Sénégal: ISSD - L'Agence Moody's met sous surveillance la notation financière Ba3 du pays

15 Juin 2020

La décision prise par l'Etat du Sénégal de participer à l'Initiative de suspension du service de la dette (Issd) n'a pas échappé à la vigilance de l'Agence de notation financière américaine, Moody's qui, dans un document publié samedi, a mis en garde le Sénégal en annonçant une « revue pour dégradation » de sa note maintenue à Ba3.

Le 10 juin dernier, le ministère des Finances et du Budget annonçait l'adhésion de l'Etat du Sénégal à l'Initiative de suspension du service de la dette (ISSD).

Cela s'était traduit par une matérialisation de la suspension du paiement du principal et des intérêts dus à l'ensemble des créanciers du secteur bilatéral officiel jusqu'au 31 décembre 2020 pour un montant de 90,6 milliards de FCfa entre le 1er juin 2020 et la fin de l'année, soit 13,51 % du service de la dette extérieure dû en 2020.

Cette décision des autorités n'est pas passée inaperçue auprès de l'agence de notation financière, Moody's. Cette dernière, dans une note d'information publiée samedi, annonce la mise « sous surveillance » de la notation du Sénégal (actuellement maintenue à Ba3) afin d'apprécier les conséquences d'un changement qui peut affecter sa capacité à honorer ses engagements contractuels vis-à-vis de ses créanciers.

Dans ses explications, l'agence précise que la suspension des obligations du service de la dette envers les créanciers officiels ne devrait pas avoir d'incidence sur la notation.

Cette assurance semble confirmée par le ministère des Finances et du Budget qui a réagi à la note de Moody's à travers un communiqué publié samedi soir.

Dans le document, les services dudit département indiquent que Moody's, dans sa note d'information, ouvre une période de revue pour lever l'incertitude autour d'une possible extension de l'Issd à la dette extérieure privée.

En plaçant la notation du Sénégal en « revue de dégradation », l'Agence américaine montre aux créanciers privés sa réactivité pour donner suite à un évènement qui, potentiellement, pourrait avoir un impact négatif sur les valeurs qu'ils détiennent.

Sur le même registre, elle surveille les facteurs pouvant conduire à la dégradation de la note comme le service de la dette, sa ponctualité et son intégralité. Toutefois, le ministère des Finances et du Budget tient à préciser que la notation du Sénégal en cours de revue pour dégradation et à ce stade, n'est pas dégradée.

Notre pays conserve donc sa notation Ba3. « Moody's n'a pas annoncé une dégradation de la notation du Sénégal. Toutefois, les créanciers privés sont avertis que la notation fait l'objet d'une surveillance pouvant mener à une dégradation », insistent les services du ministère des Finances et du Budget.

Ils rassurent que l'Etat du Sénégal continue d'avoir une approche proactive pendant la période de surveillance en continuant à produire les éléments susceptibles de prouver sa volonté et sa capacité à assurer le service de la dette, malgré son adhésion à l'Issd.

Analysant la sortie de Moody's, l'économiste et ancien fonctionnaire du Fmi, Dr Abadourahmane Sarr tempère. Selon lui, cette revue pour une baisse éventuelle de la notation du Sénégal « n'est pas importante ». Il estime que c'est une réaction normale face à un événement de crédit en l'occurrence une demande de moratoire.

De l'avis de cet économiste, dans la mesure où la dette du Sénégal est « soutenable », le risque souverain du pays restera inchangé si les autorités dévoilent un bon programme macroéconomique après que la réalité des chiffres sera connue. Cette réalité, précise-t-il, se saura après une revue avec le Fonds monétaire international.

Mise en garde de Moody's sur la dette privée

Même si Moody's minimise l'impact de l'adhésion du Sénégal à l'Iss, elle appelle, toutefois, à la prudence sur la dette privée. Selon les experts de l'Agence de notation, l'appel du G20 aux créanciers du secteur privé à participer à cette initiative à des conditions comparables augmente le risque de défaut sur la dette privée.

L'Etat du Sénégal semble avoir anticipé lorsqu'il réaffirmait, le 10 juin 2020, son engagement à se conformer à l'ensemble de ses obligations contractuelles vis-à-vis des créanciers du secteur privé et n'envisage pas d'étendre l'Issd à ces derniers.

L'Etat reste mu par le souci de protéger cette relation de confiance qui lui a notamment permis d'emprunter à des maturités allant jusqu'à 30 ans. Néanmoins, les conditions actuelles d'allégement de la dette du G20 telles qu'énoncées dans la feuille de conditions publiée le 15 avril, appellent à une participation du secteur privé à des conditions comparables.

La période d'examen permettra à Moody's d'évaluer comment la tension apparente sera résolue entre la volonté du gouvernement sénégalais de ne pas étendre la participation à l'Issd au-delà du service de la dette dû aux créanciers du secteur public, et l'appel du G20 aux créanciers du secteur privé à participer.

Plus de: Le Soleil

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