Sénégal: Mesures d'allègement du couvre-feu et de reprise du transport interurbain - Les sénégalais partagés

Dans une conférence de presse conjointe tenue avant-hier, jeudi 04 juin, le ministre de l'Intérieur et de la sécurité publique et son collègue des Transports terrestres ont fait part des nouvelles mesures prises par le chef de l'Etat au sortir du Conseil des ministres du mercredi 03 juin au palais de la République.

Ces mesures concernent la levée des restrictions touchant les transports interurbains, l'assouplissement du couvre-feu de 23h à 5h du matin.

Des mesures qui semblent diviser les Sénégalais. Si les uns se réjouissent de voir leurs activités reprendre, d'autres restent dubitatifs sur la disposition de l'Etat de vaincre très rapidement le coronavirus.

Apres près de trois mois d'état d'urgence assorti de couvre-feu sans relâche, la population de Keur Massar est aujourd'hui contente d'apercevoir petit à petit le bout du tunnel.

Le moral avait complétement vacillé dans cette localité, où la plupart des activités qui y sont menées étaient presque au point mort, où des tissus sociaux jadis conviviaux et solidaires étaient devenus au rythme de la maladie presque toxiques.

Mais aujourd'hui, l'assouplissement tant espéré des restrictions de l'état d'urgence a redonné comme par baguette magique une lueur d'espoir à toute une population

.Le bonheur de retrouver petit à petit la liberté d'antan se lit sur presque sur tous les visages. C'est le cas de ce gérant, Moustapha Kane, très content d'humer à nouveau l'air de la liberté. « Hier, j'ai même jubilé et dansé.

C'est comme si j'avais eu une victoire après une longue bataille. Ce qui est drôle, c'est que des voisins du quartier se sont joints à moi, ma mère aussi. Imaginez ; trois mois d'oisiveté sans aucun appui extérieur même pas de la part de l'Etat alors que je suis soutien de famille», explique-t-il.

Avant d'ajouter : « Je ne manquerai pas à chaque instant de désinfecter les appareils et tapis parce que c'est au prix de ma vie et de la santé de mes clients», rassure-t-il.

Le même ouf de soulagement est noté chez sa cliente, Ami Dabo, très contente elle aussi de pouvoir enfin renouer avec son activité favorite. « J'avais complétement perdu ma ligne parce que l'activité sportive me permet de retravailler mon corps, me sentir belle mais avec la fermeture des salles, je n'y arrivais plus.

En plus avec le couvre-feu après la descente, c'était aussi impossible d'effectuer des exercices de marche, ce qui affecte sans doute notre état de santé», a-t-elle soutenu avant d'exhorter tous les Sénégalais à faire preuve de civisme et de retenue. «Même si on est tous contents, on ne doit pas perdre de vue que la maladie est aujourd'hui plus que jamais présente.

Et il est surtout question de préserver la santé de nos parents qui sont des personnes vulnérables. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle je me suis rendue aujourd'hui tôt à la salle pour ne pas rencontrer trop de personnes », a-t-elle laissé entendre. Mbaya Ndiaye, restauratrice, a remis quant à elle, son tablier avec une certaine gaieté de cœur, après trois mois passés sans activité nocturne.

Aujourd'hui, elle rallume à nouveau ses fourneaux pour les menus du soir : « mon business n'était plus le même. Je ne vendais que le déjeuner depuis lors alors que c'est le diner qui assure le plus mes économies.

C'est un de mes clients qui m'a fait part de la nouvelle, je n'ai pas suivi les informations», a-telle expliqué. «C'est une ouverture après une longue pause, je vais concocter de délicieux mets pour mes clients » lâche-t-elle avec un brin d'amusement dans la voix.

CRAINTE MITIGEE DE PROPOGATION DU VIRUS

A Dakar précisément à Colobane, au niveau de la station Prémium, juste avant la montée du pont, un jeune homme qui préfère garder l'anonymat, estime pour sa part : « Non, il n'y a rien à craindre, parce que je pense que le croyant doit toujours se confier en Allah. On doit réglementer le voyage aussi.

