Burundi: Léa Uwayisenze - « La caravane sur la santé sexuelle et reproductive m'aide à bétonner mes ambitions »

Ça fait maintenant un peu plus de deux heures que Léa participe activement aux activités de sensibilisation et d'appui à la mobilisation des jeunes et des adolescents(es) sur la santé sexuelle et reproductive qui se déroulent sur la place du marché de Marembo de la commune de Busoni, sur la route menant vers la frontière avec le Rwanda dans l'extrême Nord-Est du Burundi.

L'excitation et le stress sont lisibles sur son visage : après avoir répondu à des questions précédentes, voilà maintenant qu'elle vient d'atteindre la partie finale de la compétition dans laquelle celle qui donnera la bonne réponse, remportera le saint graal des prix offerts : un téléphone portable.

L'animatrice appelle donc 7 jeunes à venir s'aligner en vue de se voir poser une question sur la fistule obstétricale par la spécialiste en santé sexuelle et reproductive de l'Organisation mondiale de la Santé.

Ils sont six filles et un jeune garçon, tous portent encore leurs uniformes d'école, y compris Léa. La question : Quelles sont les symptômes de la fistule obstétricale et quelles en sont les causes ?

Sa sagacité et son intelligence n'ont pas échappé aux organisateurs de l'événement.

D'ailleurs, elle a déjà raflé quelques prix de par ses réponses à des questions complexes sur des thématiques telles que les conséquences des rapports sexuels ou du mariage précoce chez la jeune fille, les services offerts dans les centres de santé « Amis des jeunes », etc.

« Je rentrais de l'école quand j'ai été alertée par les sons de musique et d'appel qui provenaient du marché. C'est comme cela que j'en suis arrivée à me retrouver parmi les finalistes », raconte Léa.

« D'habitude, quand je quitte le collège, je vais directement à la maison. Mais en entendant l'agitation inhabituelle sur le marché, j'ai changé de programme.

Vous savez, ce n'est pas tous les jours qu'on a des activités pareilles ici ; surtout que les crieurs appelaient les jeunes comme moi. », poursuit-elle.

Léa UWAYISENZE, âgée de 18, est élève en 9ème année à l'Ecole Fondamentale de Nyabisindu, dans la commune de Busoni. L'événement qui a changé son agenda habituel ce jeudi 26 mars 2020, est organisé par le Programme National de Santé de la Reproduction avec l'appui du Bureau de l'OMS au Burundi.

Il consiste en une caravane d'éducation et sensibilisation qui sillonne la province de Kirundo. L'activité est soutenue financièrement par l'Union européenne, à travers le programme « Twiteho Amagara ».

« Depuis ma puberté je suis très intéressée par le sujet, je dirai même que du fait de mon expérience, je suis profondément concernée », nous dit-elle.

« Sur ma colline, j'assiste depuis des années aux mésaventures des jeunes filles qui voient leurs vies détruites pas des grossesses non désirées, ou des décisions de mariage avant l'âge.

Je connais au moins 10 filles de mon âge et même mes aînées, qui sont tombées enceintes et ont maintenant des soucis économiques et sociaux à cause de ces mésaventures.

Depuis, je me suis décidée à en apprendre plus sur le sujet car je ne souhaiterais pas que cela m'arrive », dit-elle.

Aujourd'hui, la caravane de sensibilisation en est à sa troisième journée et visite la commune de Busoni.

Elle est déjà passée dans les communes de Kirundo et de Gitobe, où les jeunes et le reste des membres des communautés ont participé à des séances d'éducation et de sensibilisation pour une santé sexuelle et reproductive saine et responsable.

Sexualité, violences basées sur le genre, viols, mariages précoces, conséquences d'activités sexuelles précoces dont la fistule obstétricale, tout est mis sur le tapis, sans tabous.

Les séances sont entrecoupées de moments de divertissement durant lesquels les jeunes rivalisent à la danse, divertissent l'audience présente, et surtout, répondent aux questions posées par l'animatrice de la séance, dans l'espoir de remporter des prix : des savons, des cahiers, des seaux, des sacs et des téléphones portables entre autres.

« A partir desdits expériences malheureuses de mes voisines de colline, j'ai retenu la leçon.

Avec la caravane qui a visité notre colline aujourd'hui, je viens en quelque sorte de rafraichir mes connaissances sur cette thématique », raconte toujours Léa.

« Je connaissais par exemple ce qu'était la fistule obstétricale, mais je ne savais pas qu'elle résultait entre autres des relations sexuelles précoces.

Et aussi bizarre que cela puisse paraître, c'est à travers la caravane d'aujourd'hui que je viens d'apprendre que notre Centre de Santé est un Centre de Santé « Ami des jeunes », qui offre des services privilégiés aux jeunes comme moi », avec un ton teinté d'un petit rire comme si elle se moquait d'elle-même.

Par-dessus tout, Léa est très contente du bagage intellectuel qu'elle vient d'acquérir grâce à quelques heures passées auprès de la caravane.

« Je viens de renforcer mes connaissances sur le sujet de la santé sexuelle et reproductive et de bétonner mon ambition de poursuivre mon rêve de devenir médecin psychologue, sans être distrait par les égarements de jeunesse » raconte fièrement Léa. « Je n'ai jamais eu de petit ami, ni de sexe...

Et je ne compte pas en avoir bientôt. Ce sont des considérations que je prends comme des distractions qui peuvent me coûter mon avenir. Les enseignements d'aujourd'hui me l'ont encore une fois démontré. »

Léa est reconnaissante envers les organisateurs de la caravane et de l'administration de la province de Kirundo, pour avoir choisi sa colline parmi les bénéficiaires.

« Vous devriez le faire plus souvent, voire même cibler d'autres localités plus éloignées que sa colline de Marembo. », dit Léa.

Pour elle, il y a beaucoup de jeunes dans cette province rurale, qui ont besoin de telles occasions pour en apprendre plus sur leur vie sexuelle et reproductive.

Et une seule caravane ne suffit certainement pas. « Faites-le le plus souvent possible et surtout, avertissez-nous à l'avance, notamment via des annonces sur les chaînes radio, pour qu'on vous aide à mobiliser plus de jeunes pour les prochaines séances » conclut Léa.

Mis en œuvre par 5 consortia dont le Consortium ENABEL et, coordonnés par l'Organisation mondiale de la Santé, le Programme TWITEHO AMAGARA promeut la résilience du secteur santé à travers des activités de renforcement du système de santé au niveau des districts, incluant la santé sexuelle et reproductive des jeunes, la santé mentale, ainsi que la préparation et la réponse aux urgences de santé publique.

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