Burkina Faso: Affaire recrutement CNSS - Trois copies identiques mot pour mot

Après plusieurs reports, l'audience du recrutement litigieux de 85 agents pour le compte de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) a repris le mardi 16 juin 2020 au tribunal de grande instance de Ouagadougou. L'évolution des débats montrera que la partie poursuivante, le ministère public, n'a pas fini de faire des révélations concernant les copies des candidats.

La belle-sœur de Gildas Ouédraogo, agent de classement à la CNSS, un des prévenus, est admise première sur la liste des adjoints administratifs. Et curieusement, sa copie est identique à celle de deux autres postulants.

A chaque audience son lot de révélations fracassantes. Alors qu'il faisait partie de l'équipe qui a supervisé le tirage au sort à l'Agence nationale de promotion de l'emploi (ANPE), Gildas Ouédraogo, la main sur le cœur a affirmé ignorer que sa belle-sœur avait eu la chance d'obtenir le précieux sésame pour passer la phase écrite du concours de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS).

Ce qui rend plus sceptique la partie poursuivante et les avocats des parties civiles est que la fiancée du prévenu, celle avec qui il a deux enfants travaille aussi à la CNSS. Qui est-ce qui a manœuvré pour que Mariam Ouattara, la belle-sœur ait une place dans cette société ?

En tout cas, pour le parquet, son beau frère y est pour quelque chose. Il ressort, par exemple, des investigations du ministère public que la copie de dissertation de Mariam Ouattara a été manipulée. De 10/20 si l'on se fie au relevé de la correctrice, madame Ouédraogo, elle se retrouve avec la note de 15/20.

Le comble, les mots utilisés sont les mêmes que celles de deux autres personnes admises : l'une première ex aequo et l'autre troisième. Selon l'avocat du prévenu, son client n'est pas un graphologue, il ne lui revient pas d'expliquer une quelconque similitude de copies.

De son avis, les questions à l'endroit de son client doivent être centrées sur son rôle dans le processus de recrutement et non sur la similitude des copies.

Liliane Saré, secrétaire du directeur des ressources humaines, a précédé l'agent de classement à la barre. Avec elle, le parquet a surtout mis l'accent sur sa négligence.

Pour le ministère public, il est inconcevable qu'elle laisse entrer et ressortir des gens du bureau de son patron sous prétexte qu'ils entrent pour téléphoner ou se servir de l'eau fraîche, alors qu'elle sait que les copies des candidats sont gardées dans ledit bureau.

Un autre élément de négligence selon le parquet, la prévenue ne sait pas si l'ordinateur utilisé pour relever les notes était codé. Pour avoir la bonne information, la question a été posée au DRH, Norbert Zéda. Celui-ci répond par la négative.

Le tribunal se tourne vers un autre prévenu, Daniel Sawadogo, le proche collaborateur du DRH. Les juges ont voulu savoir si ce dernier a eu un contact avec l'ordinateur en question. «Un ordinateur n'est pas une denrée rare à la CNSS au point où tout le monde en utilise le même», a répondu le vice-président du jury de surveillance.

Son avocat, Me Amidou Lamoussa Ouattara, vient à sa rescousse. Certes, a affirmé le conseil, il peut y avoir eu de la négligence au regard de certains éléments présentés. Si c'est le cas, de son avis, le procureur n'est pas allé au bout de son enquête.

« Il y a des gens qui ont ordonné qu'on fasse la levée des anonymats, qu'on puisse faire la saisie des notes, mais qui ne sont pas au procès, notamment la présidente du jury. Il y a d'autres membres qui ont posé des actes, mais lorsqu'on suit le procès, ces gens ne sont pas à la barre. Si négligence il y a, il devait y avoir plus de prévenus dans la salle d'audience », a-t-il argumenté.

Pour Marcelin Ziba, avocat des parties civiles, la fraude est consommée. Selon lui, les prévus font feu de tout bois pour se tirer d'affaire. Et cette attitude, de son avis, relève de la mauvaise foi. « Moi je peux comprendre qu'il ait eu de la fraude dans le recrutement et que tous les acteurs du processus ne sont pas au courant.

Mais à partir du moment où on vous présente les résultats qui ont été manipulés et que vous dites non, nous croyons que tout s'est bien passé, c'est de la mauvaise foi. C'est blanc et vous dites que c'est noir. Ils auraient dû reconnaître qu'il y a eu de la fraude, mais ils ne savent pas comment cela s'est passé ».

Selon Me Ziba, les prévenus adoptent un comportement à géométrie variable, car ils veulent faire croire que les copies étaient accessibles à tout le monde et dans un autre cas, ils disent que pour garder la confidentialité, les délégués du personnel n'ont pas été conviés à la levée des anonymats. « Le principe de la confidentialité aurait voulu que les copies soient sécurisées.

Quand vous vous défendez de cette façon, vous ne pouvez pas aller loin. La contradiction est flagrante », a-t-il argué. Dans la mesure, selon lui, où la phase cruciale de levée des anonymats et du report des notes n'a pas été faite en présence d'un œil extérieur, l'opacité est nette.

L'audience a été suspendue à 17h. Elle reprendra le 23 juin 2020 au tribunal de grande instance de Ouagadougou.

A La Une: Burkina Faso

Plus de: L'Observateur Paalga

à lire

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.