Sénégal: Orchestre Jigenn Ñi - Chanteuses et instrumentistes au-delà des stéréotypes (1)

28 Juin 2020

Elles ont la particularité d'être des musiciennes dotées de voix magnifiques, d'une culture musicale variée, d'un gros potentiel en matière de composition et manient avec virtuosité leurs instruments. Elles ont décidé d'unir leurs destins dans l'orchestre Jigeen Ñi et de conjuguer leur talent pour de briser l'anathème de leur supposée incapacité à exceller là les hommes croient être les seuls à briller.

Elles s'appellent Khady Ngom, Aïssatou Ngom, Evora Vaz, Marième Diome et Ndèye Cissé. Elles sont cinq artistes et partagent la même passion pour la musique, pour les instruments.

Elles partagent aussi une belle connexion et une sensibilité façonnées depuis que le destin les a réunies au sein d'un même groupe : l'Orchestre Jigeen Ñi, le premier groupe instrumentiste exclusivement féminin au Sénégal. Elles ne sortent pas de nulle part ; elles ont toutes baigné dans la musique.

Musiciennes instrumentistes, elles ont la particularité d'être, autant qu'elles sont, des chanteuses. Et de savoir dompter avec beaucoup d'audace et un brin de provocation piano, guitare, percussion, batterie.

Comme se plait à le rappeler son initiateur, Samba Diaité, l'orchestre Jigeen Ñi est une rencontre inédite autour d'un même amour de la musique, sont animés par le même désir de prendre en main leur destin. Elles ont de l'audace et un caractère imposant perceptible à travers leurs voix. «

On a beaucoup de chance d'être là. C'est une expérience inédite ». C'est la phrase qui revient toujours lorsqu'on interroge l'une des membres du groupe, dont Khady Ngom, artiste, chanteuse, pianiste et chef d'orchestre.

« C'est un plaisir de se retrouver dans un groupe exclusivement féminin, maniant batterie, guitare, piano et autres instruments. C'est une chance et on est comme une grande famille au sein de cet orchestre », témoignent qui ont pris leur envol il y a quelques années au sein de cette pépinière de talents.

Sa grande sœur, Aïssatou magnifie cette belle rencontre qui leur a permis de s'épanouir et de vivre pleinement leur passion.

« On est comme une vraie famille. Avec les répétitions, répètent depuis toujours ensemble On passe plus de temps ensemble qu'avec nos familles, ont acquis des habitudes de vieux couple, savent se comprendre d'un coup d'œil ou même sans rien dire. Aïssatou Ngom la batteuse.

Percussionniste de son état, Ndèye Cissé ne nourrit aucun complexe. « Un ami m'a parlé de Samba Diaité. Il m'a fixé plusieurs rendez-vous que je n'ai pas honorés à plusieurs reprises. Quand je suis finalement venue, je ne l'ai pas regretté.

J'ai trouvé des femmes adorables et dès qu'on a répété, le courant est passé. Il y a eu une sorte de déclic », assure-t-elle, fascinée par le respect mutuel que se vouent les filles, la complicité, l'esprit d'équipe.

Cette expérience, a aussi séduit Evora Vaz. « C'est un plaisir d'avoir rejoint le groupe. Quand Samba Diaité m'a contacté, je n'ai pas hésité. C'est vraiment exceptionnel », affirme-t-elle.

Très soucieuse de partager sa passion musicale, Marième Diome, guitariste et soliste s'est épanouie « grâce à cette belle rencontre musicale ».

Elles ont très vite compris que le fondement d'un orchestre, c'est l'esprit collectif. Grâce à leur ouverture, elles forment une équipe dynamique et passionnée, avec une complicité à toute épreuve, sur scène et en dehors, expliquent-elles.

« Notre expérience de la scène nous a permis d'instaurer complicité et de répandre la bonne humeur l'ambiance », assure Aïssatou Ngom, confirmant ainsi la belle communion existant entre ces « sœurs » unies par une passion commune qui n'est autre que l'amour de la musique.

L'Orchestre Jigeen Ñi, selon son manager, Samba Diaité, développe une musique limpide, remplie de sensations, de sensualités et d'émotions, fait de rythme issu divers terroirs ethniques en passant par des sons afros, blues, reaggae, hip-hop, jazz, mbalax, zouk, salsa, etc.

Mais ce quintet veut aller au-delà. Khady Ngom et sa bande ambitionnent de faire la musique autrement et veulent aujourd'hui dépasser leurs influences en mettant en avant leur couleur musicale, leur esthétique.

Faire tomber les barrières

Dans le milieu de la musique, les femmes ont toujours été choristes ou danseuses. Elles sont toujours en retrait, jouent les seconds rôles ; l'accès au métier d'instrumentiste étant jusque-là uniquement masculin. Dans ce groupe, Evora Vaz, la bassiste, qui fait partie des orfèvres du rythme, défie ces stéréotypes et se distingue par son talent.

Pour lui, lui, il est hors de laisser le monopole à la gent masculine. Et elle s'est engagée à lutter avec panache pour s'imposer dans ce milieu. « J'ai toujours aimé la basse, car j'ai toujours eu une bonne oreille musicale », fait savoir celle qui a grandi avec l'amour des mélodies.

Et qui n'a pas hésité à l'école des Beaux arts pour entrer dans l'élite fermée de la basse. Une formation de quatre ans lui a permis de maitriser son art. Son rêve est de devenir une grande icône grâce à cet instrument et d'avoir une reconnaissance qui lui ouvre des horizons encore plus grands.

Pour Evora, « il est important de toujours croire en ce que l'on fait ». Et pour sa vieille passion, elle est prête à tout. « Je veux aller le plus loin possible dans la musique, côtoyer les plus grands bassistes comme Richard Bona, se perfectionner avec la musique qui évolue, mais aussi fonder une famille ».

Marième Diome, guitariste et soliste, s'est aussi imposée dans un rôle traditionnellement réservé aux hommes. L'ancienne rappeuse devenue musicienne a fait ses preuves à force de persévérance. Il est loin le temps où, trop jeune, elle se surprenait avec sa guitare, face à son miroir, à imiter son idole Jimmy Mbaye et autre Jimmy Hendrix.

Elle a cru en elle, en son talent pour réaliser son rêve de gosse. Une formation de quatre ans à l'école des Arts lui a permis de passer un nouveau cap. Le jeu en valait bien la chandelle. Car aujourd'hui, dit-elle, elle n'a pas le sentiment d'être regardée ou jugée avec moins de respect ou d'admiration.

Les instrumentistes de l'Orchestre Jigeen Ñi ne veulent plus se cantonner à un rôle d'intérieur. Avec leur ténacité, leur énergie extraordinaire et leur motivation, ces musiciennes, portées par une passion d'une rare intensité pour la musique, ont fini par démontrer que les instruments n'ont plus de sexe.

Elles ont fini par avoir raison des préjugés, par faire tomber les barrières. Et elles veulent prendre de plus en plus de la place dans la sphère publique.

Réunies par un commun désir de partager leur passion, elles ambitionnent de travailler dur pour sortir des sentiers battus, d'élargir le rayonnement de l'Orchestre et de s'imposer aussi bien sur le plan national qu'international.

Plus de: Le Soleil

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