Maroc: Fathallah Oualalou - Le Maroc post-coronavirus devrait renégocier ses rapports avec la proximité

Le post Covid-19 est une opportunité pour le Maroc qui devra renégocier ses rapports avec la proximité et exiger de l'Europe qu'elle s'ouvre sur de nouvelles logiques de partenariat avec l'aire sud-méditerranéenne et africaine sur la base de la coproduction, a souligné Fathallah Oualalou, écrivain et Senior Fellow au Policy Center for the New South (PCNS).

Cette opportunité offre également au Maroc la possibilité de s'imprégner des réflexions dans le débat autour du devenir de la mondialisation, a-t-il estimé dans un article intitulé "Par-delà la sidération", publié par le think-tank marocain PCNS, ajoutant que la priorité sera désormais accordée à la proximité dans le cadre de mouvements de relocalisation pour permettre aux pays de se protéger des risques de dépendance vis-à-vis des contrées lointaines.

Cela va, d'ailleurs, dans le sens des intérêts de l'Union européenne (UE) elle-même que de traiter la question de la relocalisation et de captage des chaînes de valeur mondiales dans un cadre régional qui dépasse celui de la seule Europe, a-t-il soutenu, faisant savoir que le traitement du dossier de relocalisation industrielle par les Européens doit être en rapport avec celui du couple développement-immigration dans la grande région afro-sud-méditerranéenne.

L'ancien ministre de l'Economie et des Finances a également écrit qu'avec l'Afrique et l'Europe, le Maroc doit participer à l'émergence d'un pôle attractif construit autour de la centralité de la Méditerranée pour contribuer à la dynamique d'une multipolarité équitable.

Quant à la notion de "sidération", clef de voûte conceptuelle de l'article, l'auteur s'est arrêté dans un premier temps sur une kyrielle de définitions qui correspondent, selon ses propres termes, à "un anéantissement soudain des fonctions vitales" en français, au concept de "rétrécissement (shrivelling) dans le sens de destruction et de mortification" en anglais et à l'état de l'homme abattu et angoissé en arabe, où l'on peut identifier la traduction du terme dans le mot "عله".

Il s'ensuit que "le Covid-19, virus invisible, insaisissable, qui, parce que mortel, a plongé le monde dans un état de sidération anxieuse, pousse les plus fragiles d'entre nous vers une peur paralysante ("Le virus est partout, je refuse de sortir, même pour faire des achats"), crainte qui se transforme en angoisse, voire en terreur irrationnelle et incontrôlable", a relevé Fathallah Oualalou.Selon lui, ce sentiment "inédit" de la grande insécurité a été amplifié par les médias qui pointent les hôpitaux saturés, obligeant les pouvoirs publics, partout dans le monde, à imposer le confinement à plus de la moitié de la population mondiale pour freiner la propagation du virus. Et de noter plus loin que la sidération mondialisée a eu un impact sur les relations internationales, étant donné qu'elle a nourri les comportements violents chez tous ceux qui étaient enclins à développer des théories conspirationnistes et/ou complotistes, favorisant ainsi le développement de tensions nouvelles, sur les terrains biologiques ou bactériologiques, entre les Etats-Unis et la Chine.

"Une guerre sanitaire est ainsi venue se surajouter à la guerre commerciale qui oppose ces deux pays. Dans beaucoup de parties du globe, cette approche semble favoriser la montée du populisme et du nationalisme abusif", a-t-il poursuivi.

L'irruption de la crise sanitaire en Chine et le confinement des habitants de Wuhan ont entraîné la chute des valeurs boursières (elles se sont ressaisies depuis), comme au lendemain du 11 septembre 2001, de la crise de 2008, et, surtout, de celle, plus brutale, des hydrocarbures début mars 2020, a-t-il constaté, indiquant qu'il s'agit d'une "vraie sidération", quand le cours de pétrole est devenu négatif dans les bourses des matières premières américaines.

S'agissant des leçons à tirer de cette pandémie que l'auteur a bien qualifiée dans son article de "désastre", il est en effet question de deux enseignements.

Le premier concerne la mondialisation, laquelle est, de plus en plus avancée, devient d'après lui source d'incertitudes, tandis que le deuxième est en relation avec l'intensité de l'interdépendance entre les nations, leurs économies et leurs vécus pour le meilleur (les biens communs en termes de santé, progrès, croissance et équité) et pour le pire (pandémie, angoisse, arrogance, hégémonie et crises).

Dans le même sillage, il a fait valoir qu'à la sortie de la crise sanitaire, le monde aura besoin de bâtir les fondements d'un réel bien-être, et de tirer les leçons des trois chocs qui l'ont secoué depuis le début du siècle : le 11 septembre 2001, la grande récession de 2008-2014 et le Covid-19 en 2020.

Par ailleurs, l'économiste marocain a assuré que partout dans le monde se poseront aux Etats deux grandes questions : comment financer la lutte contre toutes les conséquences des crises sanitaire et économique ? et comment répondre à l'impact de cette nouvelle grande récession et ses manifestations en termes d'amplification du chômage et de gestion de la tendance à la baisse des salaires ?

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