Cote d'Ivoire: Gouessesso - Que reste-t-il de la résidence du général Guéi Robert 18 ans après sa mort ?

En provenance de la ville de Sipilou où nous avons effectué une mission de terrain, nous arrivons à Gouessesso dans le département de Biankouma. La seule évocation du nom de "Gouessesso", village maternel de feu le général Robert Guéi, ex-Chef de l'État ivoirien, nous contraint à marquer un arrêt pour visiter ou revisiter la résidence de ce dernier. Une résidence chargée de symboles et qui renferme une partie de l'histoire récente de la Côte d'Ivoire.

Il est 18h 30 min, lorsque nous foulons le seuil de la résidence du général Robert Guéi. Crapauds coassant et oiseaux chantant semblent accueillir avec joie notre arrivée dans une demeure au charme exotique vieilli, constituée de plusieurs cases attenantes et d'une maison principale. À peine éclairée, la grande partie plongée dans l'obscurité s'épaissit rapidement par ce temps pluvieux.

Dans la pénombre, un homme nommé Tia Jacques se présente comme étant le cousin du général Guéi Robert. Vêtu de haillons, l'homme revient visiblement du champ. Il remet à plus tard la douche qu'il s'apprêtait à aller prendre pour nous relater le calvaire que vivent les membres de la famille de Guéi Robert depuis son décès et nous servir de guide.

Il nous rappelle que c'est ici que les « jeunes gens » sont venus chercher le général en 1999 pour le porter à la tête de la mutinerie qui a abouti au coup de force du 24 décembre 1999. « J'étais à San Pedro lorsque les militaires sont venus chercher le général. Dès qu'il a pris le pouvoir, je suis rentré au village. La résidence était toujours bondée de monde. Les gens venaient des quatre coins du pays et même de l'extérieur. J'étais à l'aise. Le général Robert Guéi me donnait tout ce que je voulais. Aujourd'hui, c'est la solitude. Nous sommes seuls sans rien. On dirait un rêve », raconte-t-il.

Excepté la résidence principale qui bénéficie d'un entretien irrégulier, les autres pièces abandonnées de la demeure sont tombées en ruine par manque d'entretien. « La fille du général venait passer les week-ends ici mais depuis la maladie à coronavirus, nous n'avons pas de ses nouvelles », ajoute-t-il.

L'habitation de Fabien Coulibaly, son aide de camp ; le grand hangar servant de lieu de réunions avec ses hôtes ; l'écurie du général Guéi Robert ; le grand parking sont passés en revue. L'état de délabrement très avancé de ces pièces est le témoin éloquent de leur manque d'entretien. Le spectacle est triste. Des trous dans la toiture, de l'eau de pluie devenue verdâtre. C'est le même spectacle dans presque toutes les cases.

« J'ai mal quand ceux qui se disent héritiers du général Robert Guéi ne prennent même pas la peine de visiter ses parents. 18 ans après sa mort, la résidence de mon neveu est en ruine. Il ne reste plus que des souvenirs. Si l'on vous dit que les grandes décisions du pays se prenaient ici, vous ne croirez pas », lance Tia Jacques au terme de nos échanges.

A sa suite, nous rencontrons Sadia Diomandé au détour d'une case au toit vermoulu avec une énorme flaque d'eau verdâtre à l'intérieur. Il avoue avec un brin de fierté sa parenté avec le fils de Kabakouma. « Le général est mon neveu », précise-t-il.

Très amer, l'oncle du général fulmine en révélant que seuls deux sur les 30 lampadaires de la résidence sont fonctionnels. Puis apportant de l'eau au moulin de son cousin, il ajoute que depuis la cérémonie rituelle qui a réuni en 2018 tous les cadres de l'Udpci et les gardiens des us et coutumes Dan à la résidence de Guéi Robert, aucun cadre de ce parti n'a rendu visite aux membres de sa famille.

Dix-huit (18) ans après la mort du général Guéi, conclut-il, ses parents vivent dans la détresse et en appellent au secours le Président Alassane Ouattara et le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly pour leur venir en aide et réhabiliter la résidence du général Robert Guéi qui a apporté beaucoup à la Côte d'Ivoire. « Voici la maison de mon père. C'est ici que le général dormait avant de construire sa résidence avec toutes les maisons que vous voyez. Notre bonheur se trouve dans le passé. Aujourd'hui nous sommes des misérables abandonnés par ceux qui ont tout eu grâce à notre frère », regrette Sadia Diomandé. Il se fraie un chemin dans l'arrière-cour dans les broussailles pour nous montrer la tombe de feu son père, un ex-douanier.

Les parents appellent le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly à l'aide

Au moment de quitter les lieux à cause des appels incessants et des coups de klaxons de notre chauffeur resté seul dans le noir, une femme profitant du brin d'éclairage dont bénéficie la demeure pour trier son riz, lance sans détour : « Mon fils, cela fait 18 ans que je pleure mon frère, le général Guéi Robert. J'aurais préféré mourir avec lui que d'être dans cette situation humiliante ». Elle, c'est la mère du jeune Sadia Diomandé avec qui nous venions d'échanger et la sœur du général Robert Guéi.

Elle poursuit en indiquant que tous ceux qui étaient autour du général sont aujourd'hui portés disparus et qu'avec la mort de ce dernier, c'est tout le village de Gouessesso qui est mort. Avant de solliciter l'aide du Premier ministre Amadou Gon Coulibaly en faveur des parents du général Guéi et en vue d'une réhabilitation de sa résidence de Gouessesso. La vieille femme, les larmes aux yeux, entre dans une des nombreuses cases délabrées pour nous montrer l'état de dégradation avancée. L'eau suinte sans arrêt à travers le toit perforé de cette maison.

Pour son fils Sadia Diomandé, malgré la disparition du "Père Noël 1999", sa famille politique et ses amis devraient contribuer à maintenir propre son héritage. Il souhaite que le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly réhabilite cette résidence pour en faire un lieu de tourisme voire un musée pour les futures générations afin d'éviter qu'elle devienne le repaire des reptiles et batraciens.

Nous quittons la résidence de Gouessesso du général Robert Guéi autre fois gardée par des soldats, dans une obscurité plus dense que celle du crépuscule qui nous avait accueillie. Des chants d'oiseaux et cris d'animaux divers s'échappent de l'épaisse broussaille qui l'environne. Nous reprenons la route, heureux d'avoir étanché notre curiosité, laissant derrière nous la résidence de "Papa Roméo" qui continue de résister au climat tropical de l'ouest ivoirien.

Le destin tragique de Robert Guéi n'est pas loin de celui de sa résidence qu'il voulait un lieu de repos.

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