Libye: Oser enfin regarder la vérité en face

Le moins que l'on puisse dire, au vu des évènements qui se déroulent en Libye, et plus généralement d'ailleurs dans la très vaste et très riche région de la Méditerranée orientale, est que les avancées scientifiques, techniques, économiques, financières, sociales qui ont marqué les cinquante dernières années n'ont en rien modifié la tentation des grandes et moyennes puissances de semer autour d'elles le désordre et de privilégier ailleurs la violence dans le seul but de préserver ou d'accroître leurs intérêts.

En témoigne de façon accablante la guerre de plus en plus claire que se livrent en Libye la Russie et la Turquie, mais aussi l'Egypte, les Emirats arabes unis, le Qatar et même, au-delà de cette zone géographique, la France, l'Italie, la Grèce, le Royaume-Uni, bref une bonne partie de la Vieille Europe qui n'a toujours pas pris la mesure de ses responsabilités dans la crise qui dévaste maintenant cette partie du monde.

Au-delà du conflit qui oppose depuis des mois Fayez el-Sarraj, président du gouvernement d'union nationale, et le maréchal Haftar, ce à quoi nous assistons dans le moment présent n'est pas autre chose que la tentative de recolonisation de la Libye, c'est-à-dire la mise sous tutelle par des puissances étrangères d'un pays riche en pétrole et en matières premières qui avait su, grâce à Mouammar Kadhafi, s'affranchir de la tutelle des puissances extérieures et affirmer du même coup sa liberté.

Au prix, certes, d'atteintes évidentes aux droits de l'homme et grâce à la mise en place d'un régime autoritaire, mais avec comme résultat bien tangible la création d'un Etat fort, stable, riche dont les tribus libyennes, jusqu'alors divisées, avaient tiré de grands avantages; avec également, comme résultat, la stabilisation de l'immense zone géographique du Sahel et du Sahara.

Dans ce contexte mieux vaudrait pour les puissances extérieures, et tout particulièrement l'Europe, oser enfin regarder la vérité en face, c'est-à-dire prendre la mesure exacte de leur responsabilité dans les évènements tragiques qui se déroulent sous nos yeux.

Car c'est bien l'assassinat programmé du « Guide libyen » par le président français Nicolas Sarkozy et le Premier ministre britannique David Cameron qui se trouve à l'origine des drames auxquels nous assistons aujourd'hui dans la partie nord de l'Afrique et en Méditerranée orientale avec la montée de l'islamisme radical, la hausse vertigineuse des trafics d'êtres humains, la vague d'immigration sauvage vers les côtes européennes qui en résulte, l'affrontement direct auquel se livrent la Turquie et la Russie sur le sol libyen, la menace de l'Egypte d'intervenir à son tour dans le conflit. Bref la déstabilisation totale d'une zone géographique qui compte parmi les plus stratégiques de la planète et qui fut longtemps l'une des plus stables du continent africain.

Rappelons à ceux qui tentent de l'oublier ou qui refusent de regarder la vérité en face que la solution de ce conflit ne peut sortir que du rapprochement des frères ennemis libyens et que les chefs de tribus qui quadrillent le pays depuis des siècles en sont eux-mêmes convaincus, prêts par conséquent à agir pour ramener la paix sur toute l'étendue de leur territoire. N'oublions surtout pas qu'ils l'avaient dit de façon claire il y a deux ans et demi, le 26 novembre 2017 précisément, lorsque le Haut conseil des villes et des tribus libyennes était venu se concerter à Brazzaville à l'invitation du président du Comité de haut niveau de l'Union africaine sur la Libye, Denis Sassou N'Guesso.

Indiscutablement l'heure est venue pour la communauté internationale de jeter tout son poids dans la balance diplomatique et militaire afin que cette solution de bon sens permette la sortie d'une crise dont la prolongation et l'aggravation provoqueront à coup sûr des dégâts gigantesques si l'on n'y met pas bon ordre très rapidement.

Plus de: Les Dépêches de Brazzaville

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