Tunisie: Abderrazak Arif, Chef de service de la Pollution Atmosphérique et Maritime à l'Institut National de la Météorologie, à La Presse - «Près de 4,6 millions de personnes meurent chaque année de maladies liées à la mauvaise qualité de l'air»

interview

La qualité de l'air s'est nettement améliorée durant le confinement qui a duré près d'un mois et demi. Une chute spectaculaire du dioxyde d'azote (NO2), du dioxyde de soufre (SO2) et du monoxyde de carbone (CO), qui sont des gaz polluants causés principalement par les activités humaines, a été observée durant la période de confinement dans plusieurs villes tunisiennes et en particulier au Nord et au Centre. Dans ce contexte, l'Institut national de la météorologie a reçu 1.2 million d'euros (presque 3 milliards et demi) de l'Union européenne pour développer une plateforme sur le suivi de la pollution atmosphérique et maritime, mais ce projet a été bloqué à cause du Covid-19.

La pollution de l'air a-t-elle baissé durant la période de confinement?

A la fin de l'année 2019, les premiers cas du Covid-19 ont été signalés à Wuhan, en Chine. Un mois plus tard, cette épidémie s'est transformée en crise nationale, avec des individus infectés diagnostiqués partout en Chine. Début mars 2020, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré que l'épidémie de Wuhan est transformée en pandémie mondiale vu que plusieurs pays en Europe ont été touchés par ce virus, à savoir l'Italie, la France, l'Espagne et d'autres pays européens. L'OMS a lancé plusieurs recommandations pour freiner la propagation de ce virus et demander d'établir le confinement général dans les pays touchés. La Tunisie a adopté rapidement cette démarche le 22 mars dernier et annoncé un confinement général immédiat de deux semaines renouvelables selon les résultats des tests. Les vols internationaux ont été suspendus. Suite à l'arrêt de la majorité des activités humaines, la qualité de l'air s'est nettement améliorée durant le confinement qui a maintenant près d'un mois et demi en Tunisie (mars et avril).

Quels sont les polluants qui ont enregistré une baisse remarquable? Sont-ils liés principalement à la diminution des émissions du trafic routier et des industries?

Une chute spectaculaire du dioxyde d'azote (NO2), du dioxyde de soufre (SO2) et de monoxyde de carbone (CO), produits principalement par les activités humaines, a été observée durant cette période dans plusieurs villes tunisiennes et en particulier au Nord et au Centre, selon les mesures satellitaires du Centre européen par le programme européen de surveillance de la Terre-Copernicus, analysées et développées à l'Institut national de la météorologie (INM).

Pouvez-vous nous parler des traceurs de la pollution atmosphérique ?

Le NO2 est un traceur commun de la pollution atmosphérique lié à l'activité humaine et associé à la morbidité et à la mortalité. Des scientifiques de la Nasa ont déclaré que la réduction de la pollution par le NO2 était apparue pour la première fois près de Wuhan, mais s'est propagée dans le reste du pays, et finalement dans le monde entier. Le nord de l'Italie et de la France ont connu aussi une réduction de près 50% de leurs émissions en NO2 pendant cette période de confinement (mars-avril). En Chine centrale, les émissions de NO2 ont été réduites près de 30%. Les émissions de SO2, autre marqueur commun de la pollution de l'air, ont diminué de plus de 60% au nord de la Tunisie, 25% en Chine et de 6% dans le monde.

Contrairement pour l'ozone, un polluant connu très dangereux pour avoir des effets délétères sur la santé humaine, qui a présenté une croissance significative suite aux activités humaines, liés principalement au dégagement du dioxyde de soufre SO2 et du dioxyde d'azote NO2, qui se produit le plus souvent dans le cadre de phénomènes de combustion à haute température en présence d'un excès d'oxygène dans l'atmosphère. Ce type de combustion peut apparaître dans le cadre de phénomènes naturels comme les orages.

Quels sont les effets délétères des polluants sur la santé humaine?

Ces polluants sont liés à l'apparition de maladies respiratoires. L'énergie oxydante des polluants atmosphériques, notamment ceux des nanoparticules, peut permettre une meilleure évaluation des risques sanitaires. Pour conclure, la pollution de l'air est responsable de nombreux décès et d'une incidence accrue de maladies respiratoires. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), près de 4,6 millions de personnes meurent chaque année de maladies liées à la mauvaise qualité de l'air. Des études scientifiques ont mentionné que la mortalité due à la pollution atmosphérique représente entre 0,13% par jour à et 2% pour 10 µg/m3 de NO2 sur une période de cinq jours. Compte tenu de l'énorme diminution de la pollution atmosphérique consécutive à la mise en quarantaine dans le monde entier, la pandémie de Covid-19 a contribué, paradoxalement, à réduire le nombre de décès dus à la pollution atmosphérique.

A-t-on enregistré une baisse des polluants en Tunisie durant la période de confinement ?

Selon les données recueillies, le dioxyde d'azote (NO2), le dioxyde de soufre (SO2) et le monoxyde de carbone (CO) ont enregistré une décroissance remarquable au Nord et au Centre de la Tunisie soit plus de 40% pendant la période de confinement, liée principalement à la diminution des émissions du trafic routier et des industries. A titre d'exemple, pour le SO2, Gafsa, Sfax et Gabès ont enregistré respectivement une diminution de 81%, 50% et 25% le mois de mars dernier. A l'inverse, l'ozone a augmenté de près de 20% dans le Centre-Ouest du pays et une faible décroissance de 10% au Nord-Ouest et au Sud du pays.

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