Cameroun: Mort en detention d'un journaliste anglophone au Cameroun

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A qui profite le crime ?

S'il y a une corporation contre laquelle le régime de Paul Biya sévit le plus, c'est bien celle des journalistes. Et pour cause : le dictateur ne supporte pas du tout qu'ils fouinent dans ses affaires. Cette haine des journalistes s'est muée en hystérie depuis le 1er octobre 2017, date à laquelle des régions anglophones situées au Sud-Ouest et au Nord-Ouest du Cameroun, ont déclaré leur indépendance.

Depuis lors, l'armée et les indépendantistes s'affrontent violemment. Ceux qui en payent le plus lourd tribut, en termes de tués et de déplacés internes, sont les populations civiles. Il est difficile de donner des chiffres puisque la moutarde monte au nez de Paul Biya lorsque les journalistes traitent de la question. Samuel Wazizi l'a appris à ses dépens. En effet, arrêté en août 2019 pour avoir critiqué la gestion, par Yaoundé, de la crise anglophone au Cameroun, le journaliste a finalement trouvé la mort pendant sa détention.

La mauvaise nouvelle a été rendue publique le 2 juin dernier par une chaîne de télévision privée camerounaise, puis par le Syndicat national des journalistes camerounais (SNCJ) . Il faut préciser que ni le gouvernement ni l'armée n'avaient encore confirmé le décès du journaliste ni réagi aux sollicitations de RSF (Reporters sans frontières), du syndicat et de plusieurs organisations de défense des droits humains.

Avant que les langues ne commencent à se délier pour étaler au grand jour les tenants et les aboutissants de cette affaire, l'on peut apporter des éléments de réponse à la question de savoir à qui profite le crime. On peut y répondre sans grand risque de se tromper par ceci : à Paul Biya bien sûr. En effet, c'est lui qui a intérêt à bâillonner les journalistes de manière à ce qu'ils arrêtent de traiter les faits qui se déroulent dans cette partie du Cameroun.

Reporters sans frontières a peu de chances d'être entendu

Et le moins que l'on puisse dire, c' est que des villages entiers sont incendiés ; des femmes y sont violées puis assassinées; le nombre de réfugiés est impressionnant. Les architectes de ce drame sont principalement les soldats de Paul Biya . Et la meilleure manière de gérer cette tragédie humaine sans que le monde ne soit informé de la réalité des faits, est de faire taire les journalistes.

Au Cameroun, ce sont ces derniers qui tentent encore de pointer du doigt les excès de Paul Biya puisque, et les mots sont de Jean-Bruno Tagne, au pays de Paul Biya, «les partis politiques de l'opposition, la société civile et les intellectuels ont été émasculés par le clientélisme et l'achat des consciences ». Il reste à Paul Biya donc, pour transformer tout le Cameroun en un peuple de béni -oui-oui, de mettre la presse dans « la sauce ». Et la crise anglophone lui donne l'occasion de ligoter les journalistes de sorte à faire d'eux, des relayeurs serviles de la version gouvernementale de ce qui se passe dans les zones de guerre. Et le journaliste qui tenterait de s'en écarter est traité comme un terroriste.

Samuel Wazizi a probablement subi ce sort. C'est pourquoi Reporters sans frontières (RSF) a peu de chances d'être entendu quand cette association appelle les autorités à faire toute la lumière sur les circonstances de la mort du journaliste. D'ailleurs, le Cameroun de Paul Biya n'a pas la réputation de faire dans la transparence lorsqu'il s'agit de crimes dans lesquels le régime est suspecté d'avoir mis la main dans la cambouis.

Cela est la marque de fabrique du système Biya. Et cela dure depuis quatre décennies. Mais Paul Biya ne perd rien pour attendre. Car, aussi longtemps que durera la nuit, le jour finira par se lever. Personne ne peut contrarier cette loi, car elle a été édictée par la nature.

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