Sénégal: Fonds destinés au secteur des arts visuels - La répartition divise les acteurs

La répartition des fonds affectés par le Président le République dans le but d'aider les acteurs du secteur des arts visuels pour faire face aux effets induits par la pandémie de la covid-19 fait grincer des dents.

L'ouverture d'un appel à candidatures pour l'acquisition d'œuvres d'art pour le domaine privé artistique de l'Etat du Sénégal par le ministère de la Culture et de la Communication n'est pas appréciée par tous les artistes plasticiens.

Tout comme l'allocution de l'aide à la presse dans le cadre du Plan de Résilience Economique et Social, la répartition du fonds destiné aux acteurs des arts visuels est partie pour faire du grand bruit.

Pour cause, l'appel à candidatures pour l'acquisition d'œuvres d'art pour le domaine privé artistique de l'Etat du Sénégal ouvert par le ministère de la Culture et de la Communication à cet effet, est loin de rassurer certains artistes plasticiens.

A les en croire, le partage du fonds qui a pour « but d'accompagner les acteurs du secteur à faire face aux effets induits par la covid-19», risque de tout être sauf «équitable».

«Quand on veut soutenir des artistes, on ne doit pas fixer des critères d'excellence parce que c'est des conditions pour écarter des gens, surtout les plus "petits".

De ce fait, ce sont les mêmes personnes les plus douées qui sont aussi des millionnaires qui vont se partager l'argent et les autres qui sont le plus dans le besoin vont être laissés en rade », a déclaré l'artiste plasticien, Mapathé Diallo.

Une position appuyée par plusieurs autres artistes qui ont pris langue avec Sud Quotidien. Un argumentaire battu en brèche par leur collègue Viyé Diba représentant le sous-secteur des arts visuels au Comité de sélection.

Selon lui, le fonds mis en place par le Chef de l'Etat, devra également profiter à «ceux qui avaient fait des investissements pour préparer la Biennale de Dakar de par les expositions».

«Le fonds, peut traduire le social mais aussi un acte économique fort parce que ça permet aux artistes de contourner un évènement essentiel dans le domaine professionnel qu'est la Biennale», avance Viyé Diba.

Non sans ajouter, «c'est une situation exceptionnelle qui s'impose à tout le monde mais en même temps, l'Etat veut appliquer, ce que nous trouvons intéressant, le décret sur le patrimoine artistique privé de l'Etat conformément au décret de 1967 dont l'objectif est de doter ce pays d'une collection nationale», explique M. Diba. Toutefois, il faut préciser que la Biennale d'art contemporain de Dakar qui devrait avoir lieu du 28 mai au 28 juin 2020, est dotée d'un budget d'un milliard de F Cfa.

«ONNE VA PASMETTRE DANSLE PATRIMOINE ARTISTIQUE PRIVÉDE L'ETATLESGENSQUISE CHERCHENT»

En effet, sur le document de l'appel à candidatures, il est demandé aux candidats de mettre le «coût estimé de chaque œuvre» mais également, on peut lire : «Dans la perspective d'un éventuel règlement, l'artiste doit également fournir un relevé d'identité bancaire». Mapathé Diallo pense que ces critères sont discriminatoires. «Parmi les artistes les plus démunis, certains n'ont même pas de comptes bancaires.

On demande encore à chacun de définir son prix mais tu peux envoyer ton tableau, au retour on te dit que c'est cher. Un artiste qui n'a même pas une quantité suffisante de peinture qui fait un tableau qui n'a pas de qualité, même s'il vous propose 500 mille F Cfa, vous n'allez pas acheter», martèle M. Diallo.

Là également, Viyé Diba souligne que l'appel à candidatures est juste motivé par le décret de 1957 qui fixe les règles de participation. «Ça doit être perçue comme une volonté d'organiser davantage le secteur et son mode de fonctionnement. Si on applique le décret, il est juridiquement encadré.

Ce n'est pas n'importe comment qu'on achète. On achète les artistes qui ont une signature qui permet à l'Etat d'avoir une histoire de l'art crédible parce que ceux qui ont été achetés dans le cadre du patrimoine privé de l'Etat ont d'abord démontré la qualité de leur travail», a tenu à préciser M. Diba. Il renchérit : «On ne va pas mettre dans le patrimoine artistique privé de l'Etat, les gens qui se cherchent».

Toutefois, il rassure que tous les acteurs des arts visuels vont se retrouver dedans. «On a trouvé un compromis qui ne va léser personne. Ce fonds concerne tout le monde même les artistes qui interviennent dans les hôtels.

Par conséquent, on est obligés de créer un mécanisme de sélection sinon ce serait impossible», a soutenu Viyé Diba. Et d'ajouter, «l'appel à candidatures est là pour montrer que le fait de participer à ce projet est un acte volontaire et personnel».

Aux yeux également de certains artistes plasticiens, le délai d'inscription est court (du 22 au 27 juin 2020) pour permettre à tous les artistes du pays de s'inscrire. «Il n'y a pas mal d'artistes qui sont loin.

Donc, ça ne permet pas à tout le monde de se mettre dans les mêmes conditions», a laissé entendre Mapathé Diallo. «Tout doit être réglé. C'est le gouvernement lui-même qui veut que cet argent-là aille à ceux qui doivent en avoir. On ne doit pas trainer avec ça», répond Viyé Diba.

«LES ARTISTES QUIONTLE PLUSBESOINDUFONDS, CESONTCEUXQUISORTENTDEL'ÉCOLE»

Pour Mapathé Diallo, «acheter les œuvres d'art ne signifie pas forcément aider les artistes». Et donc, le ministère de la Culture et de la Communication aurait pu procéder à une autre manière de répartition des fonds pour pouvoir soutenir les artistes.

Il propose la création d'espaces d'expression ou le dépôt des fonds à la caisse de sécurité sociale des artistes. «Les artistes qui ont le plus besoin du fonds, ce sont ceux qui sortent de l'école.

Tu vois un jeune qui sort de l'Ecole nationale des arts qui n'a même pas de quoi acheter de la peinture ou des toiles. Il y'a aussi des jeunes qui ont des problèmes d'espaces d'expression.

Aussi, 500 millions, s'ils veulent réellement aider les artistes, il y'a la caisse de sécurité sociale des artistes. Combien d'artistes meurent avec des problèmes de santé ? Les artistes ont des problèmes pour avoir de bons espaces de travail.

Avec 500 millions, on peut aller au village des arts, il y'a des l'espace là-bas et créer de grands ateliers où les artistes pourront travailler », explique Mapathé Diallo.

Toutefois, Viyé Diba est d'avis que « rien de tendancieux » n'existe dans la répartition des fonds du secteur des arts visuels. Il soutient même que «ce sont des gens expérimentés qui vont juger les travaux».

Rappelons que sur le document de l'appel à candidature, il est écrit que le ministère de la Culture a envisagé l'acquisition directe en accord avec le sous-secteur des arts visuels.

Le cri de cœur des artistes plasticiens survient après celui des danseurs qui se sont dit lésés dans la répartition du fonds covid-19. Ils avaient craché sur ce qui leur est revenu surles 3 milliards destinés au secteur de la culture.

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