Ile Maurice: Centres de quarantaine - Quand certains se croient en vacances...

Un homme d'affaires qui fugue pour rejoindre sa femme et ses enfants, un policier qui fait une escapade pour rencontrer «so 35». Mais pas que... Il y avait décidément de l'action du côté des centres de quarantaine durant la semaine écoulée.

Depuis, d'aucuns se posent des questions sur la «sécurité» du côté de ces centres, pour la plupart des hôtels qui ont été reconvertis. On parle d'un certain laisser-aller. Afin d'en savoir plus, nous sommes entrés en contact avec certaines personnes placées en isolement ainsi que des employés du ministère de la Santé, qui ont bien voulu nous éclairer sur la situation dans les hôtels tout en gardant l'anonymat.

«Éna bokou dimounn pé pran sa sitiasion Covid-19-la ala lézer. San ki zot rann zot kont la gravité des choses», lâche d'emblée un officier du ministère de la Santé, qui «visite» actuellement les centres de quarantaine. Ce dernier explique que depuis qu'il n'y plus de cas «local» de coronavirus (NdlR, à hier, nous en étions toujours à cinq cas importés) à Maurice, beaucoup des personnes, surtout parmi ceux qui ont été rapatriés, pensent qu'ils ne risquent rien. «Fason zot kozé mem éna donn linprésion ki zot pa porteur zot. Zot krwar zot safe ek ki zot pa pou kontaminn dimounn... » D'ajouter que cela se passe surtout dans les hôtels qui font office de centres de quarantaine.

Mais que font exactement les patients dans ces centres ? Si certains suivent les règles et précautions sanitaires à la lettre, d'autres pensent «qu'ils sont en vacances». «Juste avant que l'histoire de cet homme qui est parti dîner avec son épouse ne fasse polémique, il y avait un vieil homme qui est toujours en quarantaine et qui jusqu'ici n'a pas été interpellé, qui est parti sur la plage pour rencontrer sa famille. Ses proches étaient au nombre de six, ils avaient les masques baissés et ils faisaient des accolades au patient à tour de rôle. Il y avait même un enfant, je l'ai vu de mes yeux», raconte un homme d'une trentaine d'années, qui est en ce moment en quarantaine dans un hôtel de l'Est.

D'accord, mais comment est-ce que ce vieil homme a pu avoir accès à la plage et rencontrer sa famille ? N'y avait-il pas de surveillance ? Selon des sources, depuis que la situation s'est améliorée à Maurice, certains centres de quarantaine sont devenus plus «flexibles» en ce qui concerne les règles. «D'aucuns permettaient aux patients de sortir dans la cour pour prendre l'air ou faire du jogging tout en préservant la distanciation sociale. Sauf que malheureusement, quand on 'leur ouvre une fenêtre, les gens veulent passer par la porte'», balance l'officier à coups de métaphores.

D'ajouter que c'est pareil en ce qu'il s'agit de la permission qui était accordée aux familles, afin qu'elles puissent venir apporter quelques effets personnels à leurs proches qui étaient en quarantaine. «Si au début c'était permis, dorénavant, le ministère de la Santé a complètement interdit cette pratique, à cause de certains abus. Certaines personnes demandaient en effet à leurs proches de leur apporter de l'alcool et des cigarettes alors que ce n'est pas permis.»

Toutefois, un des résidents d'un centre de quarantaine confie que le fait que la famille ne puisse plus se procurer de l'alcool, n'empêche que «des fêtes» sont organisées dans des chambres une fois la nuit tombée... «Pas plus tard que samedi d'avant, nous avons fait un test de Covid-19. Le dimanche suivant, un des résidents a organisé une petite fête dans sa chambre. Il a accueilli plus de deux personnes à l'intérieur. Lundi, l'un d'entre eux a été testé positif. Depuis cet épisode, les autres qui ont participé à sa petite fête improvisée sont effrayés. Il ne faut pas s'étonner si on a plusieurs cas actifs dans les jours qui viennent dans certains hôtels car il y a vraiment des gens qui se croient tout permis... »

Le ministère de la Santé est-il au courant de tout cela ? Que fait-il concrètement ? Le responsable de communication du ministère explique que des suivis et des visites surprises se font régulièrement dans les centres de quarantaine. «La bonne gestion et le respect des règles sanitaires dans les centres de quarantaines sont une de nos priorités afin d'éviter une deuxième vague. Nous avons établi des règles très claires et il est certain qu'aucun patient n'a le droit de sortir de sa chambre. Nous avons noté certains manquements lors de nos visites et nous continuons nos suivis.»

En chiffres

Le nombre de centre de quarantaine est actuellement de 11, le nombre de patients en quarantaine est de 701, incluant dix membres du personnel de la santé. Alors que le nombre de cas (importés) actifs de Covid-19 est de cinq.

Plus de: L'Express

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