Cameroun: Enquête de Biya sur la mort du journaliste Wazizi

Le journaliste de la chaîne Chillen Media Television (CMTV) Samuel Wazizi, région de Buéa, Cameroun

La meilleure façon de noyer le dossier

Les syndicats des journalistes camerounais soutenus par Reporters sans frontières (RSF), réclament vérité et justice pour Samuel Wazizi, du nom de ce journaliste décédé en détention en août dernier, dans des circonstances encore floues. Se rendant compte qu'il ne peut pas cacher le soleil avec son doigt, le pouvoir camerounais qui s'était emmuré dans un silence assourdissant, a fini par avouer le décès mais sa thèse est la suivante : Wazizi est mort de maladie. Toute chose qui ne convainc personne. La cruelle vérité est que Samuel Wazizi a été torturé à Buea puis transféré à l'hôpital militaire de Yaoundé, où il aurait succombé à ses blessures.

Choqués par cette implacable nouvelle, les syndicats des journalistes et autres mouvements de défense des droits de l'Homme, réclament, à cor et à cri, une enquête indépendante afin de faire la lumière sur ce crime de trop. Et comme réponse à cette soif de justice, le régime de Paul Biya annonce l'ouverture d'une enquête. C'est, du moins, la décision rendue au cours de l'audience qui s'est déroulée au tribunal de Buea qui, tout en souhaitant être associé à l'enquête, demande le retour du corps du journaliste pour autopsie et inhumation. Or, on le sait, sous nos tropiques, la meilleure façon de noyer un dossier, c'est d'ouvrir une enquête nationale. Le simple fait que Paul Biya se soit saisi du dossier, est symptomatique de sa volonté de l'enterrer.

Combien d'enquêtes nationales sur des cas d'assassinats, sont-elles restées sans suite au Cameroun? Les syndicats des journalistes voulant se donner plus de chances de lever les zones d'ombres qui entourent cette affaire, mesurent la nécessité d'une enquête internationale. Et ce ne serait pas trop demander au pouvoir si tant est qu'il soit disposé comme il veut le faire croire, à faire la lumière sur cette affaire qui aura créé une onde de choc à travers tout le pays.

Il urge pour Biya de changer son fusil d'épaule

Or, la bonne foi de Yaoundé, c'est ce dont on doute le plus. Surtout que la marche que comptaient organiser les syndicats des journalistes, n'a pas été autorisée. En tout cas, à travers cette énième tragédie, le régime de Paul Biya donne la preuve qu'il est un véritable prédateur des droits de l'Homme. Cela est d'autant plus vrai que le classement de 2020 de Reporters sans frontières en matière de liberté de la presse, place le Cameroun au 134e rang sur 180, avec à la clé, un recul de trois places.

C'est dire s'il ne fait pas bon être journaliste au pays de Biya. Dès lors, on comprend pourquoi les journalistes camerounais sont plus critiques vis-à-vis d'autres régimes autocrates africains que celui de Biya qui, pourtant, traîne aussi des tares et pas des moindres en matière de gouvernance. Et Dieu seul sait s'ils sont nombreux ces journalistes camerounais qui, dans l'exercice de leur métier, sont passés de vie à trépas comme le directeur de publication de Cameroun Express, Ngota Ngota Germain. Les plus chanceux, à l'image d'Amadou Vamoulké, sont placés en détention dans des conditions effroyables.

Malgré ses 70 ans, cet ex-directeur général de la télévision publique camerounaise CRTV, est reclus depuis près de quatre ans, entre quatre murs. Le régime dictatorial de Biya devrait en avoir honte. Plutôt que de s'en prendre à de pauvres journalistes, il gagnerait à soigner sa gouvernance dans un Cameroun où la corruption le dispute à l'impunité. Il se trompe d'autant plus lourdement d'adversaire que les journalistes ne font que leur travail. En tout cas, il urge pour Biya de changer son fusil d'épaule en s'attaquant aux vrais problèmes qui entravent le développement de son pays.

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