Sénégal: Néné Fatoumata Tall, ministre de la Jeunesse - « Nous avons réussi à redonner un nouveau souffle au Prodac »

23 Juin 2020
interview

Dans cet entretien, le ministre de la Jeunesse, Néné Fatoumata Tall, évoque le retard noté dans l'exécution du Programme des domaines agricoles communautaires (Prodac). Mais, elle assure que les obstacles ont été levés pour redémarrer, en un temps record, tous les chantiers. Elle évoque également l'implication des jeunes dans la lutte contre l'épidémie du nouveau coronavirus.

Le Programme des domaines agricoles communautaires (Prodac) a connu quelques difficultés. Où en êtes-vous dans sa mise en œuvre ?

Il est vrai que le Programme a connu de nombreuses difficultés dans sa mise en œuvre, liées notamment aux retards notés dans la mise en place des infrastructures.

Cependant, nous avons réussi à redonner un nouveau souffle à ce programme qui constitue l'un des leviers du président Macky Sall pour réduire le taux de chômage des jeunes.

Depuis quelque temps, des avancées significatives sont notées dans l'exécution de nos projets. Le ministère de la Jeunesse a réussi à relever le défi de redémarrer, en un temps record, tous les chantiers qui étaient bloqués.

Il s'agit, entre autres, du Dac de Keur Momar Sarr à l'arrêt depuis 2017 dont j'ai relancé les travaux depuis août 2019, celui de Keur Samba Kane que nous avons démarré depuis le mois de décembre. La réception de ces ouvrages est prévue au courant de l'année 2020.

Il y a aussi le Dac de Sangalkam dont le démarrage est imminent. S'agissant des Domaines agricoles communautaires financés par la Banque islamique de développement (Bid) que sont ceux de Dodji, de Boulel, de Fafacourou et de Niombato, les cabinets chargés des études techniques préalables sont à pied d'œuvre sur l'ensemble des quatre sites et les rapports définitifs devront être transmis au plus tard en juillet 2020 avec les dossiers d'appel d'offres relatifs à la construction des infrastructures de production.

Pour ce qui est de Kédougou, nous sommes en train de travailler sur un programme de requalification qui devrait radicalement changer le visage du Dac qui abrite actuellement une station piscicole qui n'existe nulle part dans la région. S'agissant des Dac de Matam et de Diobass, nous sommes en train de chercher les financements et nous avons espoir que, sous peu, nous allons démarrer les travaux.

Combien de Domaines agricoles communautaires (Dac) ont été réalisés ? Est-ce que le projet du Dac de Dakar attendu à Sangalkam est avancé ?

A sa création en avril 2014, le Programme avait pour ambition de réaliser, dans sa phase pilote (2014-2019), onze domaines agricoles communautaires (Dac) répartis dans dix régions du Sénégal.

Cependant, pour diverses raisons, huit Dac ont pu trouver des financements dans le cadre de deux projets phares : le Projet de Green 2000 (pour les 4 premiers Dac), financé entièrement par l'Etat du Sénégal pour un montant de 29 milliards de FCfa et le Projet de développement de l'entrepreneuriat agricole au Sénégal (Pdeas), d'un montant de 52 milliards, financé par l'Etat du Sénégal et la Banque islamique de développement (Bid).

A ce jour, seul le Dac de Séfa (Sédhiou) a été réceptionné à cause notamment des difficultés que j'ai énumérées plus haut. Toutefois, la réception prochaine des Dac de Keur Momar Sarr et de Keur Samba Kane portera le nombre à trois d'ici la fin de l'année.

Concernant le Dac de Sangalkam, il est important de rappeler qu'au mois d'avril 2019, le dossier était au point mort dans la mesure où le financement n'était pas bouclé à cause de problème de procédure administrative entre le Prodac et la Dcmp.

Aujourd'hui, je suis heureuse d'annoncer à la jeunesse de Dakar que tous les blocages au plan administratif et financier ont été levés.

Les études techniques sont bouclées et les équipements entrant dans la construction des infrastructures, déjà commandés, seront réceptionnés d'ici la fin du mois de juin. Tout compte fait, les travaux du Dac de Sangalkam démarreront avant le début du mois de juillet.

Quelle est la relation du ministère avec Green 2000, l'entreprise israélienne chargée de la réalisation des centres de services et de formation agricoles dans les Dac ?

Green 2000 est notre partenaire dans le cadre de la construction des Domaines agricoles communautaires (Dac). Nous avons commencé le travail depuis 2014, date de l'implantation du premier Dac à Sefa.

