Congo-Kinshasa: COVID-19 - L'Académie des beaux-ARTs sensibilise à la lutte contre la pandémie

La façade principale de l'école supérieure d'enseignement des arts plastiques et visuels de Kinshasa est, depuis le 20 juin, ornée de douze fresques qui forcent l'arrêt de plusieurs passants, à pied ou en voiture, contemplatifs face aux peintures tapissant son mur de clôture donnant sur l'avenue de la Libération (ex-24 novembre).

Réalisées en trois semaines, à dater du 1er juin, les fresques sont l'œuvre de dix artistes formés à l'Académie des Beaux-arts de Kinshasa (ABA-KIN). Les peintures parmi lesquelles se compte une œuvre collective faite de messages dans les quatre langues nationales mais aussi en anglais, chinois, arabe et même russe, ont suscité l'admiration du Ministre de l'Enseignement supérieur et universitaire, Thomas Luhaka. Il a à l'occasion de l'inauguration, le samedi 20 juin, félicité et salué la participation active de l'ABA à la sensibilisation des Kinois aux mesures de prévention et de lutte contre la propagation du coronavirus.

Les douze réalisations des étudiants et anciens étudiants de l'ABA ont pour but de contribuer à « l'éducation à la sensibilité hygiénique inscrite dans la formation sociale d'une nouvelle citoyenneté », a affirmé le directeur général Henri Kalama Akulez. Fier du rendu général, il n'pas hésité à commenter, avec enthousiasme, quelques-unes des peintures, notamment celle de Théo Mwamba évoquant le fréquent lavage des mains. Pour avoir adopté ce geste barrière, la fille représentée dans la fresque s'offre une garantie sanitaire, comme l'a souligné au passage le Pr Henri Kalama. Il en a dès lors livré la lecture sémiotique sans équivoque : « Grâce au lavage de ses mains, la fille emprisonne le virus qui se retrouve derrière les barreaux, elle l'éradique de la sorte ».

Le directeur général de l'ABA a de même explicité l'hommage au corps médical du peintre Mbuyi. L'originale fresque, avec ses personnages, trois chirurgiennes dans leurs traditionnelles blouses vertes, traduit à merveille le cœur mis à leur ouvrage admirable de ces derniers mois. Le joli tableau qu'elles offrent à la vue est à ravir : celle du milieu tricote un cœur, le sien, à partir des fils tirés des deux cerveaux apparents de ces homologues faisant office de pelote. Face à l'œuvre de toute beauté, le Pr Henri Kalama a expliqué : « Pour aider les autres, il faut aimer, avoir un cœur que l'on assimile aussi à la tête, la capacité de réflexion. Ce cœur doit être entretenu, l'amour doit s'allier à l'intelligence pour être efficace dans son action menée en faveur de l'autre. L'artiste a exprimé l'association des idées du personnel soignant pour guérir la planète et le Congo qui en fait partie ».

Cadrer avec le contexte

Unique dame parmi les dix peintres, Prisca Tankwey, nous a expliqué la démarche adoptée pour Gardiens du monde. « J'ai pensé que pour mieux sensibiliser, il fallait se situer dans un contexte africain. Lorsque l'on arrive à s'identifier dans une œuvre, on l'appréhende facilement d'autant plus que l'idée était de livrer des messages faciles à comprendre pour la société congolaise », a-t-elle affirmé. Et de poursuivre : « J'ai peint des statuettes que j'ai animées. Certains n'avaient pas de bras à l'origine, je les en ai pourvus pour mieux les faire cadrer au contexte du respect des gestes barrières. Pour moi, elles sont Gardiens du monde étant déjà à la base gardiennes de la culture. D'une certaine manière, elles font office de protecteurs et sensibilisent à la protection, "Respecter les gestes barrières pour vite sortir de cette maladie" ». Au nombre des six statues représentatives de l'Afrique se remarque le nkisi nkondi que l'artiste a choisi pour marquer la place de la RDC dans sa peinture, a-t-elle dit. Et de préciser : « Lorsqu'on voulait se protéger de mauvais sorts, on allait y planter des clous. J'ai donc voulu ressortir sa vocation protectrice tout autant que j'ai mis en exergue d'autres statuettes en raison de leur pouvoir de guérison ».

De manière instinctive, un public se forme tous les jours devant les fresques. Il suffit pour cela qu'une première personne ralentisse ses pas par curiosité et finisse par s'arrêter pour mieux contempler l'une ou l'autre peinture trouvée captivante à son goût. Chacun allant alors de son commentaire, les passants se plaisent à interpréter du mieux qu'ils peuvent ces peintures qui, on le voit bien leur plaisent. Toutes les tranches d'âge se montrent intéressées par les œuvres qui ne laissent personne de marbre. Il est d'ailleurs souvent arrivé que certaines personnes interagissent avec les artistes lors de la réalisation de ce travail collectif qui suscite l'admiration de plusieurs Kinois. Il arrive que bon nombre y puisent de la matière pour engager de franches discussions autour de la riposte congolaise à la pandémie de covid-19. C'est le cas notamment avec le tableau évoquant l'appel des secours en cas d'urgence, « l'ange désinfecteur » et paradoxe du confinement.

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