Et j'espère qu'ils ont déjà pensé à le réglementer. Celui qui prend départ, ils sauront déjà d'où il est parti, parce qu'il a donné son nom, son numéro téléphone et son adresse et aussi sa destination bien sûr ».

Et de poursuivre : « Ensuite, une fois qu'on dispose de toutes les filiations des clients, ils pourront dans ce cas, si par malheur un cas arrive à se déclarer, l'interner dans une structure hospitalière et de très rapidement cerner les contacts.

Parce qu'ils savent déjà dans quel coin ce dernier est venu et quel véhicule a-t-il emprunté et encore avec qui il était. Je pense qu'à ce niveau, il n'y a rien à craindre ».

Et de poursuivre : « Autre chose qui me soulage également, c'est que des gens sont restés pendant longtemps sans pour autant allez chez eux. Parce que la plupart sont des pères de familles, laissant leurs femmes en état chez eux pendant quatre mois, vous savez que c'est un grand risque ».

Conscient de la nécessité de l'homme d'être à côté de sa femme, au moment où celle-ci est en état de grossesse, il rappelle que « nous savons tous que la femme a plus besoin de son mari en cette période. Moi qui vous parle comme ça, je suis marié, père de deux enfants. C'est pourquoi je vous dis que je suis très soulagé ».

DECONFINEMENT DELETERE ET PREJUDICIABLE

Si la perspective du déconfinement semble plaire à plus un, ce n'est pas le cas pour ce chef de famille trouvé devant sa demeure, journal à la main. « J'ai été très déçu du gouvernement de Macky Sall. Je ne sais pas si c'est parce qu'ils sont incompétents ou ils font du « je m'en foutisme ». Mais ils ont tort de céder à la pression d'une bande de jeunes immatures, inconscients et indisciplinés.

Dorénavant, il faut s'attendre à des émeutes pour un oui ou pour un non », prévient-il. Même son de cloche chez Mor, un vendeur de friperie au rond-point Sahm, à Dakar « Il me semble qu'ils ont levé les mesures sur le transport interurbain pour permettre aux gens d'aller et de venir, par exemple, ceux qui sont à Touba, Thiès etc. et qui n'avaient pas l'autorisation de regagner Dakar », dit-il.

Avant de révéler : « Pourtant, il y avait même des gens qui bravaient l'interdit en empruntant les voies de contournement, par exemple des gens qui quittent Touba en payant soixante mille francs CFA à des chauffeurs rien que pour pouvoir regagner Dakar ».

« De mon point de vue, c'est un gros risque de lever les mesures du transport interurbain et de laisser la liberté aux gens d'aller et de venir en ce moment critique de la pandémie.

Parce que nous sommes des commerçants se trouvant dans le besoin d'avoir quelque chose à envoyer à nos familles, d'avoir de quoi nous nourrir. Je pense que depuis que nous sommes nés, il y'a longtemps de cela, jamais un tel malheur ne nous est arrivé », se confie-t-il.

Et d'ajouter : « Personnellement je considère ça comme un destin. Il y a des gens qui critiquent le président Macky Sall, en disant que c'est une manœuvre politique.

Mais quoiqu'il advienne, nous ne sommes pas des médecins, nous sommes de simples citoyens. Mais vraiment, je pense que c'est un risque qui pourrait faire mal ».

A quelques encablures, c'est le collège privé Jean de la Fontaine, un jeune de taille élancée, portant des lunettes fumées, parle d'une erreur monumentale que le président a commise. « Je ne suis pas persuadé que le déconfinement puisse nous garantir quelque chose en matière de lutte contre le coronavirus.

La maladie est là, on peut faire avec l'allégement du couvre-feu qui ne me semble vraiment pas nécessaire mais la reprise du transport interurbain, c'est un problème. Je pense que là, le président est en train de nous dire « aller contaminer jusqu'au fin fond du Sénégal ».

Plus de: Sud Quotidien

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