Congo-Kinshasa: Procès du programme de 100 jours - Kamerhe, la descente aux enfers !

Vital Kamehre, Directeur de cabinet du Chef de l'Etat, a été lourdement condamné, le samedi 20 juin 2020 par le Tribunal de Grande Instance de la Gombe, lors de la cinquième et dernière audience foraine du procès dit du programme de 100 jours du Chef de l'Etat, présidée par le juge Pierrot Bakenge.

C'est un tarif global de 20 ans de travaux forcés qui lui est appliqué pour toutes les infractions retenues à sa charge, à savoir détournement des deniers publics, corruption, blanchiment des capitaux et enrichissement illicite. Le tribunal a ordonné aussi la confiscation des biens immobiliers mal acquis entre janvier 2019 et janvier 2020. On note comme peines subsidiaires, à l'expiration de la peine principale : 10 ans de privation du droit de vote et d'éligibilité, 5 ans d'interdiction d'accès aux fonctions publiques, interdiction de libération conditionnelle.

Son co-accusé, Samih Jammal, directeur général de la société SAMibo, a pratiquement écopé de mêmes sanctions : 20 ans de travaux forcés pour détournement des deniers publics, corruption, blanchiment des capitaux et pour enrichissement illicite ; confiscation des biens immobiliers mal acquis. En plus, il sera frappé d'une expulsion définitive de la RDC à sa sortie de prison. Le troisième, larron, Jeannot Mu hima, chef de division chargé de l'import et export à la présidence de la République, s'en est tiré avec 2 ans de travaux forcés.

En ce qui concerne les dommages et intérêts, les trois condamnés doivent payer à l'Etat congolais, solidairement, la somme de 150 millions de dollars américains.

Interférence manquée de la Cour Constitutionnelle

Jamais procès n'a été aussi médiatisé et suivi que celui de Vital Kamerhe, Samih Jammal et Jeannot Muhima, en raison non seulement de la gravité des préventions mises à leur charge, mais aussi de l'épisode noir de la mort controversée du premier juge ayant piloté l'affaire, à savoir le très regretté Raphaël Yanyi.

Mais la veille, une correspondance de la Cour Constitutionnelle adressée au greffier du Tribunal de Grande Instance de Gombe, lui demandent de lui communiquer, toutes affaires cessantes, le dossier, a semé le doute dans les esprits. Pour d'aucuns, le prononcé du jugement, annoncé pour le 20 janvier, devait être postposé. La surséance supposée était justifiée par l'impératif, pour cette haute cour, d'examiner la requête du prévenu Kamerhe relative à l'inconstitutionnalité de l'affaire.

En dépit de la clarification rapidement donnée par le greffier du Tribunal de Grande Instance de Gombe, qui a fait savoir à son illustre expéditrice que le dossier ne se trouvait plus en sa possession, au motif que l'affaire était déjà prise en délibérée, les réseaux sociaux ont continué à entretenir la confusion, soutenant que le procès était suspendu, jusqu'à nouvel ordre.

Cette version a fait un bout de chemin durant toute la matinée de samedi, surtout lorsqu'il a été constaté que les membres de la composition étaient invisibles jusqu'autour de 12 heures 30, en dépit de la diffusion par la RTNC (Radiodiffusion Télévision Nationale Congolaise), depuis 10 heures, des images de la Prison Centrale de Makala, avec des gros plans répétés sur les prévenus Kamerhe et Jammal, ainsi que leurs avocats. L'ouverture de l'audience se faisait tellement attendre que l'on cru, pendant un certain temps, qu'elle n'aurait jamais lieu. Enfin, le suspense a été levé avec les images de l'arrivée du cortège de la composition sur les lieux, sous bonne escorte militaire et policière.

Kamerhe politiquement « mort »

Le président national « en congé » de l'UNC (Union pour la Nation Congolaise) est politiquement et administrativement « mort » au regard de cette batterie de peines. Au regard de son âge - la soixantaine révolue - on le voit mal rebondir au bout de 30 ans.

Quel avenir pour son parti, dans sa situation de prisonnier ? Ne risque-t-on pas d'assister, comme c'était le cas pour le MLC (Mouvement de Libération du Congo), pendant les 10 ans de détention de Jean-Pierre à la CPI (Cour Pénale Internationale), à « l'émancipation » de plusieurs électrons libres pas du tout disposés à s'accrocher à un label souillé par la condamnation de son autorité morale?

En effet, avant l'ouverture du procès, le prévenu Kamerhe avait laissé l'impression d'être victime d'une machination judiciaire, destinée à casser sa carrière politique. Et lors des deux premières audiences, il paraissait si serein et même «agressif» verbalement, que l'on a cru, à un moment donné, qu'il allait se livrer à un déballage systématique, pour éclabousser plusieurs personnalités, à commencer par le Chef de l'Etat, son principal allié politique au sein de la coalition « CACH ».

L'idée d'un déballage a gagné de nombreux esprits lorsqu'il a exigé, par le biais de ses avocats, la retransmission en direct, à la radio et à la télévision nationales. Mais l'opinion s'est retournée contre lui, peu après le défilé des témoins, pas des moindres (les anciens ministres Justin Bitakwira du Développement Rural, Pierre Kangudia du Budget, Henri Yav Mulang des Finances, le gouverneur Deogratias Mutombo de la Banque Centrale du Congo, le Directeur général intérimaire Ngongo de la Direction Générale de Contrôle des Marchés Publics, le Conservateur des Titres Immobiliers de la Lukunga, Kilangalanga, l'Ambassadeur Itinérant Nicolas Kazadi, et même son jeune frère Justin Kamerhe, mais surtout le Conseiller principal Bilomba en charge de l'Economie et Finances à la présidence de la République), qui ont tous démontré l'implication totale de Kamerhe dans le paiement de 57 millions de dollars américains à Jammal sans l'existence d'un contrat ou d'un avenant, et donc en violation de la loi relative à la passation des marchés publics.

A partir des dépositions de ces témoins et renseignants à charge, le sort du Directeur de cabinet du Chef de l'Etat et ses complices était scellé. Tous ceux qui ont suivi, de bout en bout, les péripéties de ce premier procès de 100 jours ne sont nullement surpris par ce qui vient d'arriver à Kamerhe et consorts. KIMP

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