Burkina Faso: Régions sous menace terroriste - Bala boucle sa tournée à Dédougou

Des élus locaux des 47 communes de la Boucle du Mouhoun, les hauts-commissaires des 6 provinces, les députés de la région ainsi que les autorités militaires et paramilitaires se sont penchés les 24 et 25 juin 2020 à Dédougou sur le problème du terrorisme et la situation humanitaire qu'il a induite dans le grenier du Burkina.

Cette rencontre dans la cité de Bankuy a consacré la fin d'une tournée de la délégation de l'Assemblée nationale avec à sa tête son président, Alassane Bala Sakandé, dans les 5 régions en proie à des attaques terroristes.

De l'aveu même du premier responsable de la région, Sié Edgard Sou, la situation sécuritaire est très préoccupante dans deux des six provinces de son ressort, notamment le Sourou et la Kossi. En effet, les attaques terroristes ont occasionné des mouvements de population et à la date du 7 juin 2020, on compte 32 036 personnes déplacées internes (PDI) soit 15 499 femmes et 16 537 hommes. Ils sont répartis dans toutes les provinces soit 14 684 dans la Kossi, 8 208 dans le Sourou, 6 001 dans les Balé, 1879 dans les Banwa, 988 dans le Mouhoun et 276 dans le Nayala.

Sur invitation de la représentation nationale, les élus locaux et nationaux se sont penchés sur la question à travers 4 communications relatives à la contribution de la 7e législature à la lutte contre le terrorisme, aux efforts du gouvernement dans la prise en charge des PDI, à la mise en œuvre de la loi du 21 janvier 2020 sur les Volontaires pour la défense de la patrie et aux scenarii de la commission nationale électorale indépendante dans la conduite du processus électoral dans ce contexte.

Le point des enrôlements

Dans sa communication, le représentant de la CENI, Adama Kéré, a rappelé les fondements juridiques de l'institution avant d'énumérer ses missions. Parmi ses différentes missions, on retient principalement, la gestion du fichier électoral qui est la première prérogative importante et la conduite du cycle électoral de novembre 2020 impliquant des activités de grande envergure pour aboutir aux élections couplées.

Faisant le point des enrôlements dans la région de la Boucle du Mouhoun, le communicateur a indiqué qu'à la date du 16 juin, 06 sous-zones ont été enrôlées non sans difficultés avec un total de 138 950 personnes inscrites. Il a déploré le fait que la CENI n'a pas pu se déployer dans certaines localités de la province de la Kossi : (Kombori et Sono et quelques villages de Barani et de Nouna) ainsi de la province du Sourou : Gomboro et Toéni.

En outre, il a indiqué que la CENI a mené une étude sur le vote des PDI dont les options ont été soumises au gouvernement et à la classe politique. Pour finir, il a demandé l'accompagnement de l'Assemblée nationale dans la conduite du processus électoral dans des conditions particulièrement difficiles et imprévisibles.

Les autorités militaires, par la voie du Chef de bataillon, Sosthène COULIBALY, Commandant du sous-secteur Nord du GFSOS, ont donné des informations sur l'organisation générale des Forces de défense et de sécurité et sur le nombre de personnes déplacées internes que compte la région. Elles sont aussi évoqué les limites de déploiement des FDS, ce qui a nécessité le vote de la loi sur les volontaires pour la défense de la patrie.

Le PAN, fidèle à sa vision

Arrivé dans la matinée du mercredi, le président de l'Assemblée nationale a d'abord été reçu par l'autorité coutumière de la ville, le chef de canton.

Il a ensuite engagé des échanges avec les autorités coutumières et religieuses, les FDS, les conseils régionaux, les anciens, les jeunes et les femmes. Preuve que les discussions étaient enrichissantes, les audiences se sont déroulées jusque tard dans la nuit.

Après avoir touché du doigt la réalité relatée par les forces vives, l'occupant du perchoir a présidé en fin de matinée du jeudi la cérémonie de clôture marquée par son adresse aux populations de la région à travers leurs représentants.

Il a d'emblée salué l'esprit de sacrifice des FDS et la résilience des populations face aux attaques barbares des terroristes. Selon lui, le parlement, de par sa proximité avec le peuple, ne saurait rester les bras croisés face à ce drame. C'est pourquoi il a accompagné l'Etat par le vote des lois et une série d'actions dans le cadre de la lutte contre le phénomène.

Il a réitéré son appel à l'unité et à l'engagement de tous les leaders à quelque niveau que ce soit pour barrer la route aux ennemis de la Nation.

