Burkina Faso: Commune de Zam - Dawaka veut un barrage, mais pas celui qui va l'engloutir

Dawaka est une bourgade de la commune de Zam où palpitent un peu plus de dix mille âmes ne sachant plus à quel saint se vouer. Elles ont multiplié les correspondances officielles, les démarches personnelles et les entrevues, mais rien n'y fit.

Au fil des jours, le "pire" se dessine de plus en plus. Le dimanche 21 juin 2020, les habitants ont encore appelé à l'aide pour leur survie.

La préoccupation de ces fils et filles de Dawaka est l'implantation d'un barrage qui menace de rayer leur village de la carte et d'engloutir du coup leur identité et leur culture. Dawaka veut un barrage certes, mais pas celui qui va l'engloutir pour toujours.

Se rendre à Dawaka, surtout en ces temps pluvieux, n'est pas une promenade de santé. Des crevasses, des infrastructures de franchissement en lambeaux et des bas-fonds parsèment le chemin. Dawaka est difficile d'accès.

Et pour la petite histoire, le nom de la localité dérive de « Dao n wa ka » qui signifie littéralement : Un homme est arrivé sur ces lieux.

« Les premiers habitants du patelin, à un moment donné, faisaient face à des pilleurs. Ils sont allés solliciter l'aide du Moogh Naaba qui leur a envoyé son fils Naaba Wéllébré.

Et quand il est arrivé, il a dit : c'est fini les pillages ! Il y a maintenant un homme ici (ndlr : en Mooré : Samè ! Dao n wa ka). C'est ça, le nom du village, Dawaka», a conté Kombi Naaba, à l'état civil Basbi Tapsoba.

Mais ce n'était pas pour sa piteuse route, longue seulement de dix kilomètres, ni pour son histoire que nous y étions le dimanche matin 21 juin.

C'était plutôt pour le nouveau barrage qui fait des mines grises dans le village cerné de collines qui portent des noms tels Kouddaoogo, Koudpoko et Koudbi.

En cette journée très ensoleillée, alors que vieux, coutumiers, notables de la cour royale, jeunes et femmes étaient vent debout chez leur défunt chef, Naaba Yemdé, pour dire non à l'implantation de la retenue d'eau, Adama Compaoré nous mène sur les lieux emblématiques de son village. La toute première halte s'est faite au pied d'une colline. « Voyez cette colline !

On l'appelle Kouddaoogo. Il y a une autre là-bas, c'est la femme. On l'appelle Koudpoko et celle d'à côté c'est Koudbi. L'histoire de notre village commence ici. Notre origine, c'est ici et ce n'est nulle part ailleurs », nous a-t-il indiqué.

Le bonhomme de teint noir ciré, après les collines, nous conduit dans un autre endroit aussi capital que vital. Dans ce vaste domaine très caillouteux reposent depuis des décennies, trois des onze chefs qui ont régné sur Dawaka. Depuis le 28 mai, le village perd peu à peu son luxe d'antan. Il est presque sens dessus dessous.

Des tombes entrouvertes ! Presque toutes les maisons sont marquées d'un sceau blanc. Des arbres sacrés ont déjà fait les frais des bulldozers qui vrombissent depuis le 28 mai. C'est le cas de l'arbre sacré des forgerons qui est déjà à terre. Il en est de même du tamarinier qui faisait l'objet de culte à Dawaka.

«Avec ce barrage, Dawaka n'existera plus»

Tout ce qui tient encore debout dans cette localité l'est pour quelques jours. Sinon tout, sacré comme profane, sera terrassé à Dawaka. Et ses habitants tentent le tout pour le tout.

Alors que nous faisons notre ronde dans cette localité un peu éparse, le tocsin est sonné. Tout le village converge chez le défunt chef. El hadj Saïdou Kaboré est un témoin privilégié de l'histoire du barrage.

Habillé d'un boubou blanc et d'un bonnet défraîchis, l'octogénaire campe le décor. « Evoquer notre situation actuelle nous fait beaucoup de peine. Mais nous n'avons d'autre choix que de parler. C'est un problème lié à la construction d'un barrage ici », a-t-il dit pour débuter son long récit.

Pendant qu'il raconte toute l'histoire de la retenue d'eau à problèmes, il règne sous l'appâtâme royal un silence de mort. Personne ne bronche. On aurait cru que tout Dawaka était suspendu à ses lèvres. Frêle et à la barbichette blanche, le vieillard, au fur et à mesure qu'il déroule l'histoire ses yeux rougissent.

A l'en croire, c'est depuis les premières heures de l'époque post-coloniale que son village demande un barrage. « C'est depuis l'époque de feu Maurice Yaméogo que mon père, Naaba Kiiba, a demandé un barrage. Mais il est mort sans qu'une suite favorable ait été accordée à sa requête.

Après lui, c'est son fils, Naaba Yemdé, qui a poursuivi les démarches auprès d'Oumarou Kanazoé par le truchement d'un de nos neveux. Mais en son temps, l'étude a révélé que Dawaka qui correspond au PK 18 n'est pas propice pour un barrage.

C'était il y a 58 ans. Il y a eu une deuxième étude, il y a de cela 27 ans, qui a concerné les PK 17 et 16. Et les conclusions étaient favorables à la réalisation dudit barrage », a-t-il poursuivi.

Mais une soixantaine d'années après, tout Dawaka est surpris que ce soit le PK18 qui soit retenu pour la réalisation du barrage. Ils crient au complot pour les faire disparaître et appellent à l'aide. « Avec ce barrage, Dawaka n'existera plus.

Aidez-nous sinon Dawaka et Toghin n'existeront plus. Nous n'avons pas les moyens et la force pour nous opposer à ce qui se passe actuellement. Aidez-nous pour que nous ne disparaissions pas ! Nous avons des fils et des petits-enfants qui méritent aussi un patelin», supplie El hadj Saïdou Kaboré.

Saïdou Compaoré, la barbe bien teintée et de petite taille, embouche la même trompette. Lui aussi se désole du revirement et indique que le lieu où on veut implanter le barrage les surprend car ce n'était pas le choix initial.

Aussi, il ajoute que pour ce choix, ils n'ont pas été consultés. « Nous avons été mis devant le fait accompli », a-t-il précisé.

Selon les dires des habitants de Dawaka, ils ont un matin constaté la présence de cargos militaires dans leur village sans rien y comprendre.

Quelque temps après, ils apprendront que les soldats ont été envoyés pour sécuriser le démarrage des travaux. « Ce jour, pour le tracé, il y avait huit hommes en armes qui escortaient le bulldozer et un qui précédait le gros engin avec un véhicule », raconte Adama Compaoré.

Pour El hadj Saïdou Kaboré,un notable de la cour, Kourougou (le lieu des collines) est essentiel dans leur existence.

« C'est là que notre histoire commence. C'est notre lieu de culte parce que c'est là-bas que nous faisons nos sacrifices. C'est trois collines seront désormais dans les eaux du barrage parce que c'est là-bas qu'ils veulent ériger la digue », a-t-il expliqué.

Avec ce barrage, tout ce qui est sacré disparaîtra. Les sépulcres des onze rois qui ont régné sur Dawaka et qui font l'objet de certaines légendes dans la localité seront sous les eaux. C'est une préoccupation qui fait frémir Brigitte Zagré. Elle craint de ne plus avoir de terre natale.

« Qu'ils laissent ce lieu et aillent construire le barrage ailleurs. Nous voulons qu'ils se rabattent sur les PK 16 et 17 pour que nous existions toujours », intime le chef peulh de Dawaka.

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