Afrique de l'Ouest: Crise politique - La Cédéao au chevet du Mali

La Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) se mobilise pour tenter d'apaiser la situation au Mali alors que le mouvement de contestation ne faiblit pas et demande la démission du président Ibrahim Boubacar Keïta, la dissolution de l'Assemblée et de la Cour constitutionnelle.

La délégation notamment composée du président de la Commission de la Cédéao et des ministres des Affaires étrangères de la Côte d'Ivoire, du Nigeria et du Niger, a commencé par rencontrer des acteurs de la crise. Parmi eux, les opposants réunis au sein du Mouvement du 5 juin-Rassemblement des forces patriotiques (M5 RFP).

La tension est montée d'un cran ces derniers jours dans la capitale. Comme le 5 juin, plusieurs dizaines de milliers de manifestants ont répondu, ce 19 juin, à l'appel de ce mouvement qui rassemble politique, religieux et société civile M5.

Dans la déclaration finale du M5, Cheick Oumar Sissoko, l'un des leaders prévenait : si les revendications ne sont pas entendues, « le peuple exercera son droit à la désobéissance civile ». « Nous serons non violents. Mais nous allons nous battre jusqu'à la satisfaction de notre demande », a conclu l'influent imam Mahmoud Dicko, l'un des leaders sinon le leader du M5.

Principale revendication : la démission du chef de l'Etat serait la résultante de plusieurs revendications, selon les manifestants. Certains parlent de dissolution de la nouvelle Assemblée nationale, contestée depuis les élections législatives fin mars début avril, d'autres de la dissolution de la Cour constitutionnelle, responsable selon les manifestants des fraudes électorales.

L'imam Oumarou Diarra, cadre de la CMAS, le mouvement des amis de l'imam Dicko, rappelle que le mouvement se veut pacifique mais déterminé. Toutefois, les opposants maliens, avec leur nouveau et influent leader, l'imam Mahmoud Dicko, ne sont pas fermés au dialogue, à condition que le président en exercice joue « franc jeu ».

A la majorité présidentielle, cette situation inquiète. « Moi, je pense que la Cédéao est en train de jouer son rôle, et c'est normal car je pense que la situation est assez tendue », confie l'un de ses membres, Abdoulaye Amadou Sy. Quant à envisager de dissoudre l'Assemblée nationale, « les avis sont partagés, répond-il. Les députés mal élus sont une trentaine ».

Pour tenter de résoudre la crise politique et sociale, les appels au dialogue se sont multipliés cette semaine, sans succès. Dans une allocution dimanche dernier, le chef de l'État a appelé au dialogue. IBK a fait la proposition de former un gouvernement d'union nationale. Une proposition tout de suite rejetée par le M5. « Il y a déjà eu des dialogues par le passé mais aujourd'hui, il y a une crise de confiance », rappelait jeudi à la sortie de la réunion avec la Cédéao l'ancien ministre Choguel Maiga, l'un des leaders politiques du M5.

Puis jeudi, la Cédéao a tenté une médiation. L'organisation ouest-africaine n'a cependant pas obtenu le report du rassemblement du vendredi.

« La mission note que l'arrêt de la Cour constitutionnelle dans le cadre du contentieux des dernières élections législatives est à la base de la crispation socio-politique actuelle. Elle invite donc le gouvernement de la République du Mali à reconsidérer les résultats de toutes les circonscriptions ayant fait l'objet de révisions par l'arrêt de la Cour. De nouvelles élections partielles pour les circonscriptions concernées devraient être organisées dans les meilleurs délais », a déclaré Jean Claude Brou, président de la Cédéao.

En outre, la mission insiste sur la nécessité d'œuvrer pour le rétablissement d'un climat de confiance renouvelée entre les parties maliennes, éviter la violence, mettre en place un gouvernement consensuel d'union nationale tenant compte des recommandations du dialogue national inclusif, accélérer la mise en œuvre de l'accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d'Alger.

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