Burundi: Décès du « guide suprême éternel » - Le pays va-t-il enterrer doublement Nkurunziza ?

Les Rues de Bujumbura

Alors que les partisans du « Guide suprême éternel », Pierre Nkurunziza, n'en finissent pas de pleurer sur la dépouille mortelle de leur Pasteur rappelé à Dieu, probablement pour consultation pour la gestion chaotique qu'il a eue du Burundi, ils sont nombreux les Burundais qui scrutent l'horizon pour y déceler les signes d'éventuels changements.

Et le moins que l'on puisse dire, c'est que rien de rassurant ne se dessine pour l'instant, surtout après la sortie du futur chef de l'Etat, Evariste Ndayishimiye, qui affirme vouloir continuer l'œuvre de son prédécesseur.

Ces propos ont, en effet, de quoi raviver toutes les frayeurs quand on connaît le lourd héritage politique que Pierre Nkurunziza laisse au Burundi : près de 1200 victimes des violences politiques, 400 000 exilés, violations massives des droits de l'Homme, pauvreté endémique, isolement diplomatique et politique du pays, etc.

Si une telle œuvre doit donc être poursuivie, il n'y a pas de doute que le pays court droit vers le précipice.

Nkurunziza n'est pas allé de lui-même à l'alternance politique

Mais l'on peut espérer qu'Evariste Ndayishimie a sciemment enrobé son langage pour faire dans le politiquement correct et cela, pour plusieurs raisons.

D'abord, on est en Afrique où le respect dû aux morts est sacré de par les traditions qui veulent que l'on taise les défauts des défunts pour n'en magnifier que les mérites.

Ensuite, le futur président fait preuve de réalisme et de prudence, bien conscient que le système mis en place par son prédécesseur, reste entier.

« Le lion, même mort, dit-on en Afrique, fait peur ». Ndayishimie ne veut pas prendre le risque de se mettre à dos les caciques du CNDD-PDD, avant même de s'asseoir dans le fauteuil présidentiel. Il donne l'impression de marcher sur des œufs.

Mais l'on ne peut cependant pas s'empêcher de poser cette question qui taraude tous les esprits : Evariste Ndayishimie aura-t-il, le moment venu, suffisamment du cran pour se débarrasser de l'héritage encombrant de son ex-mentor et entamer la mue tant espérée au Burundi ?

Il est trop tôt pour en avoir le cœur net. Mais il semble bien qu'il n'aura pas d'autres options que de se laisser aller au gré des vents du renouveau. Et pour cause.

D'abord, le Burundi est dans une telle impasse au plan socio-économique, que le changement de la gouvernance s'impose si le pays ne veut pas aller à la faillite totale.

Ensuite, l'on peut penser que Pierre Nkurunziza n'est pas allé de lui-même à l'alternance politique et qu'il y a été contraint par des forces du changement qui ne peuvent manquer l'occasion de sa soudaine disparition, de reprendre du poil de la bête.

Du reste, certains bruits de couloirs font croire que le « Guide suprême éternel » qui avait rusé avec les textes pour garder la main sur le pouvoir d'Etat, même après son départ de la présidence du pays, a été éliminé pour permettre au nouveau chef de l'Etat de disposer de pleins pouvoirs et insuffler à la marche du pays, une nouvelle dynamique.

Enfin, si le président entrant veut marquer de son empreinte son passage à la tête de l'Etat, il n'a d'autre choix que d'aller dans le sens de la rupture avec son prédécesseur.

Ndayishimie devra être conscient que c'est à de véritables travaux d'Hercule qu'il fera face

Il est ainsi donc contraint au parricide politique. Mais pour modifier la trajectoire prise par le pays sous l'ère Nkurunziza, Evariste Ndayishimiye doit se battre d'abord en interne contre les caciques du CNDD-FDD qui sont autant comptables que le « Guide suprême éternel » lui-même, des errements du régime depuis qu'il a décidé de tourner le dos aux Accords d'Arusha et de modifier à sa guise, la Constitution burundaise.

Et il a en main les atouts pour triompher dans ce combat, quand on sait que le général Evariste Ndayishimiye est lui-même un homme de poigne qui tire sa légitimité politique du maquis et de son assise au sein du parti, même s'il faut craindre que ses ardeurs ne soient freinées par son long séjour dans l'ombre d'un pouvoir sanguinaire qui l'a probablement éclaboussé.

Cela dit, en optant pour le changement, Ndayishimie devra être conscient que c'est à de véritables travaux d'Hercule qu'il fera face.

Parmi les défis qu'il devra relever, il y a celui de faire cesser la terreur qui aura été la marque de gouvernance de son défunt mentor.

Et cela passe nécessairement par un meilleur respect des libertés individuelles et démocratiques, mais aussi par le devoir d'enterrer la hache de guerre avec l'opposition exilée et les milices rebelles pour fumer le calumet de la paix.

L'autre défi important auquel devra s'attaquer le futur chef de l'Etat burundais, est celui du développement économique.

Car, on le sait, le pays figure parmi les plus pauvres de la planète et il est plus qu'urgent de donner de l'espoir au peuple burundais qui, en plus de souffrir le martyre du fait de la dictature politique, peine à s'assurer un repas par jour.

Ensuite, le nouveau président devra mettre un point d'honneur à redorer l'image du Burundi.

Et cela passe nécessairement par une nouvelle dynamique des relations avec les pays voisins qui supportent les contrecoups de la crise politique burundaise, mais aussi avec la communauté internationale qui a été souvent éconduite du pays comme un malpropre.

Enfin, Evariste Ndayishimiye devra accepter de réunir sous l'arbre à palabre, les Burundais pour trouver le remède qui permettra de vaincre le mal qui ronge le Burundi.

Et cela ne peut passer que par le toilettage de la loi fondamentale burundaise pour la mettre en phase avec le consensus politique obtenu par les Accords d'Arusha.

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