Tunisie: Entre intégration de l'économie parallèle et réformes des entreprises publiques - Quelle alternative à l'endettement extérieur ?

17 Juin 2020

Le choix était clair et annoncé : la Tunisie rompra avec la politique de la dette extérieure et se contentera de ses propres ressources pour sauver son économie. C'est ce qu'a souligné le Chef du gouvernement à plusieurs reprises et notamment à travers son récent entretien radiotélévisé. En effet, le chef du gouvernement, Elyes Fakhfakh, s'est engagé à mettre fin à l'endettement extérieur, mais aussi à trouver une alternative pour éviter l'effondrement des finances publiques, mais l'opération s'annonce difficile.

« Cela ne peut plus durer, j'ai décidé de mettre un terme à l'endettement extérieur et ne plus compter que sur nos propres ressources », a-t-il annoncé tout en affirmant que la dette extérieure s'élevait actuellement à 60% du PIB contre seulement 30% en 2013. Ce qui constitue, selon ses dires, «un danger pour la souveraineté du pays. Mon gouvernement fera en sorte de ne pas dépasser, en aucun cas, le seuil actuel de 60%».

S'exprimant, hier, sur les ondes d'une radio privée, Selim Azzabi, ministre du Développement, de l'Investissement et de la Coopération internationale, a détaillé davantage les plans du gouvernement visant à limiter ou carrément mettre fin à l'endettement extérieur. Pour lui, il s'agit d'une décision «souveraine et stratégique», d'autant plus que le gouvernement veut transmettre un message aux Tunisiens pour leur dire que «le mode de vie qui prévalait depuis 10 en Tunisie ne pourra plus perdurer».

Selon les explications du ministre, «cet héritage d'absence de réformes stratégiques et de manque de programmes de numérisation pousse l'Etat vers la solution la plus facile qui n'est autre que l'endettement extérieur, ce qui ne pourra plus se poursuivre de la sorte». Pour Selim Azzabi, cette politique anti-endettement extérieur visera à diminuer progressivement la dette extérieure étant donné qu'on ne pourra pas mettre fin d'un seul coup à cette alternative financière et budgétaire.

En remplacement, le ministre propose de se focaliser sur les propres ressources du pays, en essayant surtout d'augmenter les revenus budgétaires de l'Etat, un plan qui passera forcément par l'inclusion des secteurs économiques parallèles. « Le projet de loi de finances complémentaire pour 2020 apportera des mesures dans ce sens, l'objectif étant donc d'intégrer ces catégories économiques parallèles dans les circuits formels», a-t-il expliqué. Et d'ajouter que son département s'est lancé également dans l'accélération du retrait des fonds déjà alloués à l'Etat tunisien, mais bloqués par les procédures administratives, pour renforcer les finances publiques en vue de faire face à l'actuelle situation économique et financière.

Toujours selon les déclarations du ministre, l'autre solution pour ne pas compter sur la dette extérieure réside dans la réforme des entreprises publiques. «Comme l'a souligné le chef du gouvernement, l'Etat est un mauvais gestionnaire, il doit revoir sa gestion des entreprises publiques, cela n'est pas synonyme de cession de ces entreprises, mais des réformes stratégiques seront opérées en coordination avec notre partenaire social», a-t-il martelé.

Vers une politique d'austérité ?

Qu'en pensent les experts ? La Tunisie sera-t-elle capable de se passer de la solution de la dette extérieure ? Pour Moez Joudi, universitaire et expert en économie, la Tunisie ne peut pas limiter son endettement extérieur d'autant plus qu'elle sera privée d'une grande partie de ses ressources fiscales à cause de la crise du coronavirus. «Malheureusement, nous ne pourrons pas nous passer de la dette extérieure, le gouvernement a voulu simplement anticiper l'incapacité de la Tunisie de sortir sur les marchés financiers internationaux au vu de ses mauvaises notations, et présenter cette décision comme souveraine», a-t-il expliqué à notre journal.

En tout cas, le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT), Marouane Abassi, avait affirmé que la Tunisie connaîtra, au cours de la période 2020-2025, des pressions financières en raison de l'arrivée des délais de remboursement annuel de titres obligataires et des échéances de prêts du Fonds monétaire international (FMI). Le gouverneur de la BCT avait souligné que le taux d'endettement extérieur a régressé en 2019 pour s'établir à 66% du PIB, à la faveur des effets du change sur le principal de la dette, vu la hausse du dinar par rapport aux principales devises de l'endettement et que le principal de la dette extérieure à moyen et long termes devrait atteindre, à la fin de 2020, environ 80,957 milliards de dinars contre 76,974 milliards de dinars en 2019. Le gouverneur de la BCT a fait remarquer que les principaux remboursements de l'année 2020 consistent essentiellement en le paiement du principal des deux emprunts obligataires d'un montant de 250 millions de dollars (avril) et 400 millions d'euros (juin).

Mais pour certains observateurs, ce plan visant à limiter la dette extérieure annonce le début d'une politique économique d'austérité non annoncée. C'est d'ailleurs dans ce sens que le chef du gouvernement est allé jusqu'à dire que le gouvernement pourrait être dans l'incapacité de payer les pensions de retraite et dans l'obligation de réduire les salaires de la fonction publique. La centrale syndicale a d'ailleurs rapidement réagi en exprimant son refus catégorique à «toute intention visant à réduire les salaires dans le cadre d'une politique d'austérité».

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