Burundi: Nkurunziza, le « Guide Suprême », n'est plus

Pierre Nkurunziza, l'homme fort qui a enchaîné trois mandats de cinq ans chacun à la tête du Burundi, de 2005 à 2020, et qui a consenti difficilement à renoncer à son quatrième mandat, est décédé dans la nuit du lundi 8 au mardi 09 juin 2020 à l'hôpital du Cinquantenaire de Bujumbura, à la suite d'un arrêt cardiaque. Celui qu'on appelait « Le Guide Suprême » et qui clamait sur tous les toits que son pouvoir venait de Dieu, a tiré sa révérence trois semaines après l'élection de son dauphin, le général Evariste Ndayishimiye, le 20 mai dernier, qu'il avait choisi pour sa succession d'abord et la pérennité de son régime ensuite.

En effet, en sa qualité de « Guide Suprême », il se plaçait automatiquement au-dessus de toutes les institutions burundaises et leurs animateurs. Par conséquent, le nouveau président élu était perçu comme une marionnette qu'il s'apprêtait à manipuler à sa guise.

Face à cette disparition inopinée, le Burundi est entré dans une transition de fait, puisque la prestation de serment d'Evariste Ndayishimiye ne pourrait intervenir que le 20 août 2020. D'ici, deux scenarii sont possibles.

1) Selon l'article 121 de la Constitution burundaise, c'est le Président de l'Assemblée Nationale, Pascal Nyabenda, qui devrait assumer la charge du Président de la République, jusqu'à la prestation de serment du successeur de Nkurunziza, mort dans sa fonction de Chef de l'Etat. Le hic se trouve dans le fait que le précité accuse un état de santé précaire et ensuite, il a mauvaise côté auprès des généraux de l'armée burundaise, que l'on dit être les véritables détenteurs du pouvoir d'Etat.

Un coup de force est ainsi vite arrivé pour empêcher Pascal Nyabenda de diriger la période de transition et remettre en question - pourquoi pas- les élections générales, dont la présidentielle, organisée le 20 mai, bien malgré lui, par Pierre Nkurunziza.

2) Le second scénario, auquel souscrivent des millions de Burundais, est celui de l'anticipation de la date de prestation de serment du Président élu, Evariste Ndayishimiye, en programmant sa prestation de serment aussitôt après les funérailles de l'illustre disparu. En tous cas, il serait risqué d'attendre la date du 20 mai, car tout le monde sent que les galonnés de l'armée, mécontents du renoncement de Nkurunziza à son quatrième mandat, sous les pressions internationales, sont capables d'un coup fourré contre la démocratie en gestation.

Cette hypothèse est la plus soutenue par tous ceux qui redoutent la remise en question de l'élection de Ndayishimiye, d'autant que l'article 104 de la Constitution burundaise dispose que « le mandat du Président de la République débute le jour de sa prestation de serment et prend fin à l'entrée en fonction de son successeur ». Constitutionnellement, rien ne s'oppose à la modification de la date du 20 août.

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