tous les étudiants sénégalais de l'époque, vit deux événements difficiles : l'année blanche et l'année invalide. Cette étape sombre de sa carrière a été un frein à ses études supérieures.

Deux ans de perdu alors que sa famille où il était le seul garçon comptait sur lui. Il décide alors d'interrompre les études supérieures pour s'orienter vers la formation professionnelle. C'est la clé qui ouvre une nouvelle étape dans sa vie.

M. Mbow fait le concours d'entrée à l'Ecole de formation des instituteurs (Efi), dit-il, pour répondre à une demande sociale. Habitué à truster les premières places dans ses études, il effectue avec brio sa formation et sort major de sa promotion en 1994.

Il débute alors une carrière d'enseignant et entame le service en 1994, loin de sa base affective. Le village de Tendimane, dans le Bignona, en Casamance, fut son premier poste comme enseignant. Après 5 ans de séjour, il revient à Dakar et retrouve la banlieue.

Il sert à Pikine jusqu'en 2007, année où il va quitter les classes pour donner une nouvelle orientation à sa carrière. Cheikh Mbow continuera de servir l'école mais sous une autre forme. Il s'engage dans la société civile et s'érige en véritable sentinelle pour la cause de l'école publique sénégalaise.

Entre temps, il étoffe son Cv avec un master en Management des organisations. Des compétences qui, sans doute, le mettent aujourd'hui à l'aise dans son travail à la tête de la Cosydep. Une structure qu'il a créée en compagnie de certaines personnalités membres de la société civile sénégalaise en 2007.

Valeur ajoutée

La Cosydep qu'il dirige aujourd'hui est une histoire née de l'Internationale de l'éducation et Action aid international, une rencontre tenue en Afrique du Sud et au cours de laquelle Cheikh Mbow a été chargé de produire le rapport final. Il s'appuiera plus tard sur cette expérience pour porter la Cosydep sur les fonts baptismaux.

«L'idée est partie d'un constat selon lequel il y avait des préjugés entre les syndicats et les organisations de la société civile. Les premiers considèrent les autres comme étant des empêcheurs de tourner en rond et les seconds des bras armés de l'Etat.

En un moment, il fallait faire en sorte que tous les acteurs se comprennent et apprennent à se soutenir. C'est ainsi qu'est née la Cosydep», explique Cheikh Mbow. Dans sa philosophie, il s'agit de faire en sorte que la structure joue un rôle de veille, d'alerte et de proposition.

Marié et père de famille, M. Mbow a su fédérer divers acteurs autour de la défense du droit à une éducation de qualité avec un accent particulier pour la prise en compte des droits des plus vulnérables.

Son action a permis le renforcement de la participation des organisations civiles en éducation dans l'élaboration, la mise en œuvre et le suivi des politiques éducatives et partant, l'amélioration du dialogue politique dans le champ de l'éducation.

Et avec la Cosydep, c'est un autre défi qui s'est présenté à lui. Défendre non seulement la cause de l'école publique mais également jouer un rôle fondamental dans la pacification et le maintien de la paix sociale dans l'espace scolaire. L'homme est connu pour le rôle qu'il joue au nom de sa structure dans le dialogue entre le gouvernement et les organisations syndicales des enseignants. Pour autant M. Mbow ne se voit pas en médiateur.

Il se considère comme un simple facilitateur qui propose, sur des questions brûlantes qui interpellent l'école sénégalaise, un point de vue documenté.

À ce sujet, l'ancien instituteur se réjouit du respect que les syndicats d'enseignant et le gouvernement accordent à la Cosydep. Énumérant les premiers chantiers dans son combat pour la cause de l'éducation, Cheikh Mbow cite avec insistance, le droit à l'éducation.

«La problématique de la sauvegarde de l'école publique, le combat contre ce qu'il appelle une privatisation rampante de l'école publique tout comme la qualité dans le système sont aussi des questions qui tourmentent Cheikh Mbow. Il n'hésite pas à porter le plaidoyer à chaque instant et à chaque occasion pour poser le débat sur ces questions.

«La revalorisation de l'école publique pour que tout le monde bénéficie du droit à l'éducation, permettre aussi à chaque enfant de pouvoir rêver et avoir des raisons d'espérer grâce à l'éducation font partie des objectifs que nous nous fixons à travers la Cosydep», renseigne-t-il.

On se souvient encore que le coordonnateur de la Cosydep faisait partie des gens qui ont combattu le concept du quota sécuritaire introduit dans le système éducatif par les pouvoirs publics. «On ne peut pas recruter les enseignants sur la base de considérations politiques. L'enseignement, c'est un métier que l'on apprend et que l'on exerce avec noblesse», estime M. Mbow.

Confinée seulement à Dakar au tout début, la Cosydep lui doit également son rayonnement et son élargissement de ses bases dans les régions de l'intérieur du pays.

La Cosydep est présente dans les 14 régions du Sénégal pour rappeler aux décideurs qu'ils doivent tenir compte des besoins des communautés dans leurs politiques éducatives, affirme M. Mbow. Son engagement en faveur de l'éducation lui valut la reconnaissance de la communauté des pairs. Plusieurs prix lui sont décernés.

Dans son combat, il est souvent qualifié par ses collègues de la société civile comme étant aussi un empêcheur de tourner en rond.

Toujours constant dans son discours. L'éducation reste son agenda. «Pour moi, le développement passe par l'éducation», affirme-t-il. Aussi éprouve-t-il du mal à cacher sa joie quand il tombe sur ses anciens élèves, surtout ceux qui ont réussi dans la vie.

Plus de: Le Soleil

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