Sénégal: Sextapes à la cité Keur Gorgui et aux Maristes - Les avocats demandent la magnanimité du tribunal

Trois acteurs des films pornographiques tournés à la cité Keur Gorgui et à Sacré-Cœur, ainsi que deux réceptionnistes des résidences Zeina des Maristes ont fait face, hier, au tribunal des flagrants délits de Dakar. Les conseils des adolescents ont sollicité l'indulgence des juges. Le délibéré sera rendu le 8 juin.

La salle 4 qui a abrité, hier, l'audience portant sur l'affaire des jeunes qui ont fait des sextapes à la cité Keur Gorgui et aux Maristes serait archicomble de curieux si le contexte de la pandémie n'exigeait pas le huis clos des débats. Les quatre mineures en détention étaient présentes mais en qualité de parties civiles. Avec les trois garçons mineurs, ils comparaîtront, aujourd'hui, devant le Tribunal pour mineur. Dans ce dossier qui concerne 12 prévenus, seuls les majeurs étaient jugés hier. Il s'agit de E.M. Diallo, d'A.M. Sèye, de T. Lopez, d'O. Kandé et de J.H. Gomis alias Thierno. Ils ont reconnu une partie des faits.

Dans son réquisitoire, le procureur de la République a noté que les auteurs des films ne pouvaient ignorer certaines réalités de la société sénégalaise. De plus, ils se sont cotisés pour louer une chambre d'hôtel et étaient à leur quatrième rencontre.

De l'avis du parquet, le détournement de mineure est constant contre E.M. Diallo qui est au centre de cette affaire. Il a entretenu des relations intimes avec Alima et Ndella, deux mineures, a collecté les images à caractère pédopornographique, fait la compilation et balancé les images à tous les membres du groupe. Ils étaient douze dans un appartement et dormaient à quatre dans un lit. « Si ce n'est pas cela un rassemblement, je me demande ce que cela peut être », a dit le procureur de la République. Il a indiqué que A.M. Sèye peut être relaxé pour le détournement de mineure même s'il a partagé les images.

«E. M. Diallo a d'excellentes notes»

Pour ce qui est des deux réceptionnistes des résidences Zeina des Maristes, O. Konté et J.H. Gomis, le procureur de la République a requis la relaxe pour l'incitation à la débauche. Toutefois, il demande qu'ils soient poursuivis pour violation de la réglementation sur les sites d'hébergement hôtelier parce qu'ils ont autorisé l'hébergement de mineurs. J.H. Gomis a loué à Diallo sans pièce d'identité alors qu'il savait qu'il y avait des mineurs. Plus grave, il a payé le taxi d'Alima. D.

Dans son réquisitoire, le procureur de la République reconnait qu'il s'agit d'une affaire « pénible qui rend plus difficile la tâche des parents ».

Il a requis un an dont six mois ferme pour les 3 acteurs des films, six mois assortis de sursis pour O.Konté pour incitation à la débauche et violation de la réglementation sur les sites d'hébergement hôteliers et six mois dont un mois ferme contre J.H. Gomis.

Les 4 conseils d'E.M. Diallo, âgé de 19 ans, ont sollicité la relaxe et noté qu'il s'est toujours distingué par ses bonnes notes. « Il a déjà subi les affres de la prison, la clameur publique, son avenir d'élève est hypothéqué, six mois ferme, c'est trop. Je ne sollicite pas la clémence, je la quémande », a supplié un de ses conseils. Sa mère est une femme de ménage qui investit tout ce qu'elle gagne sur son fils, a dit l'un des avocats. « Sa place est à l'école et non en prison. Il n'y a pas eu d'association de malfaiteurs. Sa seule faute a été de se faire filmer du fait de son immaturité, de demander à A.M. Sèye de faire une compilation. Même Dieu ne poursuit pas les mineurs et les personnes âgées. Internet n'est pas net et nous sommes des victimes potentielles. On peut voir un parent faire des sacrifices pendant dix ans pour ses enfants et voir Internet gâcher tout en dix minutes », ont plaidé les conseils de Diallo.

Pour l'avocat de T. Lopez, né en février 2002, poursuivi pour association de malfaiteurs, détournement de mineure, collecte de données à caractère pédopornographique et violation de la loi sur l'état d'urgence, ce sont des jeunes qui ont perdu leurs repères.

À la barre, A.M. Sèye a soutenu, sans être contredit, n'avoir pas partagé l'image reçue de Diallo. Quand il l'a vue sur son téléphone, il a donné l'appareil à son père. Sèye répond des délits de violation de la réglementation sur l'état d'urgence et de diffusion d'images à caractère pédopornographique. Le procureur a écarté le détournement de mineure. A.M. Sèye était chez lui à la cité Keur Gorgui. Ce sont des camarades de classe. Les faits se sont déroulés en plein jour. Aucun parent n'est à l'abri.

Me Masokhna Kane, le conseil de J.H. Gomis a indiqué qu'il se prénomme désormais Thierno puisqu'il s'est converti à l'Islam et est étudiant en droit. Selon l'avocat, la résidence Zeina est en règle et aucune des infractions ne peut lui être reprochée d'autant que son client connait Diallo qui était à son quatrième passage. C'est pourquoi, il a oublié de l'inscrire sur le registre. « Il pèse sur ces enfants une agression culturelle par Internet et les réseaux sociaux. Ils sont en danger. Il faut les sensibiliser. On les a photographiés et bastonnés à la police. Il ne fallait pas. Ce qu'ils ont fait est vilain et ils en ont honte. Il faut leur tendre la perche », a soutenu Me Kane. Les demandes de liberté provisoire rejetées, les prévenus seront fixés sur leur sort le 8 juin.

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