Maroc: COVID-19 aidant, SAMIR met à disposition ses bacs de stockage

L'idée lancée en 2017 avait été curieusement écartée

« L'idée d'utiliser les sites de stockage du groupe Samir n'a rien de nouveau. Elle a été proposée par notre bureau syndical il y a deux ans, mais personne n'a donné suite à cette proposition », nous a confié un salarié de la raffinerie sous le sceau de l'anonymat. Selon lui, l'idée a été fortement combattue par certains syndicalistes qui ont argué que l'utilisation des réservoirs ne pourrait permettre l'emploi que d'une cinquantaine de personnes seulement.

« Nous avons été reçus le 30 octobre 2018 par le ministre de tutelle pour discuter du dossier de notre entreprise et du sort de ses salariés. Nous avons proposé comme solution provisoire, dans l'attente d'une issue finale, le projet d'exploiter les capacités de stockage et de distribution de la Samir dans le domaine des carburants.

A noter que cette idée a été déjà proposée le 24 octobre 2017 par notre bureau syndicalauprès du juge et du syndic », nous a indiqué notre source. Et de poursuivre : « Pour nous, l'exploitation des réservoirs qui ne doit pas dépasser les 30% du total de la capacité de stockage de notre entreprise a été conçue dans l'objectif de garantir des ressources à même de couvrir les salaires et les dépenses sociales, de répondre aux besoins d'entretien des moyens de production et des sociétés d'intérim et enfin de renforcer les réserves stratégiques du pays en matière d'énergie ».

Une proposition qui a été bien accueillie par le ministre qui a considéré que ce projet est en cohérence avec la stratégie nationale qui vise à édifier une plateforme nationale pour le stockage des carburants. « Il a été décidé l'exploitation de deux bacs par une filière de la Samir. Mais, ce projet n'est pas allé jusqu'au bout», nous a précisé notre source. Et d'ajouter : « A vrai dire, l'idée d'exploitation des bacs n'a pas réussi à avoir l'unanimité au sein de la Samir même pas parmi les salariés. Il y avait beaucoup de résistance notamment de la part de certains syndicalistes qui n'ont pas cessé de lui mettre des bâtons dans les roues. Une guerre a été déclenchée contre nous et nous avons été taxés de tous les noms. Le hic, c'est que ce sont ces mêmes personnes qui louent aujourd'hui la décision d'utiliser les sites de stockage de notre entreprise».

Pour notre source, cette résistance a coûté cher à la Samir et des centaines de millions de DH ont été gâchés stupidement. « Imagine qu'on ait procédé à la concrétisation de cette idée il y a deux ans, cela aurait donné de l'emploi à un bon nombre de salariés en chômage technique depuis près de six ans, des ressources financières pour les caisses de la Samir et des possibilités d'entretenir les moyens de production affectéspar la mise à l'arrêt de l'entreprise », nous a fait savoir notre source. Et de poursuivre : « C'est du vraigâchis puisque notre situation sociale est des plus compliquées et qu'elle se détériore de jour en jour. Nos droits et nos acquis se réduisent comme une peau de chagrin.

Aujourd'hui, on vit uniquement de nos salaires de base qui ont perdu plus de 50% de leur valeur car on n'a plus droit aux compléments de salaire (entre 1.000 et 2.000 DH pour la scolarité des enfants, prime de rendement, 13ème mois et 25% du salaire pour les congés... ). Idem pour l'accès aux soins puisqu'on n'a plus le droit de bénéficier des prestations assurées auparavant par des mutuelles privées.

Actuellement, il ne reste que l'AMO qui ne répond pas à nos besoins», nous a confié notre source. Et de conclure : «Les retraites ont été également touchées puisque le montant correspondant au solde de tout compte accordé aux retraités est inférieur à celui qui leur est normalement dû, sachant que ces retraités n'ont pas joui de la totalité de ce montant d'une seule traite mais plutôt de mensualités qui s'élevaient à 8.000 DH/mois. Ces retraités n'ont pas le droit de protester ou de remettre en cause cette procédure puisqu'ils ont signé un document leur interdisant toute protestation».

Aujourd'hui, l'autorisation d'exploiter les réservoirs de la Samir est confiée à l'Office national des hydrocarbures et des minéraux (ONHYM). L'annonce a été faite par le ministre de l'Energie, des Mines et de l'Environnement, Aziz Rabbah, mardi dernier lors de la session de la commission des infrastructures à la Chambre des représentants consacrée aux implications des transformations du marché du pétrole sur le marché intérieur des hydrocarbures à la lumière de la pandémie de Covid-19.

Le ministre a, en effet, affirmé que la demande formulée par le gouvernement au sujet de l'exploitation des réservoirs de la raffinerie dans ces circonstances exceptionnelles a été approuvée par le Tribunal de commerce. Et d'ajouter que "ces mesures exceptionnelles et circonstancielles auront un impact bénéfique sur la société, le secteur des hydrocarbures et l'approvisionnement du marché national".

Dans le détail, l'autorisation d'utiliser les réservoirs de la raffinerie est accordée à l'ONHYM, qui va entreprendre les procédures de location et mener toutes les opérations de fourniture et de stockage des produits pétroliers en lien avec cette exploitation temporaire, selon l'ordonnance judiciaire.

Concernant le contrat de location, le prix sera fixé sur la base de la valeur de référence appliquée à l'échelle internationale, a précisé le responsable, notant que le contrat sera frappé de nullité par la force de loi en cas de cession ou de gestion libre de la société Samir.

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