Rwanda: Arrestation Victoire Ingabire - Cette femme est un... homme

L'opposante rwandaise Victoire Ingabire.

Une fois de plus, elle a eu droit aux honneurs de la justice de son pays, si tant est qu'il en existe dans ce Rwanda où le pouvoir judiciaire est un instrument de répression au service du chef de l'Etat, Paul Kagame.

En effet, samedi 13 juin 2020, les fins limiers de l'homme mince de Kigali ont débarqué au domicile de l'opposante Victoire Ingabire dans le cadre d'une enquête, dit-on, sur ses liens supposés avec des groupes considérés comme terroristes par Kigali et basés hors du pays.

Une perquisition qui intervient quelques jours après la disparition d'un membre de Dalfa Umurinzi, parti de Mme Ingabire, mais non reconnu par les autorités rwandaises.

Tout est parti de l'arrestation de Gaston Munyabugingo qui aurait été en lien avec l'opposante et tentait, selon la version officielle, de rejoindre une organisation terroriste hors du pays.

Depuis l'interpellation de la présidente de Dalfa Umurinzi, ses proches sont sans nouvelles d'elle et se demandent ce qui lui est vraiment arrivé.

Ce n'est pas la première fois que cette politique de 52 ans, interdite de participer à la présidentielle de 2010, a maille à partir avec le pouvoir.

Arrêtée en octobre de la même année, elle a été jugée, puis condamnée à 15 ans de prison ferme pour « conspiration contre les autorités par le terrorisme et la guerre, minimisation du génocide de 1994 et propagation de rumeur dans l'intention d'inciter le public à la violence ».

Huit années plus tard, elle bénéficiera étrangement d'une grâce présidentielle au moment où Paul Kagamé, à travers une opération de charme diplomatique, voulait placer sa protégée, Louise Mushikiwabo, à la tête de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

D'autres figures emblématiques des geôles rwandaises bénéficieront de cet intérêt subit et suspect de Kigali pour les droits humains. C'est le cas, par exemple, du chanteur de gospel Kisito Mihigo, qui retournera au mitard le 13 février 2020, puis sera retrouvé mort quatre jours plus tard dans sa cellule. Suicide par pendaison, selon le communiqué officiel.

Mais hélas, les habitudes ont toujours la peau dure et ce n'est pas aujourd'hui que le lider maximo des Mille Collines trouvera son chemin de Damas pour ce qui est du respect de la démocratie et des exigences qui vont avec.

Mais revenons à la persécutée de Kigali pour dire qu'elle aurait été un homme qu'on reconnaîtrait qu'elle a une bonne paire de couilles. C'est que, malgré les harcèlements dont elle est régulièrement victime, malgré les risques sur sa sécurité et son intégrité, Victoire Ingabire a choisi de vivre dans son pays, contrairement à bien d'autres hommes politiques qui ont préféré prendre le chemin de l'exil.

Malgré son désir farouche de réduire l'irréductible « Aung San Suu Kyi rwandaise » au silence, Kagamé n'a pas osé, jusque-là en tout cas, aller jusqu'au bout de sa logique, car ce serait flagrant. Ce qui ne fut malheureusement pas le cas avec bon nombre d'opposants politiques, de hauts gradés de l'armée, des journalistes et des activistes des droits de l'homme.

Certes le Rwanda a connu l'innommable génocide qui a fait entre 800 000 et 1 000 000 de morts en quatre mois. Mais on a le sentiment que ce pogrom est un prétexte pour celui qui règne sans partage depuis près d'un quart de siècle pour étouffer toute contestation de son pouvoir.

Cela peut-il durer éternellement ? Même Israël, né des cendres de la Shoa, est devenu une démocratie où tous les courants politiques s'expriment librement, sauf sur ce qui touche à la sécurité de l'Etat hébreux.

Plus de: L'Observateur Paalga

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