Mali: Le pays doit mettre fin aux exécutions extrajudiciaires et à l'impunité

12 Juin 2020

Un expert de l'ONU a exhorté, vendredi, le Mali à intensifier de toute urgence ses efforts pour mettre fin aux graves violations des droits de l'homme perpétrées par les militaires du pays, y compris une série d'exécutions extrajudiciaires qui aurait fait plusieurs dizaines de morts parmi les civils ce mois-ci.

« Les tueries de ces civils ne sont pas des événements isolés », a déclaré Alioune Tine, l'expert indépendant sur la situation des droits de l'homme au Mali.

« Elles font partie d'une tendance croissante et inquiétante dans laquelle les forces armées maliennes commettent en toute impunité de graves violations des droits humains ».

Selon M. Tine, le climat actuel d'impunité endémique qui touche le pays d'Afrique de l'Ouest perpétue la violence et favorise la méfiance au sein de la population.

« C'est le contraire de ce dont le Mali a besoin dans sa quête pour restaurer l'autorité de l'État dans tout le pays et assurer une coexistence pacifique entre les communautés », a-t-il dit.

L'expert a reçu des informations confirmant que le 3 juin, un convoi militaire d'une dizaine de véhicules a pris d'assaut le village de Yangassadiou dans la région centrale de Mopti et exécuté sommairement au moins 15 personnes et en a arrêté plusieurs autres.

Le 5 juin, à Binedama, également dans la région de Mopti, des soldats d'un convoi militaire de 30 véhicules et un groupe de chasseurs traditionnels Dogons armés (dozos) les accompagnant auraient tué au moins 37 personnes, dont trois femmes et trois enfants, après avoir ouvert le feu sans discernement sur des villageois Peuls qui s'enfuyaient.

Un jour plus tard, une autre unité militaire a effectué un raid sur le village de Massabougou dans la région de Ségou, exécutant sommairement neuf hommes, tous membres de la communauté Peul.

« Le Mali doit veiller à ce que des enquêtes rapides, approfondies et impartiales soient menées sur ces exécutions », a déclaré M. Tine.

« Le pays doit prendre d'urgence des mesures efficaces pour mettre fin à la privation arbitraire de la vie et mettre fin au cercle vicieux de l'impunité qui permet ces graves violations ».

Selon une récente note trimestrielle publiée par la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), au cours des trois premiers mois de l'année, les forces nationales de défense et de sécurité maliennes - dont certaines opérant dans le cadre de la Force conjointe du G5 Sahel - ont commis 119 exécutions extrajudiciaires, 32 disparitions forcées et 116 arrestations arbitraires. La plupart de ces incidents ont eu lieu dans les régions de Mopti et Ségou.

« En plus de ces violations par les forces de sécurité et de défense étatiques, les communautés du centre du Mali continuent de subir des violences sans fin de la part de groupes armés non étatiques/fondés sur l'appartenance communautaire qui commettent des atteintes aux droits humains en toute impunité », a dénoncé l'expert.

L'expert : M. Alioune Tine, du Sénégal, a pris ses fonctions d'Expert indépendant sur la situation des droits de l'homme au Mali le 1er mai 2018.

Le mandat d'expert indépendant a été renouvelé par le Conseil des droits de l'homme le 22 mars 2019 pour une période d'un an afin d'aider le gouvernement du Mali dans ses actions de promotion et de protection des droits de l'homme et dans la mise en œuvre des recommandations formulées dans les résolutions du Conseil.

M. Tine a été un membre fondateur et le Président de la Rencontre Africaine Pour la Défense Des Droits de l'Homme (RADDHO) et Coordinateur du Forum des ONG Africaines à la Conférence Mondiale contre le Racisme en 2000.

Entre 2014 et 2018, M. Tine a été directeur régional d'Amnesty International pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre. Il a publié de nombreux articles et études sur la littérature et les droits de l'homme.

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