Cameroun: Appel au cessez-le-feu pour affronter la COVID-19

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Des prix Nobel de la paix, des intellectuels et des Ong internationales appellent au cessez-le-feu dans les régions anglophones. Les populations y seraient plus exposées à la Covid-19.

Arrêter les combats et permettre une meilleure prise en charge de la pandémie de coronavirus. C'est l'appel lancé ce lundi (22.06.2020) au gouvernement du Cameroun et aux groupes armés séparatistes anglophones engagés dans un conflit qui dure depuis presque quatre ans.

Les signataires de cet appel (voir document ci-dessous) sont des lauréats du prix Nobel de la paix, des intellectuels et des organisations internationales non gouvernementales. D'après ce groupe, le Cameroun fait partie des pays africains les plus touchés par le coronavirus et le conflit dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest risque d'aggraver la situation.

Avec environ 12.000 cas positifs et plus de 300 morts de la Covid-19, le Cameroun est en effet en tête en Afrique centrale. Au niveau continental, le pays fait partie des plus touchés par la pandémie.

Accès aux soins difficile

La crise qui déchire depuis près de quatre ans les régions anglophones empêche les travailleurs humanitaires d'accéder à ces zones. Ceci pourrait constituer un facteur aggravant. Et c'est ce qui détermine l'appel lancé au gouvernement de Yaoundé et aux séparatistes anglophones.

Parmi la quinzaine de signataires de l'appel, il y a le Conseil international des infirmières, une organisation basée à Genève.

Howard Catton, directeur exécutif de l'organisation, affirme que "le nombre de cas de coronavirus est en hausse au Cameroun, (ce qui consitue) l'une des situations les plus alarmantes en Afrique en ce moment. Nous croyons que l'accès aux soins de santé fait partie des droits de l'homme. Et on ne doit pas attaquer le personnel humanitaire".

Une crise oubliée ?

Egalement signataire de l'appel, Simon Adams, directeur exécutif du Centre global de la responsabilité de protéger, basé aux Etats-Unis. Il critique le Conseil de sécurité de l'Onu pour dit-il, avoir manqué d'exercer son rôle face à une crise oubliée.

Le gynécologue congolais Denis Mukwege, prix Nobel de la paix 2018, est aussi parmi les signataires.

Est-ce que cet appel a une chance d'aboutir ? Rien n'est moins sûr. Puisque déjà en mars, le secrétaire général de l'Onu, Antonio Guterres, a lancé un appel similaire depuis New York à l'adresse des régions en crise dont le Cameroun. Appel entendu par un seul groupe armé camerounais, l'APLM-Socadef qui a déclaré un cessez-le-feu, indique le communiqué des signataires de l'appel au cessez-le-feu.

L'Union africaine avait aussi lancé un appel similaire, comme le rappelle Maximilienne Ngo Mbe, directrice exécutive de l'ONG Redhac, le réseau des défenseurs des droits de l'homme de l'Afrique centrale.

La DW n'a pas pu recueillir la réaction du gouvernement camerounais.

Mais le colonel Didier Badjeck, ancien conseiller spécial au ministère de la Défense du Cameroun et ancien directeur de la communication de l'armée camerounaise, estime qu'il revient aux séparatistes d'entendre ce nouvel appel au cessez-le-feu.

"Personne n'est d'accord avec le fait qu'il y ait plus de mort car un mort c'est un mort de trop. Pour la pandémie effectivement ça peut être difficile. Il faudrait que ces gens retrouvent la raison et qu'ils saisissent la perche qui leur a été tendue déjà depuis un certain moment", insiste cet ancien officier qui dirige désormais un centre d'informations et de recherche stratégique sur la sécurité.

Le Colonel à la retraite estime aussi que le gouvernement a décidé de lancer un programme de développement dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest où le conflit séparatiste provoque des morts et des fuites de populations.

Un génocide en cours ?

Mais les séparatistes renvoient la balle au pouvoir de Yaoundé. Depuis son exil aux Etats-Unis, l'avocat Harmony Bobga, un des soutiens des séparatistes, demande que les troupes gouvernementales cessent d'abord leurs attaques.

"A l'heure où nous parlons, les soldats de la BIR (Brigade d'intervention rapide, ndlr), les gendarmes, les policiers sont toujours dans les villages en train de massacrer les gens. C'est un génocide qui a lieu et cela continue ! Les Southern-Cameroonians n'ont jamais attaqué. Ils se sont positionnés pour se défendre parce qu'ils sont attaqués. Le coronavirus ne nous amène pas plus de dégâts que la guerre. Que le gouvernement retire ses forces !", martèle Harmony Bobga qui affirme être ouvert à l'appel des signataires et être prêt à convaincre les combattants de déposer les armes en échange du retrait des troupes gouvernementales.

Les personnalités et organisations signataires de l'appel au cessez-le-feu demandent à la communauté internationale et particulièrement l'Onu, l'Union africaine et la Francophonie, d'agir pour que toutes les parties acceptent de faire taire les armes en cette période de Covid-19, avant qu'il ne soit trop tard.

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