Avant de prendre le chemin de Ouagadougou, le PAN a remis au nom de son institution 50 tonnes de vivres aux PDI en soulignant l'engagement de l'Etat à créer les conditions de leur retour dans leurs localités respectives.

Abdou Karim Sawadogo

Dramane Sougué

Encadré

Les recommandations

Des sujets de préoccupation et recommandations :

Les principales préoccupations soulevées à l'issue des communications ont porté sur :

Au titre de la CENI

- Le sort réservé aux candidats des communes dites rouges, c'est-à-dire à fort risque d'insécurité ;

- le rapport entre le potentiel à enrôler et le nombre d'enrôlés dans un contexte où les kits d'enrôlement sont souvent défectueux et certaines communes inaccessibles ;

- l'enrôlement effectif dans les zones à fort taux d'insécurité ;

- l'éventualité du découplage des élections au regard de la crise sécuritaire ;

- le sort réservé aux nombreuses communes n'ayant pas encore bénéficié de l'enrôlement dans la région de la Boucle du Mouhoun ;

- le rapport de l'étude sur les PDI n'a pas reçu les orientations du gouvernement et de la classe politique ;

- la problématique du vote des PDI disposant d'une carte d'électeur datant de 2015 et de façon globale de tous les citoyens disposant de leur carte d'électeur qui n'auront pas accès à leur bureau de vote.

Ces préoccupations appellent les recommandations suivantes :

Recommandation 1 : le recrutement et la formation de jeunes dans les zones d'insécurité en vue de procéder à l'enrôlement sous la supervision de la CENI et des Forces de défense et de sécurité.

Recommandation 2 : la prise d'une décision politique sur le vote des personnes déplacées internes.

Recommandation 3 : le gouvernement exige de la CENI un rapport circonstanciel global sur le nombre de communes et de villages non enrôlés à la date du 30 juin 2020 et l'impact de cette situation sur la tenue effective du scrutin dans les conditions légales.

Recommandation 4 : la nécessité d'une analyse comparative des chiffres sur l'enrôlement donnés par la CENI pour aider à la prise de décision sur la tenue des élections ;

Au titre des VDP

- Le besoin d'appui logistique sollicité par les VDP dans le cadre de leur mission ;

- les mesures prises par les Forces de défense et de sécurité pour éviter une éventuelle infiltration dans les rangs des VDP ;

- la place des Dozo dans le dispositif sécuritaire ;

- les dispositions prises pour éviter la radicalisation des prisonniers terroristes ;

- la sécurisation des sites miniers qui sont des zones potentielles de recrutement et de financement du terrorisme ;

- la perception d'une collaboration mitigée entre les Forces de défense et de sécurité et les forces étrangères dans la lutte contre le terrorisme ;

- la demande de plus en plus élevée des communes en dotation de VDP ;

- la problématique de la protection des fonctionnaires et des élus locaux.

Suite à ces préoccupations et difficultés, les recommandations suivantes ont été faites :

Recommandation 1 : le déploiement des FDS le long du fleuve Mouhoun pour empêcher sa traversée par les terroristes ;

Recommandation 2 : l'encadrement des Dozo pour éviter des dérives ;

Recommandation 3 : la prise des textes d'application de la loi sur les pupilles de la nation afin d'accélérer sa mise en œuvre.

Recommandation 4 : le déploiement des VDP sur les sites miniers artisanaux afin d'anticiper dans la lutte contre les attaques terroristes.

Recommandation 5 : l'identification de mécanismes de protection des fonctionnaires et des élus locaux.

Au titre de la solidarité nationale et de l'action humanitaire

- La situation des personnes violées sur les sites de déplacés internes ;

- la non-disponibilité des sites de pâturage pour les déplacés internes ayant des troupeaux et qui engendre des conflits entre éleveurs et agriculteurs ;

- les difficultés rencontrées par les maires pour faire face aux multiples sollicitations des personnes déplacées internes ;

- la concentration des PTF dans les zones sécurisées au détriment des zones à risque sécuritaire ;

- la situation humanitaire et de promiscuité des élèves déplacés dans la commune de Tougan ;

- la précarité des familles hôtes des PDI ;

- la sécurisation de l'action humanitaire

Ces préoccupations et difficultés soulevées appellent les recommandations suivantes :

Recommandation 1 : prévoir une sanction pour les auteurs de viol sur les sites de déplacés internes

Recommandation 2 : étendre les actions de prise en charge à toutes les personnes déplacées internes et aux familles hôtes.

Recommandation 3 : prendre des mesures d'ordre budgétaire pour permettre aux maires de faire face aux sollicitations des personnes déplacées internes.

Recommandation 4 : le développement des activités génératrices de revenus au profit des PDI.

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