C'est un partenaire privilégié, de confiance aussi. Nous les avons trouvés ici. L'Etat étant la continuité, l'équipe précédente était avec eux et nous avons poursuivi le partenariat. C'est un partenaire crédible. Il a réalisé, pour le moment, le Dac de Sefa et le travail continue.

Actuellement, nous avons fini la réalisation du Dac de Keur Momar Sarr. Le travail technique est fini et nous allons commencer la production.

Dans quelques jours, les plantes vont sortir de terre et le président de la République pourra l'inaugurer. L'autre chantier, c'est le Dac de Keur Samba Kane avec Green 2000 toujours. Nous sommes à 80 % de réalisation et nous pourrons finir dans cinq mois pour l'inauguration.

Pour Sangalkam, nous avons commencé le terrassement du site. Il y avait quelques blocages au plan administratif, mais tout a été levé et il ne reste qu'à démarrer. Le matériel a été chargé en Israël et est attendu ce 20 juin à Dakar.

Tout est fin prêt pour le démarrage de Sangalkam. C'est ce lot de quatre Dac appelés « Dac de la première génération » que Green 2000 avait en charge de construire.

C'est un partenariat qui continue et peut-être que dans l'avenir, on aura à leur confier la construction d'autres Dac. Le partenariat avec Green 2000 est resté intact.

A Sefa, les experts de Green 2000 ont cédé la place aux équipes sénégalaises pour la gestion. Est-ce que les dispositions sont prises pour une gestion durable ?

Tout à fait. Ce qui était prévu au départ, dans le contrat, c'est que Green 2000, après un an d'exploitation, devait laisser la place au Sénégal.

C'est ce qu'on a appliqué. Il y a eu un retard, mais quand nous sommes venus, nous nous sommes dit qu'il faudra que le Sénégal prenne les dispositions pour reprendre l'exploitation de ce Dac.

C'est ce qu'on a fait. Actuellement, on est en train de gérer. Nous avons pris en main la gestion et les jeunes Sénégalais qui travaillent là-bas sont conscients qu'il faut une bonne gestion. Et c'est ce qui est en train de se faire.

Quel est l'impact de ces Dac dans la création d'emplois chez les jeunes ?

Le Programme des domaines agricoles communautaires (Prodac) a été créé pour promouvoir l'emploi des jeunes par l'entrepreneuriat agricole, à travers les domaines agricoles communautaires (Dac), lieux d'insertion des jeunes et des femmes.

L'originalité et la pertinence du Programme résident dans le fait qu'il intervient dans un secteur à fort potentiel de richesses et de main d'œuvre et apporte des solutions adaptées aux problèmes que rencontrent souvent les jeunes porteurs de projets agricoles, à savoir : l'accès à la terre, la formation et le financement des infrastructures.

Par conséquent, l'aménagement d'Unités autonomes d'exploitation (Uae) dans les Dac va fortement impacter la création d'emplois au profit des jeunes.

A titre illustratif, le Prodac s'assigne comme objectif à terme la création d'au moins 300 000 emplois décents et durables.

Maintenant, pour ce qui est des résultats concrets, il est clair que tous les objectifs en matière de création d'emplois et de résorption du chômage des jeunes ne sont pas encore atteints pour la simple raison qu'ils étaient adossés à l'impératif de mettre en place des infrastructures qui devaient accueillir les jeunes entrepreneurs.

Dès lors que le Prodac a mis du temps pour réaliser les infrastructures dans les Dac, naturellement, les objectifs ne pouvaient pas être atteints.

Le chômage des jeunes est une problématique majeure dans notre pays. Que fait votre ministère pour la promotion de l'emploi des jeunes ?

Le ministère de la Jeunesse n'a pas la mission de l'emploi des jeunes, mais plutôt de la promotion économique des jeunes à travers le renforcement de l'employabilité et le développement de l'entrepreneuriat des jeunes. Autrement dit, l'auto-emploi des jeunes.

Dans le cadre de cette promotion de l'auto-emploi, le ministère de la Jeunesse s'appuie sur des leviers qui se trouvent être l'Anpej et le Prodac.

Les autres services du ministère aussi interviennent dans le développement de l'entrepreneuriat et dans le renforcement de l'employabilité des jeunes, à travers des formations sur les compétences de vie, des formations en entrepreneuriat numérique, des formations sur le développement personnel et le leadership, etc...

A part le Prodac, quels sont les projets majeurs en cours d'exécution dans votre ministère ?

L'autre grand projet que nous avons, c'est un projet qui tient à cœur le président de la République. C'est la construction dans chaque département du Sénégal d'une maison de la jeunesse et de la citoyenneté (Mjc).

