Ile Maurice: Budget - Pas de mesures fortes, mais la part belle au social

On s'attendait à un Budget de relance destiné à déconfiner l'économie et faire repartir les principaux secteurs touchés par la pandémie du Covid-19, tel n'aura pas été le cas.

Le premier Budget de Renganaden Padayachy manque de mesures fortes pour reconstruire l'économie et ne porte pas visiblement l'espoir des opérateurs économiques qui s'attendaient mieux. En revanche, le ministre des Finances joue la carte de la solidarité nationale en faveur des classes moyennes et celles au bas de l'échelle. Et ce, pour éviter qu'elles s'enlisent dans la pauvreté.

Le ministre se targue de présenter un budget équilibré (recettes égales à dépenses totales de Rs 162,9 milliards) sans mentionner la manne de Rs 60 milliards de la BoM. Il veut ainsi placer la justice sociale au coeur de sa vision. Dans la foulée, il rappelle le maintien du Basic Retirement Pension à partir de 60 ans, le salaire minimum, l'impôt négatif ou encore le bonus de fin d'année, entre autres.

Selon lui, le gouvernement a fait le choix de maintenir ces acquis sans pour autant «céder aux sirènes de la tentation des réformes punitives et régressives». Et ce, tout en engageant à maintenir une fiscalité légère pour la classe moyenne et les sociétés. Avant d'annoncer la baisse du prix du gaz ménager de 30 roupies, le prix de la bonbonne de 12 kilos passant à Rs 180 au lieu de Rs 210 et à verser une prime de Rs 15 000 aux policiers et au personnel soignant durant la période de confinement.

Si Renganaden Padayachy est déterminé à protéger les milliers d'emplois précaires d'hommes et de femmes et garantir les moyens de subsistance des petites et moyennes entreprises, il ne donne aucune indication comment il compte y procéder. L'annonce du plan de relance de Rs 100 milliards va permettre au gouvernement de donner une forte impulsion au secteur de la construction qui devrait être le poumon de la relance.

Parallèlement, le gouvernement souhaite revenir à l'essentiel en investissant dans une agriculture raisonnée, reconstruire le tissu manufacturier, soutenir l'industrie du tourisme, consolider le secteur des services financiers et construire une industrie médicale et pharmaceutique forte.

La construction comme principal moteur de relance... mais après ?

Vaste programme certes, dicté par les conséquences économiques de la pandémie mais qui ne répondent pas nécessairement aux attentes des secteurs qui sont sous perfusion. Sauf la construction où le ministre propose une enveloppe de Rs 40 milliards pour financer une série de mesures visant à booster ce secteur. Avec notamment la construction de 12 000 logements sociaux à hauteur de Rs 12 milliards et la poursuite de la deuxième phase de travaux du métro entre Rose-Hill et Curepipe. Ou encore la mise en chantier de 34 projets représentant Rs 62 milliards d'investissements à l'étude actuellement chez l'Economic Development Board (EDB).

Les économistes, jusqu'à tout récemment, tiraient la sonnette d'alarme, conseillant au gouvernement de geler les projets d'infrastructure pour réduire les dépenses de développement à cause de la crise. Mais cela n'a été le cas en ce qui concerne le Budget 2020-21. Renganaden Padayachy a préféré jouer le long terme en investissant aujourd'hui pour récolter demain les dividendes de la croissance.

Le tourisme pas près de se relever

Quant à la manufacture et le tourisme, affectés par le Covid-19, ils contiennent des mesures timides pour les vivifier. On relèvera pour le secteur manufacturier le «Buy Mauritian» comme une politique «qui plébiscite la création d'entreprises et le développement industriel». Et la suppression de droits portuaires et les frais de manutentions au terminal pour les exportations et l'extension du Freight Rebate Scheme pour les exportations vers l'Afrique. Alors que pour le tourisme, les mesures prises ne sont pas à la hauteur de son importance dans ce secteur contribuant jusqu'à 24 % au PIB et générant des recettes de plus de Rs 60 milliards. Or, les opérateurs de ce secteur souhaitaient avoir une indication sur l'ouverture des frontières ou tout au moins le calendrier vu que Maurice est «Covid-free». Or, aucune mention du ministre sur ce sujet tout comme l'avenir d'Air Mauritius qui est entre les mains des administrateurs de Grant Thornton.

Comment redorer le blason de l'Offshore ?

Et quid des services financiers ? Le plan d'action du GAFI n'enlève pas pour autant l'inquiétude des opérateurs du Global Business avec le blacklisting de la Commission européenne. Or, ils alertent actuellement les autorités que l'inclusion de la juridiction mauricienne sur cette liste est pire que le Covid-19 et pourrait à terme annihiler le secteur. Renganaden Padayachy n'a pas, semble-t-il, une oreille attentive à leurs inquiétudes. En revanche, on retiendra la diversification de ce secteur avec l'avènement de nouveaux produits comme la monnaie numérique de la Banque centrale.

Plus de: L'Express

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