Cote d'Ivoire: Viviane Nomagbo - "Pourquoi le viol des jeunes filles prend de l'ampleur "

interview

Ivoirienne vivant en France, Viviane Nomagbo épouse Audic est présidente d'une Ong qui vole au secours des enfants victimes de violences et d'abus sexuels. Dans cette interview, elle nous dit les raisons qui l'ont emmenée à créer la structure et ses projets à venir.

D'où l'idée de créer l'Ong Ptisourire vous est venue et depuis quand existe-elle ?

En octobre 2019, j'ai vu sur les réseaux sociaux la photo d'une fillette violée à Issia. J'ai senti mon cœur se fendre en mille morceaux.

C'est alors que j'ai contacté le centre social de cette ville pour apporter une aide financière. J'ai organisé ici en France une collecte pour financer les premiers soins de l'enfant.

Avec les cas de viol répétés à Issia, ma ville d'origine, et partout en Côte d'Ivoire, j'ai décidé de la création de l'Ong Ptisourire le 20 octobre 2019 pour voler au secours des enfants démunies victimes de violences et d'abus sexuels. Son siège est à Soissons, en France.

Pourquoi voler au secours des enfants victimes de violences et d'abus sexuels ? Comment expliquez-vous ce phénomène qui prend de l'ampleur en Côte d'Ivoire?

Quel parent peut voir son enfant agressé physiquement, psychologiquement ou sexuellement et dormir en paix ? Pour moi, toutes ces agressions perpétrées sur des enfants m'attristent au plus profond de moi-même.

Je ne supporte pas ces violences sur des gamines qui perdent à jamais le goût de la vie par la faute des personnes inconscientes que je qualifierais de cannibales.

Si ce phénomène prend de l'ampleur en Côte d'Ivoire, cela est dû en grande partie au fait que beaucoup choisissent très souvent de recourir aux arrangements à l'amiable.

Comment arrivez-vous à encadrer ces jeunes filles démunies, victimes de viol et de violences ?

L'Ong Ptisourire s'est engagée depuis sa création à accompagner les enfants démunies victimes de violences sexuelles en Côte d'Ivoire.

En collaboration avec le Centre social d'Issia, nous apportons un appui pour l'encadrement de ces enfants et nous sommes régulièrement informés sur leur état. Les représentants de l'Ong en Côte d'Ivoire, Dogbo Gougbo Georges et Séry Gnoleba Maxime assurent les donations.

Avez-vous déjà posé des actions concrètes sur le terrain ? Vos actions se limitent-elles dans la région d'Issia, cette ville dont vous êtes originaire?

L'Ong Ptisourire n'a que huit mois d'existence. Mais avant la création de l'Ong, j'ai financé les soins de trois enfants violées à Issia. Le 23 décembre 2019, nous avons organisé un Arbre de Noël à Issia au profit de 50 enfants victimes de viol et de violences.

Sous la supervision du directeur du Centre social, l'Ong Ptisourire a fait don de la somme de 326.000Fcfa pour les soins et un jouet à chacun des enfants.

Dans le cadre de la lutte contre la pandémie à Coronavirus, l'Ong Ptisourire a fait dons de vivres et de non-vivres d'une valeur de près de deux millions de nos francs à vingt familles à Issia.

La représentation de l'Ong en Côte d'Ivoire étant à Issia, nous travaillons en collaboration avec le Centre social de cette commune. Mais bientôt, nous allons étendre nos actions à travers toute l'étendue du territoire national.

Y a-t-il une collaboration entre vous et le ministère ivoirien de la Famille, de la femme et de l'Enfant?

Comme je vous le disais tantôt, notre Ong est toute naissante. Très bientôt, nous allons prendre des dispositions pour entrer en contact avec le ministère ivoirien de la Famille, de la Femme et de l'Enfant.

La Côte d'Ivoire est touchée par la pandémie à Coronavirus. En tant que présidente d'Ong comment vivez-vous cela ? Et malgré plus de 3000 cas confirmés, beaucoup d'Ivoiriens n'y croient pas. Votre point de vue?

Ce virus est réel. Il a tué des milliers de personnes à travers le monde. Il faut le prendre très au sérieux, surtout qu'aujourd'hui aucun traitement n'existe pour le combattre.

Et je suis plus que peinée quand je vois que des personnes démunies sont obligées de sortir chaque jour, bravant ce virus mortel, pour aller chercher de quoi nourrir leurs familles.

Cela fait bientôt une année que votre Ong existe. Êtes-vous satisfaite des résultats escomptés sur le terrain dans la lutte contre les viols et violences perpétrés contre les fillettes démunies en Côte d'Ivoire ?

Je serai satisfaite lorsque les violences sexuelles et autres seront éradiquées de notre société. Je serai satisfaite lorsque l'État de Côte d'Ivoire mettra un accent particulier sur la lutte contre les violences sexuelles, renforçant les mesures visant à mettre fin à l'impunité des auteurs des violences sexuelles à l'encontre des enfants.

Enfin, je serai satisfaite lorsque l'Ong Ptisourire aura les moyens de couvrir toutes les régions de la Côte d'Ivoire en actions avec l'aide de partenaires et du gouvernement ivoirien.

Quels sont vos projets ?

Dans le souci d'acquérir les moyens nécessaires pour travailler sur toute l'étendue du territoire afin d'aider le plus grand nombre de familles pour la prise en charge de leurs enfants ayant subi des violences, l'Ong Ptisourire organise un dîner suivi d'une soirée dansante à Soissons en France le samedi 10 octobre 2020 de 21h à l'aube.

Avec la prestation de plusieurs artistes ivoiriens. Et en décembre 2020, nous organiserons un giga-arbre de Noël à Issia au profit des enfants démunies victimes de violences sexuelles.

Quel est votre message de fin ?

Pour moi, ces enfants ne pourront jamais oublier les sévices de ces actes inhumains et dégradants subis. Alors, par pitié, assurons une meilleure prévention et protection de nos enfants.

J'adresse un remerciement tout particulier aux représentants en Côte d'Ivoire de l'Ong, Dogbo Gougbo Georges et Séry Gnoleba Maxime, et N'Ganza, Directeur du Centre social d'Issia, pour tout le travail qu'ils accomplissent.

Plus de: L'Intelligent d'Abidjan

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