Afrique: Accord de Cotonou, quand l'Ue négocie les orientations sexuelles du continent

24 Juin 2020

Les Européens, on le sait, sont très fiers de leurs valeurs et ne transigent pas là-dessus. Mais à travers le monde existent également d'autres aires culturelles où les gens tiennent à vivre selon leurs propres valeurs, sans qu'aucune hiérarchie ne puisse exister entre elles.

Et c'est à cause de cette diversité que l'on parle de relativisme culturel. C'est pourquoi on ne comprend pas l'insistance de l'Union européenne à inclure dans les négociations en cours pour le renouvellement de l'accord de Cotonou qui arrive à échéance le 29 février 2020, les orientations sexuelles.

Cet accord qui lie l'Ue aux Etats d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique a été signé le 23 juin 2000 à Cotonou, après l'expiration de la Convention de Lomé.

Il comporte un volet commercial dissocié de l'aide au développement avec l'instauration de zones de libre-échange plus connues sous l'appellation « Accords de partenariat économique » (Ape).

Jusqu'à présent, l'Accord de Cotonou ne portait que sur les domaines suivants : éducation et formation, paix, sécurité et gouvernance, investissement et croissance économique, migration et mobilité.

Puis d'autres s'y sont ajoutés tels que la démocratie et les droits de l'Homme, le changement climatique et l'éradication de la pauvreté.

Et c'est au nom des droits de l'Homme que l'Ue a introduit les orientations sexuelles dans les négociations.

Si l'on part du fait que chaque société évolue à son propre rythme en privilégiant les valeurs et les codes qui lui permettent de maintenir sa cohésion, alors l'Afrique ne doit pas accepter qu'on lui impose les attitudes qu'elle doit observer à l'égard de telle ou telle autre orientation sexuelle.

Plus précisément, il s'agit de la législation de l'homosexualité dans les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique.

Actuellement, les négociations achoppent entre autres sur ce point, mais selon les confidences faites par un négociateur européen à une grande radio internationale, l'Ue a bon espoir d'aboutir à un accord et que cette posture de refus des Africains ne serait qu'une stratégie de négociation.

C'est le lieu de rappeler la réponse du président Macky Sall à son homologue américain, Barack Obama, en visite à Dakar en juin 2013 qui l'avait interpellé sur cette question. « Le Sénégal est un pays tolérant qui ne fait pas de discrimination en termes de traitement sur les droits .

Mais on n'est pas prêt à dépénaliser l'homosexualité. C'est l'option du Sénégal pour le moment. Cela ne veut pas dire que nous sommes homophobes. Mais il faut que la société absorbe, prenne le temps de traiter ces questions sans qu'il y ait pression », avait dit le président sénégalais.

Et il avait poursuivi en soulignant que le Sénégal a aboli la peine de mort alors que dans d'autres pays elle s'impose car la situation l'exige. Voilà, tout est dit et c'est cette position que doit faire prévaloir notre continent. Il n'arrivera jamais à l'Ue l'idée de négocier les orientations sexuelles avec des pays comme l'Iran ou l'Arabie Saoudite.

Les pays africains présentent des situations différentes entre eux à cause des pesanteurs sociales, religieuses et autres, mais fondamentalement l'homosexualité y est traitée avec tolérance tant qu'elle n'est pas publiquement revendiquée.

En poussant dans le sens d'une légalisation, l'Ue risque de cabrer des sociétés qui rejettent cette occurrence.

Et tant qu'on y est, pourquoi l'Afrique ne négocierait pas avec l'Ue l'acceptation de la polygamie en Europe ? Il ne fait pas de doute que cette demande serait sèchement rejetée au nom des valeurs européennes. Et pourtant l'homosexualité n'est pas plus défendable que la polygamie.

Une autre négociation en cours dans l'Accord de Cotonou, c'est la demande exprimée par l'Ue pour que les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique ratifient le traité de Rome qui permettrait à leurs dirigeants d'être traduits devant la Cour pénale internationale (Cpi) à chaque fois que de besoin.

S'il y a unanimité à reconnaître qu'aucun dirigeant n'est au-dessus de la loi et que ceux qui auraient commis des crimes graves contre leur propre peuple ou d'autres peuples doivent répondre de leurs actes devant la justice, il n'est pas tolérable que celle-ci soit exercée à la carte selon le continent d'appartenance ou la puissance des pays.

Et pour l'instant, malgré les dénégations, c'est ce que l'on voit avec la Cpi car 80% de ceux qui y sont jugés sont des Africains comme si ce sont les seuls à se livrer aux crimes de guerres, génocide, crimes de guerre et d'agression.

Combien de pays ont été dévastés par des agressions extérieures, leurs populations massacrées sans que la Cpi ouvre une enquête ?

Il y a même de grands pays qui ne reconnaissent pas la Cpi mais poussent en coulisses pour qu'elle lance des enquêtes contre d'anciens chefs d'Etat ou des militaires surtout en Afrique.

Ils en font donc un instrument de contrôle des leaders africains dans le cadre de l'ordre global qu'ils veulent imposer au reste du monde.

Notre continent a une instance judiciaire pour juger ses ressortissants qui violeraient massivement les droits de l'Homme : c'est la Cour africaine des droits de l'Homme et des peuples qui siège à Arusha en Tanzanie.

Si la volonté politique existe et des moyens mis à sa disposition, nous n'aurons pas besoin de traduire en justice nos dirigeants hors du continent. Le cas de Hissène Habré en atteste.

Le procès de l'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo et de son ministre de la Jeunesse Charles Blé Goudé devant la Cpi peut faire croire légitimement que celle-ci est instrumentalisée.

Malgré une procédure presque accusatoire, ils ont été libérés au bout de neuf ans de détention par les juges en janvier 2019, mais maintenus dans une semi-liberté car ne voulant pas s'avouer vaincue, la procureure a décidé de lancer une autre enquête.

Plus de: Le Soleil

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