Le président, dès sa prise de fonction pour son deuxième mandat, a misé sur la citoyenneté des jeunes. Je pense que l'un des projets phares qu'il a prononcés avec le « Sénégal Zéro déchet », c'est la citoyenneté des jeunes.

La citoyenneté des jeunes doit être accompagnée d'infrastructures d'envergure. C'est la raison pour laquelle il disait : « j'ai l'ambition de bâtir dans chaque département du pays une Maison de la jeunesse et de citoyenneté ».

La maison de la jeunesse et de la citoyenneté va permettre aux jeunes de développer leur talent dans les domaines de l'art, de la culture, de la créativité, etc., et d'impulser leur citoyenneté et le volontariat. Nous sommes en train de réaliser ce projet et tout est bouclé. Il ne reste que le démarrage de la construction qui va se faire très bientôt.

Pour cette année, nous avons ciblé 8 départements du pays : Kaolack, Matam, Goudiry, Fatick, Pikine, Guédiawaye, Podor et Vélingara. Tout est fin prêt et nous allons accélérer pour que ces chantiers sortent de terre très bientôt.

Parmi les autres projets majeurs du ministère, on peut citer les collectivités éducatives, le Projet promotion de la jeunesse (Ppj) et les centres conseils pour adolescents, le projet de relance du théâtre et de la musique populaire.

Nous envisageons aussi de mettre en place des parcs aquatiques pour lutter contre les noyades sur les plages interdites à la baignade.

Avec le contexte de la pandémie de la Covid-19, que fait votre ministère dans la sensibilisation si on sait que les jeunes sont souvent ceux qui ne respectent pas le plus les règles barrières ?

C'est vrai qu'il y a eu des jeunes qui se sont peu souciés des règles barrières. Mais, il faut aussi reconnaitre qu'ils ont été très nombreux à se comporter de façon responsable dans la cadre de la riposte.

Lorsque que j'ai lancé mon appel à la jeunesse, pour l'engager dans la riposte, en lui demandant d'être 64 % de la solution (les jeunes représentent 64 % de la population sénégalaise), j'ai noté une forte mobilisation. Cela m'a rendue fière de la jeunesse de notre pays.

Les jeunes ont pris part, de façon remarquable, aux actions de sensibilisation, avec des variantes qui forcent le respect.

Certains ont donné des contributions financières ; d'autres se sont engagés dans des opérations de désinfection ; d'autres encore sont même allés jusqu'à organiser un débat numérique de la jeunesse sur la pandémie et ses conséquences sur l'économie du pays.

Au ministère de la Jeunesse, nous avons suivi avec intérêt cet engagement de la jeunesse après l'appel du chef de l'Etat à toutes les forces vives de la nation.

C'est la raison pour laquelle nous avons lancé un appel aux jeunes, surtout les associations de jeunesse, le Conseil national qui représente les jeunes du Sénégal, et la réponse a été favorable.

Toutes les associations de jeunesse du pays ont répondu à notre appel pour nous accompagner dans nos différentes actions. Nous avons accompagné financièrement le Conseil national qui nous a soutenus dans nos actions de sensibilisation.

Pour ce qui est de certains comportements, vous savez que la jeunesse est un peu rebelle et la Covid-19 est une situation inédite. Je pense que notre message a été bien entendu.

Une partie de cette jeunesse a pris en main le combat pour la résilience économique en créant des machines de lavage des mains, des solutions de gel hydro-alcoolique, etc. Les idées des jeunes sont sorties en masse. D'autres jeunes se projettent même sur l'après-Covid-19. Maintenant, ceux qui ont décidé aussi de braver l'autorité l'ont appris à leurs dépens.

Faudrait-il rappeler que très tôt, le ministère de la jeunesse s'est doté d'un plan sectoriel de riposte, avec les principales activités suivantes comme la remise de kits d'hygiène au ministère de la Santé, aux associations, aux structures scolaires et éducatives, aux lieux de culte, aux ménages ; l'Organisation de sessions de renforcement de capacités sur la prévention de la pandémie de la Covid-19 et la résilience face aux effets économiques néfastes de la crise sanitaire sur la situation des jeunes.

Le ministère a aussi mis à la disposition du Service civique national 150 volontaires pour appuyer la sensibilisation menée par les comités de riposte. On a procédé à un soutien aux activités économiques de 200 jeunes impactés par la pandémie de la Covid-19.

Plus de: Le Soleil

à lire

AllAfrica publie environ 900 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.