Congo-Kinshasa: Barrières de Gombe - Des morts au Marché Central

Quelques marchands manifestent contre l'exercice du petit commerce par les étrangers ce 26/07/2011 à Kinshasa. Radio Okapi/ Ph. John Bompengo

Il y a eu mort d'homme hier mardi 09 juin 2020 dans la matinée, dans la périphérie du Marché Central de Kinshasa, après des échauffourées entre policiers chargés de la surveillance des barrières érigées au croisement des avenues Rwakadingi et Luambo Makiadi (ex-Bokassa), dans la commune de Kinshasa, et à celui des avenues Rwakadingi et Kasaï, dans la commune de Barumbu. Des sources policières ont fait état de deux morts, par électrocution, ainsi que de deux civils et quatre policiers blessés.

Certains témoins des incidents parlent plutôt de trois morts, dont un par balles et deux ayant succombé après être tombés dans un caniveau, pendant la débandade générale provoquée par les tirs de sommation de la police et les jets des gaz lacrymogènes.

Selon les dispositions arrêtées par le gouverneur de la ville de Kinshasa, depuis la mise en application de la mesure de « confinement » de la commune de la Gombe (06 au 20) et de « déconfinement progressif et maîtrisé », à compter du 21 avril, n'ont accès au centre-ville de Kinshasa que les porteurs des badges émis à cet effet.

Hier mardi, des syndicats des vendeuses et vendeurs du Marché Central ont appelé à des rassemblements de leurs membres devant lesdites barrières, pour exiger leur levée, d'autant plus que le vice-premier ministre et ministre de l'Intérieur, Gilbert Kankonde, s'appuyant sur les décisions judiciaires rendues par la Cour d'Appel de Kinshasa/Gombe et le Conseil d'Etat en faveur de la société Safricom, signataire en 2015 avec l'Hôtel de Ville de Kinshasa, d'un contrat de réhabilitation des pavillons du Marché Central, venait de décider la surséance des travaux d'assainissement du même site lancés par l'autorité urbaine. Par ailleurs, le Procureur général près la Cour de Cassation a demandé, dans le même dossier, au gouvernorat de Kinshasa de s'incliner devant les mêmes décisions judiciaires.

Rappelons que le vice-premier ministre et ministre de la Justice, saisi également en son temps par le Conseil d'Etat et le Parquet général près la Cour de Cassation, s'est prononcé pour le respect des décisions judiciaires précitées.

Les observateurs pensent qu'hormis les retombées de la lettre du vice-premier ministre de l'Intérieur et des décisions judiciaires condamnant la résiliation unilatérale, par l'Hôtel de Ville de Kinshasa, de son contrat avec Safricom, le vrai fond du problème se trouve être la colère des casseroles et poches vides face à la fermeture du centre névralgique des affaires à Kinshasa, dont le Marché Central, à des milliers de Kinoises et Kinois vivant de la débrouille au quotidien. La promesse du « déconfinement » total de Gombe tardant à venir, hommes, femmes et enfants incapables de se prendre en charge après trois mois d'inactivités, se sont engouffrés dans les décisions judiciaires en faveur de Safricom et la mesure administrative du vice-premier ministre et ministre de l'Intérieur portant surséance des travaux de réfection du Marché Central, pour exprimer brutalement leur ras le bol.

Ce message fort des vendeuses et vendeurs en « chômage » du Marché Central et des milliers d'anonymes évoluant dans l'informel au centre de la ville de Kinshasa, devrait interpeller les autorités nationales et urbaines sur l'urgence de trouver, dans le respect des mesures de protection contre le coronavirus, une voie de sortie pour des milliers, voire des millions de concitoyens qui refusent d'attendre la mort dans les quartiers pauvres de Kinshasa.

L'Europe, l'Amérique et l'Asie ne sont-elles pas en train de montrer à l'Afrique la voie du déconfinement avec des risques de contamination très limités à la Covid-19, en rouvrant restaurants, piscines, plages, musées, sites touristiques, stades, salles de spectacles, écoles, supermarchés, aéroports, ports, gares de trains... dans le strict respect des gestes barrières d'abord et dans le déploiement des mécanismes de proximité pour le dépistage et la prise en charge des cas d'atteinte au coronavirus.

Les autorités nationales et provinciales congolaises devraient réfléchir d'urgence aux conditions de reprise sécurisée des activités commerciales et autres dans les villes et les campagnes ainsi qu'entre Kinshasa et les provinces. Un confinement de fait à durée indéterminée, qui ne dit pas son nom, risque de déboucher, à court échéance, sur des explosions sociales du genre de ce qui s'est passé hier matin au marché central Kimp

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