Burundi: Polémique autour de la succession de Nkurunziza

Général Evariste Ndayishimiye président élu du Burundi

Les deux mois de tous les dangers

Deux mois ! C'est le délai qu'il fallait à Evariste Ndayishimiye, élu le 20 mai dernier au premier tour de la présidentielle au Burundi, pour succéder officiellement à Pierre Nkurunziza, décédé de façon « inopinée » le 8 juin dernier, à la tête de l'Etat. Mais voilà. Le Général-candidat du parti au pouvoir, dont l'élection a été validée par le Conseil constitutionnel, attendait de prêter serment pour être officiellement investi quand le « Guide suprême éternel » a subitement cassé sa pipe sans crier gare.

Une brusque disparition qui risque de ne pas être sans conséquences pour le pays qui sort difficilement de quinze ans de pouvoir de celui qui laisse derrière lui, aux yeux de bien de ses compatriotes et d'observateurs étrangers, plutôt l'image d'un tyran. En effet, alors que la non présentation de sa candidature à sa propre succession, marquait l'espoir d'un nouveau départ pour le Burundi, sa mort, dans les circonstances que l'on sait, pourrait, si l'on n'y prend garde, sonner le début d'une nouvelle crise dont on se demande quelle seront l'ampleur et les répercussions pour son pays.

Nkurunziza continue de poser problème au Burundi

D'autant qu'après avoir été sans succès dans la contestation des résultats de la présidentielle, l'opposant Agathon Rwasa, à la faveur de ce décès inattendu du chef de l'Etat sortant sans passation de charges, s'est trouvé un autre cheval de bataille en appelant à l'organisation de nouvelles élections à travers l'application et le « strict respect de la Constitution ». Mais, le parti au pouvoir dont le candidat a déjà été officiellement déclaré vainqueur, ne l'entend pas de cette oreille et compte bien lui faire prêter serment. Surtout que la Constitution du pays n'a pas prévu le cas de figure du décès d'un président sortant après l'élection de son successeur.

C'est dire si même mort, Nkurunziza continue de poser problème au Burundi; tant l'écart entre la date de sa disparition et celle de la passation des charges à son successeur élu, paraît à présent les deux mois de tous les dangers. Reste à espérer que les principaux acteurs politiques du pays joueront balle à terre, pour ne pas exposer leur pays à d'autres soubresauts. Car, le Burundi revient de loin ; lui qui passait pratiquement pour un pays paria aux yeux de la communauté internationale, du fait des mauvais agissements de son défunt président. Autant dire que le pays n'a pas besoin d'une autre crise politique qui viendrait accentuer la fracture entre ses fils et ses filles.

Aghaton Rwasa a beau paraître dans son rôle en appelant au « strict respect de la Constitution », il est difficile de croire que ses agitations frénétiques sont dénuées de tout calcul politicien guidé par des intérêts égoïstes et s'inscrivent dans le seul but du respect de la légalité constitutionnelle. En tout cas, aujourd'hui, l'opposant qui a souvent brillé par l'inconstance de ses positions, ne paraît pas le mieux indiqué pour mener ce combat. Car, on n'a pas besoin de pratiquer l'art divinatoire pour se convaincre que si c'est lui qui avait été déclaré vainqueur de l'élection, il n'aurait jamais adopté une telle position.

L'organisation de nouvelles élections, s'annonce d'ores et déjà comme un pensum pour ce pays mis au ban de la communauté internationale

C'est dire si derrière tout ce raffut du candidat malheureux à la dernière présidentielle, se cachent des raisons inavouées. Peut-être fait-il de la surenchère politique, pour gêner aux entournures le parti au pouvoir dans l'espoir de le pousser à des concessions. Quoi qu'il en soit, même si Aghaton Rwasa ne présente pas les meilleures garanties de neutralité dans cette polémique à la succession de Pierre Nkurunziza, les autorités auraient tort de tordre le cou à la Constitution en ne mettant pas la forme dans la gestion de cette transition. Du reste, on peut se demander de quoi a peur le CNDD-FDD en faisant montre d'une fébrilité qui ne dit pas son nom, face à la requête de l'opposant.

Est-ce pour ne pas risquer de se faire couper l'herbe sous les pieds au moment où la victoire de son candidat a achevé de lui tendre la main et n'attend plus que d'être entérinée par une simple formalité protocolaire ? En tout cas, s'il y a, dans cette crise naissante, des raisons de penser qu'Aghaton Rwasa rêve debout, il faut tout de même espérer que les mentors de Evariste Ndayishimiye qui ont réussi le tour de force d'imposer sa candidature à Pierre Nkurunziza, ne commettront pas l'impair de se mettre ostensiblement en porte-à-faux avec la loi fondamentale de leur pays, dans cette guerre à la succession du défunt président.

Ce serait un précédent dangereux qui pourrait faire jurisprudence dans le pays, s'il ne marque pas le début d'une nouvelle crise profonde au cas où d'autres forces politiques s'alignaient sur la position d'Aghaton Rwasa. Le Burundi n'a pas besoin de ça.En tout état de cause, l'organisation de nouvelles élections, dans deux ou trois mois, s'annonce, d'ores et déjà, comme un pensum pour ce pays mis au ban de la communauté internationale et contraint de compter pratiquement sur ses propres ressources, au moment où de nombreux défis pressants au nombre desquels la lutte contre le Covid-19, se posent avec acuité.

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