Zimbabwe: Des experts indépendants de l'ONU demandent l'arrêt immédiat des enlèvements et de la torture

10 Juin 2020

Des experts des droits de l'homme indépendants des Nations Unies ont appelé mercredi le Zimbabwe à mettre immédiatement un terme aux disparitions et aux tortures qui semblent avoir « pour but de réprimer les protestations et la dissidence ».

Cet appel fait suite à l'arrestation de trois militantes de l'opposition à un poste de contrôle de la police à Harare, la capitale, puis à leur enlèvement, leur torture et leurs agressions sexuelles. Les trois femmes, - la députée Joanna Mamombe, Cecilia Chimbiri et Netsai Marova -, allaient participer à une manifestation pacifique organisée le 13 mai dernier par l'Assemblée de la jeunesse de l'Alliance du principal parti d'opposition, le Mouvement pour le changement démocratique. « Les accusations portées contre ces trois femmes devraient être abandonnées », ont déclaré les experts dans un communiqué.

Deux jours plus tard, les trois femmes ont été par la suite brutalisées sur un marché. Elles ont été immédiatement hospitalisées pour ces blessures subies lors de leur enlèvement. « Le fait de cibler des dissidents pacifiques, y compris des jeunes leaders, est une grave violation de la loi sur les droits humains », ont dénoncé les experts indépendants onusiens.

Quelques jours plus tard, les trois femmes ont été accusées d'avoir enfreint la réglementation anti-Covid-19 sur les rassemblements publics et d'avoir prétendument eu l'intention de promouvoir la violence publique et d'atteintes à l'ordre public. Or selon les experts, ces faits ne sont pas des cas isolés. Rien qu'en 2019, 49 cas d'enlèvements et de torture ont été signalés au Zimbabwe, sans que les enquêtes n'aboutissent à ce que les auteurs de ces actes aient à rendre des comptes.

Disparitions forcées de femmes, violences sexuelles, voire une fécondation forcée

Les experts ont donc appelé les autorités de Harare à poursuivre et punir d'urgence les auteurs de ce crime odieux. « Les autorités doivent appliquer immédiatement une politique de "tolérance zéro" pour les enlèvements et la torture dans tout le pays afin de garantir la protection efficace des femmes contre les violences sexuelles, et de faire en sorte que les responsables répondent de leurs actes », ont-ils fait valoir.

En attendant, les disparitions forcées de femmes impliquent souvent des violences sexuelles, voire une fécondation forcée, avec un préjudice énorme infligé non seulement à leur santé et à leur intégrité physique, mais aussi en termes de dommages psychologiques, de stigmatisation sociale et de perturbation des structures familiales qui en résultent. « En vertu de l'interdiction absolue et indérogeable de la torture et des mauvais traitements, qui inclut les disparitions forcées et les violences contre les femmes, le Zimbabwe doit prendre toutes les mesures en son pouvoir pour prévenir ces abus, enquêter sur les violations présumées et traduire les auteurs en justice », ont insisté les experts.

Ils ont également exhorté le gouvernement à autoriser les visites officielles d'experts des droits de l'homme des Nations Unies en vue d'évaluer la situation des droits de l'homme dans le pays.

Outre les membres du Groupe de travail des Nations unies sur les disparitions forcées, parmi les autres signataires de cet appel figurent Nils Melzer, Rapporteur spécial sur la torture, David Kaye, Rapporteur spécial sur la protection du droit à la liberté d'opinion; Clément Nyaletsossi Voule, Rapporteur spécial sur les droits à la liberté de réunion pacifique; et Dubravka Šimonovic, Rapporteur spécial sur la violence contre les femmes.

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