Sénégal: Coronavirus - Les talibés, des boucs émissaires tout trouvés

Des talibés mendient dans le centre ville de Dakar, au Sénégal

Les mendiants des écoles coraniques aussi sont frappés par la crise du coronavirus, du fait de leurs conditions de vie et des préjugés dont ils sont victimes.

Vous avez sans doute déjà croisé leur chemin, peut-être sans même les remarquer : les talibés, ces enfants inscrits dans des écoles coraniques et qui sont souvent forcés de mendier dans les rues. Eux aussi sont frappés par la crise du coronavirus, du fait de leurs conditions de vie et des préjugés dont ils sont victimes.

"Almajirai" ou "talibés"

Au Nigeria, on les appelle les almajirai. En 2014, l'Unicef estimait leur nombre à près de neuf millions et demi d'enfants dans le pays.

Au Sénégal, ils sont surnommés les talibés et ils seraient plus de 100.000 selon Human Rights Watch.

Quel que soit le nom qu'on leur donne, ces enfants sont pour la plupart originaires de régions rurales. Leurs parents, pauvres, les confient à des imams en ville en échange de la promesse de permettre aux enfants d'aller à l'école. Cette pratique existe depuis près de 300 ans.

Régulièrement, des scandales éclatent, rappelant à tous les conditions de vie de beaucoup de ces enfants, contraints de mendier pour pouvoir manger, qui n'ont pas d'endroit qui garantisse leur intimité et sont soumis à la sévérité des châtiments corporels infligés par leur imam.

Depuis l'émergence du coronavirus, les enfants talibés sont rejetés par le reste de la société : ils vivent dans la pauvreté et sont sales, alors on les accuse de transmettre la maladie. Des boucs émissaires tout trouvés.

Déportations d'enfants au Nigeria

Certains gouverneurs du Nigeria ont donc décidé de renvoyer les jeunes garçons dans leurs familles, de nuit, parfois contre leur gré. Nasir El-Rufai, gouverneur de l'Etat de Kaduna, est même allé plus loin en interdisant les almajirai.

"Nous interdisons le système et voulons que chaque enfant soit chez ses parents. Il faut qu'il suive des cours d'éducation moderne le matin, et l'après-midi des cours coraniques."

Mais pour Hannah Hoechner, reconduire de force les enfants dans leur région d'origine, ce n'est pas la solution.

"On a déporté les enfants de nuit, ils ont été réveillés par la police. On les a conduits dans des camps où on ne s'est pas occupé d'eux. Ils n'avaient pas assez à manger. On a tardé à les soumettre à des tests de dépistage. Aucune mesure n'a été prise pour garantir la distanciation physique. Si l'un des enfants avait été testé positif au coronavirus, il aurait pu contaminer les autres facilement."

Promouvoir l'école en milieu rural

Les défenseurs des droits des enfants préconisent de régler le problème à sa racine. C'est-à-dire d'améliorer d'abord les conditions de vie des enfants, de leurs familles qui vivent de l'agriculture pour garantir des revenus aux parents. Et d'instaurer des écoles en milieu rural, subventionnées par la collectivité.

Ce modèle testé dans le nord du Nigeria évite à ces enfants d'avoir à partir en ville, il est plus ouvert aux petites filles et permet aussi d'encadrer le contenu des enseignements qui leur sont dispensés.

Plus de: DW

à lire

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.