Mali: Imam Dicko, parcours d'un religieux coutumier des rapports de force

22 Juin 2020

Après avoir démontré sa capacité de mobilisation, l'Imam Mahmoud Dicko décline la main tendue des autorités Maliennes. L'homme qui a présidé le Haut Conseil islamique malienne (HCIM) de janvier 2008 à avril 2019 se voit ainsi propulsé au-devant d'un mouvement contestataire.

Les images parlent d'elles-mêmes, une multitude d'individus massivement sortie, à l'appel du «Mouvement du 5 juin» (date de la première manifestation d'envergure initiée par cette organisation qui réunit en son sein, des partis politiques, des organismes se réclamant de la société civile et des citoyens lambda).

Des dizaines de milliers de Maliens étaient de nouveau rassemblés à Bamako vendredi dernier, dans le cadre d'une manifestation, contre le pouvoir en place. Parmi les figures de proue de la mobilisation, le nom de l'imam Mahmoud Dicko est largement revenu.

Ce religieux n'est pas méconnu de la scène publique malienne. Agé aujourd'hui de 66 ans, Mahmoud Dicko est originaire de la région de Tombouctou. Il a présidé le Haut Conseil islamique malienne (HCIM) de janvier 2008 à avril 2019.

Ancien professeur d'arabe, il devient au début des années 1980 l'imam de la mosquée de Badalabougou à Bamako.

En 2009, avec le soutien d'une partie de la classe politique, il mobilisa contre la promulgation d'un code de la famille jugé «anti-islamique» bien que voté par l'Assemblée nationale, il finira par obtenir gain de cause.

Il contribua en 2012, à la réunification de plus de deux cents mouvements islamiques autour de la «coalition Sebati», ce qui contribua largement à l'élection d'Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), l'actuel président de la République, dés le premier tour.

Il gagne en reconnaissance et intègre le cercle présidentiel. Il sera souvent des voyages officiels notamment dans les pays du Golfe dont il maitrise la langue et les réalités.

Proche du pouvoir, d'une part et écouté par certaines franges djihadistes, d'autre part, il mettra à contribution cette posture invraisemblable. Il est ainsi sollicité en 2012 alors que le Nord du Mali est confronté à une sévère crise sécuritaire, pour acheminer l'aide humanitaire, jusqu'à Tombouctou et contribuer à faire libérer des otages.

Mahmoud Dicko a au fil du temps développé un discours proche des préoccupations de la population. Même s'il dit se démarquer de toute ambition présidentielle, son discours est soigneusement commandé d'une critique persistante de la «mal-gouvernance».

Dans une tribune parue dans le mondeAfrique, Bakary Sambe, directeur du Timbuktu Institute et Enseignant à l'Université Gaston-Berger de Saint-Louis du Sénégal analyse, en la percée de l'imam Dicko «le fruit d'un long processus dans lequel la responsabilité de toute l'élite politique est largement engagée», souligne t-il.

Dans cet espace sahélien où on joue sur la manipulation du religieux pour des motifs politiques, des figures telles que M. Dicko arriveront toujours à se saisir des opportunités qu'offre, entre autres, le discrédit de l'élite politique, ajoute M. Sambe.

Au-delà de l'élite arabophone l'imam est en train de séduire d'autres franges de la population: des cadres, des hommes d'affaires prospères et influents mais aussi et surtout une partie du peuple.

Plus de: Le Soleil

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