Cameroun: Multiplication des attaques contre les humanitaires dans les régions anglophones (ONU)

5 Juin 2020

L'ONU est alarmée par les attaques et enlèvements ciblant les humanitaires travaillant dans les deux régions anglophones du Cameroun.

« Je suis profondément préoccupée par l'intensification du harcèlement, des attaques, des enlèvements et extorsions dont sont victimes les travailleurs humanitaires dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun », a écrit la Coordonnatrice humanitaire des Nations unies au Cameroun, Allegra Baiocchi, citée dans communiqué publié vendredi.

L'acheminement de l'aide a été d'ailleurs réduite dans ces provinces camerounaises en raison de la multiplication de ces attaques.

Ces derniers mois, les barrages illégaux installés par « les groupes armés non étatiques » sur les routes se sont multipliés le long des principaux itinéraires d'approvisionnement, tout comme les enlèvements, dénonce l'ONU dans son communiqué. Depuis avril, des employés de six agences humanitaires différentes ont été victimes d'enlèvements ou ont été détenus illégalement dans des incidents mettant leur vie en danger, rapporte-t-elle.

Tous les membres du personnel impliqués dans ces incidents ont été relâchés, mais ils ont été traumatisés par les menaces de mort. « L'augmentation des attaques est inquiétante car elle intervient à un moment où les efforts se concentrent sur l'intensification de la lutte contre la pandémie COVID-19 », a déclaré Mme Baiocchi.

D'une manière générale, la situation aurait atteint un point où l'aide humanitaire délivrée sur le terrain a dû être diminuée, mettant de nombreuses vies en danger. Le Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) rapporte également que certains membres du personnel ont été battus. « Les motivations de ces enlèvements sont pour la plupart prédatrices : enlèvement contre rançon ou vol », précise l'ONU.

Plus de 2,3 millions de personnes dans le besoin dans les régions anglophones

Depuis près de trois ans, des groupes séparatistes et l'armée s'affrontent dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun. Ces violences ont forcé quelque 600.000 personnes à fuir leur domicile et ont conduit à « une urgence humanitaire complexe avec 1,7 million de personnes dans le besoin » dans ces territoires. Au total, 2,3 millions de personnes ont besoin de nourriture, d'abris, de produits non alimentaires et de protection en raison de la crise au Cameroun.

Par ailleurs, des éléments armés ont également imposé des opérations de journées « villes mortes » où ils interdisent aux gens de sortir. « Ils ont utilisé des engins explosifs improvisés dans des zones peuplées et ont fermé les voies de transport entre les villes pendant plusieurs jours », a détaillé Jens Laerke, porte-parole d'OCHA lors d'une conférence de presse virtuelle depuis Genève.

D'un autre côté, les forces de sécurité camerounaises sont accusées d'avoir « retardé » le fret humanitaire.

Tout ces incidents entravent le fonctionnement des organisations humanitaires, et cela a des conséquences pour l'aide à apporter aux personnes vulnérables dans le besoin. La Coordinatrice humanitaire au Cameroun a donc appelé tous les acteurs à protéger les civils et à assurer la sécurité des travailleurs humanitaires adfin qu'ils puissent apporter l'aide sans entrave.

Mme Baiocchi a réitéré enfin l'appel du Secrétaire général de l'ONU à un cessez-le-feu mondial. A noter qu'en pleine pandémie de Covid-19, les Nations Unies avaient appelé en mars à un cessez-le-feu dans ces deux régions du Cameroun afin de mieux combattre le virus.

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