Sénégal: Mbour - Déclassement de la foret de Balabougou sur fond de boulimie foncière

Plus l'ombre d'un doute, la forêt de Balabougou est déclassée sur une superficie de 1160 hectares par décret n°2020-469 du 13 février 2020 pour le compte de l'Entente intercommunale de Malicounda, Nguéniène et Sandiara dans le but de l'érection d'un agropole.

Le processus a été portant décrié depuis plus d'un an par les acteurs du secteur primaire pour qui l'érection de l'agropole serait une menace sur le plus grand foyer de transhumance du centre-ouest du Sénégal. Sur fond de boulimie foncière accompagnant une volonté de moderniser les terroirs qui menace les exploitations familiales.

Reste maintenant à se demander si la modernisation de l'agriculture et de l'élevage voulue par la loi d'orientation agro-sylvopastorale doit être au-devant des préoccupations des acteurs avec l'érection des unités modernes de production comprises dans l'agropole.

Des troupeaux de milliers de têtes de bétail des régions de Diourbel et de Louga convergent en temps ordinaires vers la forêt de Balabougou pour y résider une bonne partie de la saison. Des réserves de fourrage et des cours d'eau intermittents permettent en effet aux éleveurs de rester dans ce terroir. Le cadre proposé à une modernisation de sa gestion va connaître de profondes mutations.

Dans l'attente de la livraison au public de l'étude d'impact environnemental et social sur l'érection du projet d'agropole de l'Entente intercommunale Malicounda, Nguéniène et Sandiara, les premières réactions des exploitants de ce terroir sont clairs et fermes/ Un niet catégorique est opposé par nombre de réactions recueillies à propos de l'orientation souhaitée sur un espace de plus d'un millier d'hectares essentiellement occupé par des éleveurs et des producteurs de gros mil sorgho.

Malgré ainsi de multiples tentatives de persuasion à l'adhésion du projet d'agropole, les exploitants agropastoraux sont restés de marbre. Le rejet systématique pour eux reste la seule alternative ou constante.

Déjà, dix mois auparavant, rassemblés sur le site de la forêt de Balabougou, les éleveurs et les agriculteurs ont eu à dire à qui veut l'entendre, un engagement ferme d'y faire une grève de la faim jusqu'à la mort ou à la satisfaction de leur doléance. Bouré Diouf, leur porte-parole avait fait la genèse du projet d'agropole.

Selon lui, des représentants des communes de Malicounda et de Nguéniène réunis à Thiès ont été informés du besoin du déclassement de la forêt de Balabougou, suite à une demande introduite par le maire de Nguéniène et ministre conseiller du président de la République, le docteur Serigne Guèye Diop.

Depuis, cette rencontre, les éleveurs et agriculteurs de la zone sont formels et excluent toute possibilité de mise en place de cette initiative les privant de leurs activités.

La mise en place d'un comité de veille de 20 personnes avait été retenue à la suite d'un rassemblement par les éleveurs des communes citées plus haut. Lors de cette rencontre, Saliou Ba de Nianing attirait l'attention sur l'importance de la forêt de Balabougou qui polarise des dizaines de villages des communes de Nguéniène, Malicounda, Sandiara, et Séssène et reçoit des troupeaux transhumants de l'ouest du pays.

UN PROJET SANS CONSENSUS COMMUNAUTAIRE

Le manque de préparation de l'opinion est venu compliquer la gestion de l'agropole car, dans la commune de Malicounda, des centaines de signatures récoltées disent non au déclassement de la forêt de Balabougou.

Même si certains louent le bien-fondé de l'agropole, ils en appellent à une longue préparation de l'opinion. Un plan de gestion de l'environnement ne doit pas pour eux transformer les anciens exploitants en ouvriers agricoles. Aliou Diallo, un parmi ces derniers, trouve normale la volonté du maire de Sandiara d'embrigader les deux autres maires de Nguéniène et de Malicounda.

La commune de Nguéniène enregistre aussi les contestations d'une famille d'éleveurs à propos d'une délibération portant sur une centaine d'hectares voulue par des jeunes pour l'érection d'un projet horticole devant leur permettre de combattre la pauvreté, l'émigration clandestine et le manque d'emploi.

Quant à Amadou Ka, le secrétaire général de la Maison des éleveurs du département de Mbour, il avait fait le point des démarches menées auprès des autorités communales et préfectorales pour l'annulation de ce projet. Un éleveur interrogé, déplore, la disparition des exploitations familiales avec l'agropole .

A l'en croire, les fils de pasteurs et d'agriculteurs ne sont pas encore assez préparés à vivre une nouvelle expérience car privés de formation d'une part et d'autre part de moyens leur permettant de vivre les mutations. D'ailleurs, en ce sens, il a fait remarquer que le lycée technique de Sandiara devant donner les futurs cadres moyens et employés de la "Silicon valley" du Sénégal tarde à recevoir ses premiers pensionnaires.

Les travaux démarrés en grande pompe traînent les pieds. Des interrogations fusent de même sur l'avenir du foncier rural par rapport à la mise en œuvre de la loi d'orientation agro sylvopastorale visant la modernisation de l'agriculture, une mise en sursis des exploitations désormais exposées à la précarité avec la perte des terres.

Amadou Ka avait déploré de même la présence des sociétés agricoles dans la périphérie de Balabougou se consacrant à faire l'exploitation de pastèques et de melons vendant leurs produits au niveau local.

Plus de: Sud Quotidien

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