Rwanda: Transfert Félicien Kabuga - La piste tanzanienne se précise

Ça devrait donc se passer à Arusha en Tanzanie, sous réserve de ce que va décider en dernière instance la Cour de cassation française, ultime recours de Félicien Kabuga et de ses avocats.

En attendant, la chambre d'instruction de la Cour d'appel de Paris a approuvé hier le transfert du présumé criminel vers le Mécanisme pour les tribunaux pénaux internationaux (MTPI) pour y être jugé pour génocide et crime contre l'humanité.

Réputé avoir été l'un des financiers voire même le maître d'œuvre de l'ethnocide qui a fait au moins 800 000 morts entre avril et juillet 1994 au Rwanda, il était recherché par la justice internationale, et sa tête avait même été mise à prix par les Américains (5 millions de dollars).

Après un quart de siècle de cavale qui l'avait mené dans plusieurs pays africains et européens, usant d'une dizaine d'identités, le fugitif aux mille visages avait finalement été arrêté en France le 16 mai 2020.

Restait donc à savoir de la CPI de La Haye, de la France, du Rwanda ou du MTPI, lequel aurait l'honneur de juger l'affreux Kabuga.

L'accusé et ses conseils souhaitaient, on le sait, que la procédure se poursuive dans l'Hexagone, pendant qu'Ibuka, l'association des victimes du génocide, rêvait de le voir pendu à un croc de boucher au Pays des mille collines.

Mais il a beau crouler sous sept chefs d'accusation aussi graves les uns que les autres, pouvait-il bénéficier d'un procès équitable dans le pays où il a commis tous ces crimes ?

Finalement, la solution tanzanienne paraissait la plus logique et la plus équitable, de sorte que la décision de la Justice française n'a pas vraiment surpris.

Et les arguments de la défense n'ont rien pu y changer, elle qui a quasiment plaidé la sénilité de son client perclus de maux et croulant sous le poids de l'âge (87 ans) qui ne serait pas « en état de comprendre les faits qui lui sont reprochés ». Des éléments qui n'ont manifestement pas attendri les juges.

Voilà donc une décision qui, à l'évidence, ne va pas arranger les relations entre Paris et Kigali, Paul Kagame ayant toujours accusé la France d'avoir soutenu les génocidaires et de continuer à protéger ceux qui avaient pu trouver refuge sur son sol.

Beaucoup d'observateurs se demandent si Félicien Kabuga a pu disparaître ainsi pendant 26 longues années sans avoir bénéficié de complicités à un certain niveau.

Cela dit, entre l'arrêt d'hier et le début d'un éventuel procès, nul ne sait combien de temps il faudra pour que le « précieux colis » soit enfin transféré à Arusha.

Que Dieu prête au vieux Félicien encore quelques années pour qu'il puisse répondre des graves accusations qui pèsent contre lui, alors qu'il a toujours nié avoir été impliqué de près ou de loin dans un quelconque crime.

Plus de: L'Observateur Paalga

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