Sud-Soudan: Le double combat de l'ONU contre la COVID-19 et pour la paix

La mission de maintien de la paix des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS) s'efforce d'empêcher la pandémie de Covid-19 de se propager dans le pays.
23 Juin 2020

L'envoyé de l'ONU au Soudan du Sud a indiqué mardi aux membres du Conseil de sécurité que « le processus de paix vacille » dans le plus jeune Etat du monde confronté à la pandémie de Covid-19 qui risque d'anéantir son système de santé fragile.

Il n'y a à ce jour officiellement que 1.900 cas de coronavirus au Soudan du Sud. Un chiffre qui peut paraître faible mais le nombre limité de tests disponibles ainsi que la stigmatisation sociale à l'égard de la maladie cachent la magnitude du virus dans le pays.

« Le seul antidote au Covid est la prévention », a déclaré David Shearer, le Représentant spécial du Secrétaire général de l'ONU au Soudan du Sud devant le Conseil de sécurité.

« Notre plus grande peur du Covid est son impact potentiel sur un système de santé fragile », a dit M. Shearer qui craint qu'une mobilisation des ressources contre le virus fasse voler en éclat les campagnes de vaccination, les services de santé maternelle et les soins de routines pour des maladies évitables telles que le paludisme, la diarrhée ou la pneumonie. « Cela aurait pour résultat une hausse dévastatrice de morts, bien plus grande que la perte de vie liée au Covid même », a dit le Représentant spécial.

M. Shearer, qui dirige la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS) a plaidé pour la mise à disposition d'équipement de protection individuelle déjà en rupture de stock dans le pays. « 86 agents de santé ont déjà été infectés », a-t-il dit, et leurs collègues vivent dans la peur de l'être également. Les experts estiment que le pic de la pandémie dans le pays sera atteint en juillet ou en août.

Au Soudan du Sud, les Casques bleus et les humanitaires sont confronté à un exercice d'équilibriste : mener à bien leur mission critique de protection des civils tout en se protégeant du coronavirus. Il y a deux semaines, des dizaines de policiers rwandais de l'ONU (UNPOL) sont intervenus physiquement sur un site de protection des civils à Juba pour mettre fin à des combats entre jeunes et, ce faisant, se sont exposés aux risques de la Covid-19. Leur contingent partenaire n'a pas été en mesure de les soutenir car il a été mis en quarantaine, certains membres ayant été testés positifs lors d'opérations antérieures.

« Nous demandons à notre personnel de prendre des risques pour faire leur travail. Mais nous avons le devoir de nous assurer qu'ils sont bien équipés et que les risques qu'ils prennent sont nécessaires. Si nous ne le faisons pas, nous pourrions perdre nos capacités opérationnelles et peut-être des vies. C'est l'équilibre que nous devons trouver », a souligné M. Shearer.

Malgré quelques étapes encourageantes, le processus de paix vacille

Sur le plan politique, l'envoyé de l'ONU a salué « quelques étapes encourageantes vers la paix ». Un gouvernement de transition a été formé. Des Vice-présidents ont été nommés. Des troupes ont été rassemblées sur des sites d'entraînement en vue d'être réunifiés. « Tout cela est positif en comparaison à la situation il y a un an lorsque le gouvernement de transition semblait compromis et que le retour de Riek Machar paraissait incertain », a dit M. Shearer.

La semaine dernière, les parties ont mis fin à un blocage de quatre mois sur la question de l'attribution des Etats. Les gouverneurs n'ont pas encore été nommés mais trois postes devraient revenir à des femmes. « Ces nominations sont critiques pour combler la vacance du pouvoir », a dit le Représentant spécial.

Au Soudan du Sud, l'impasse politique et les restrictions imposées pour lutter contre la Covid-19 ont causé une escalade du conflit, multipliant les incidents violents au cours des quatre dernières années. Résultat : des centaines de civils tués, des femmes et enfants enlevés, des biens volés et détruits et plus de 60.000 personnes déplacées. Un vrai gouvernement unifié aurait empêché une telle tragédie mais au lieu de cela, la violence a été l'instrument de nombreuses parties pour mener des arrangements politiques à tous les niveaux.

« Ce cycle d'impunité alimente de sérieuses violations des droits de l'homme où les civils paient encore une fois le prix de la violence », a déploré M. Shearer, soulignant que « le processus de paix vacille » et requiert « une énergie renouvelée et un nouveau commencement ».

Le Représentant spécial a conclu son intervention au Conseil avec un message au gouvernement et au peuple sud-soudanais : « En travaillant ensemble, nous pouvons surmonter la Covid-19 et aussi faire avancer le processus de paix afin que le Soudan du Sud puisse obtenir la paix durable et la prospérité qu'il mérite ».

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