Mali: Elimination du patron d'Aqmi sur fond de manifs anti-IBK

Le président malien IBK

Barkhane, ani baara* !

Les forces françaises, avec l'appui de leurs partenaires, ont mené une opération anti-terroriste le 3 Juin dernier dans le Nord du Mali, plus précisément au Nord de l'Adrar des Ifoghas, à 80 km à l'Est de Tessalit, près de la frontière avec l'Algérie. Le bilan permet de sauter le champagne. En effet, l'emblématique gourou d'AQMI, Abdelmalek Droukdel, pour ne pas le nommer, a été tué pendant l'opération. Ont subi le même sort, 4 terroristes qui lui sont proches dont un haut cadre chargé de la propagande au sein d'Aqmi.

A cela, il faut ajouter que l'un des membres du groupe s'est rendu aux forces françaises sans combattre. L'annonce a été faite par la ministre française des Armées, Florence Parly, le 5 juin dernier. Cette fois-ci, on peut avoir la faiblesse de croire à l'annonce des autorités françaises. Car, outre le fait qu'un test ADN a été mené et qui confirme l'identité du patron d'AQMI, les Américains, via Africom, ont également confirmé la nouvelle. En tout cas, la France a intérêt à ne pas reproduire le cas d'Amadou Koufa, chef de la Katiba du Macina. En rappel, l'armée française avait annoncé la mort de ce dernier en fin 2018. Quelques mois plus tard, l'information s'est révélée fausse. Et le cas de Koufa n'est pas isolé.

Il est légitime que les Français n'aient pas le triomphe modeste

Dès lors, l'on peut comprendre pourquoi bien des gens, tel Saint Thomas, attendent de voir avant de croire dès qu'ils ont été informés de la neutralisation d'un chef terroriste. Cela dit et en partant du postulat que l'Emir d'AQMI a bel et bien été tué, l'on peut dire que Barkhane a accompli du bon boulot. Et pour cela, on peut lui adresser un grand « ani baara » pour saluer l'exploit, le beau travail réalisé. En effet, Abddelmalek Droukdel n'est pas un terroriste quelconque. Il a su porter, comme il faut, l'héritage de Ben Laden au Maghreb et au Sahel africain. Ainsi, il a fait beaucoup de mal à l'Algérie. Et ses lieutenants notamment Iyad Ag Ghali et Amadou Koufa ont réussi le tour de force d'inscrire le Mali, le Niger et le Burkina pratiquement à l'article de la mort à force d'attaques osées et téméraires. La neutralisation d'un tel terroriste est une source de fierté. Il est donc légitime et de bon ton que les Français n'aient pas le triomphe modeste en annonçant sa neutralisation.

Et l'exploit de « nos ancêtres les Gaulois » ne s'arrête pas seulement au niveau du profil du tué, il s'étend aussi à la manière dont l'opération a été menée. En effet, à en croire les Français, la frappe qui a ciblé Droukdel et ses proches collaborateurs, est partie d'un drone de l'armée de l'air. Elle a été suivie d'une opération héliportée. De la même manière que les Américains avaient bombé le torse suite à l'opération commando qui avait mis hors d'état de nuire Ben Laden au Pakistan, l'armée française peut aussi relever et saluer bruyamment l'exploit de ses soldats dans cette opération. Par-là également, les Français rabattent le caquet à tous ceux au Mali et au-delà, qui étaient vent debout pour critiquer la présence de Barkhane. Du même coup, les Français prêtent des arguments à l'allié Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) pour justifier davantage la présence de Barkhane au Mali. D'ailleurs, certaines langues ont laissé entendre que l'opération que vient de mener Barkhane, participe de la volonté de l'Hexagone de renforcer le pouvoir de Bamako à un moment où l'opposition et des organisations de la société civile demandent à IBK de débarrasser le plancher.

Il revient à IBK de remettre sa gouvernance en cause

En tout cas, les tenants de cette thèse trouvent que le caractère pratiquement concomitant du meeting anti-IBK de l'opposition, et de l'annonce de la neutralisation de Abdelmalek Droukdel, n'est pas fortuit. Bref, la neutralisation de ce dernier, contribue à déstabiliser et à plonger dans le doute ses lieutenants locaux. Car, ils savent désormais qu'ils ne sont pas à l'abri des drones français. C'est pourquoi l'on peut suggérer aux Français de ne pas desserrer l'étau autour des terroristes au Sahel. On peut également suggérer aux Américains de maintenir et de renforcer leur soutien à toutes les forces qui œuvrent au Sahel, pour réduire le terrorisme dans cet espace. En tout cas, les renseignements fournis à Barkhane par Africom, ont été décisifs pour la réussite de l'opération. C'est la preuve, s'il en est encore besoin, que lorsque les grandes puissances se donnent la main, elles sont capables de faire changer la peur de camp.

L'autre actualité au Mali, c'est la méga- manifestation à Bamako, du 5 juin dernier. L'organisation de la manif avait pour but de dénoncer les affaires pourries de la République et la responsabilité du pouvoir d'IBK. In fine, les organisateurs au nombre desquels l'on comptait l'Imam Dicko, ont appelé à la démission hic et nunc du président IBK. Les reproches faits à ce dernier ne relèvent pas de la fiction. Ils sont, en effet, fondés. Et même les partisans du pouvoir qui sont encore lucides, peuvent l'attester. Il revient à IBK, pour autant qu'il aime le Mali, de remettre sa gouvernance en cause. Seulement, l'on peut être inquiet de voir l'Imam Dicko prendre la tête de la manif. Car, ce monsieur est en train de faire des amalgames qui peuvent un jour se retourner contre certaines valeurs de la République. En rappel, cet Imam défend bec et ongle l'idée d'un dialogue avec les terroristes. Et rien ne dit que pour cela, il n'est pas disposé à marchander certaines valeurs de la démocratie et de la République, à commencer par la laïcité.

*Ani baara : expression qui signifie en dioula, merci pour le bon boulot

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