Rwanda: Réactions et attentes après l'annonce du transfert de Kabuga à la justice internationale

La justice française a approuvé, mercredi 3 juin, le transfert de l'homme d'affaires rwandais Félicien Kabuga à la justice internationale. Le financier présumé du génocide, arrêté le 16 mai dernier après 26 ans de cavale, devrait donc être jugé à Arusha en Tanzanie, là ou siégeait le TPIR. Félicien Kabuga souhaite quant à lui être jugé en France, et il a déjà annoncé se pourvoir en cassation.

Selon le bureau du procureur général rwandais, seul le Mécanisme résiduel pour les tribunaux pénaux internationaux est habilité à juger Félicien Kabuga. Il salue donc la décision de la cour d'appel de Paris. Même réaction du côté de la Commission nationale de lutte contre le génocide, et de son président Jean Damascène Bizimana, qui considère cette première étape vers un procès à Arusha comme une victoire.

« La justice va se passer en Afrique, non loin du lieu où les crimes ont été commis. Cela facilitera les déplacements pour les personnes qui souhaiteront participer au procès. Et surtout, il y a des facilités pour les témoins. »

L'association des rescapés Ibuka espère quant à elle toujours un transfèrement au Rwanda. « S'il est remis au Rwanda par exemple, la question des réparations pourra être évoqué, estime Jean Pierre Dusingizemungu, le président de l'association. Le système judiciaire international n'a pas prévu que la question des réparations soit posée. Ça a été le cas au TPIR hier. »

Pourvoi en cassation

A Kigali, on espère en tout cas une procédure rapide afin que Félicien Kabuga puisse être jugé malgré son âge avancé et on attend maintenant une décision de la Cour de cassation qui aura deux mois pour se prononcer.

Car la défense de Félicien Kabuga a bien décidé de se pouvoir en cassation suite à la décision de la France. Maître Bayon, son avocat, ne se dit pas surpris, pointant un « contexte extrêmement politique ». Et il avance qu'un transfert en Tanzanie pourrait être dangereux pour son client. « Nous estimons aujourd'hui qu'un transfert à Arusha et les conditions d'un transfert à Arusha ne lui permettraient pas de survivre, et du coup qu'il y ait un procès au bout du bout tant pour les victimes que pour lui, avance-t-il. Et deuxièmement, nous estimons que la France réserverait des conditions d'impartialité plus satisfaisantes pour la nature du procès. On verra comment la chambre de la Cour de cassation se prononcera. »

Du côté des représentants des rescapés du génocide présents à l'audience, Viviane Peyre, ancienne présidente de la communauté rwandaise de France, estime que la décision de la cour d'appel est certes une première étape, mais un étape seulement. Elle veut un procès et que justice rendue. Et le chemin est encore long.

On attend la suite. Même si ça fait 26 ans, il doit rendre des comptes. De tout ce qu'il a fait et de tout ce qu'il a fait faire aussi. Qu'il s'exprime et qu'il soit condamné, même s'il est âgé. Il faut que la justice se passe.

Plus de: RFI

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