Congo-Kinshasa: Tambouille au sommet de l'Etat

Le Front commun du Congo (FCC) de l'ancien président Kabila et Cap pour le changement (CACH), la plateforme politique du président Félix Tshisekedi, ont signé un accord de coalition gouvernementale.

Le président de la République qui claque la porte du conseil des ministres, le Premier ministre qui menace de rendre le tablier, le ministre de la Justice qui est brièvement interpelé : il y a comme de l'eau dans le gaz du pouvoir congolais.

En effet, à peine le pays s'était-il remis de ses émotions suite au procès pour détournement de deniers publics et corruption aggravée de l'ex-directeur de cabinet du président Tshisekedi qu'il apprenait, incrédule, l'arrestation du ministre de la Justice, par ailleurs vice-premier ministre. C'était samedi dernier dans la soirée. Interrogé pendant plusieurs heures au parquet général, Célestin Tunda Ya Kasende, le ministre en question, a été libéré sans qu'aucune charge ait été retenue contre lui.

L'honneur est donc sauf sur le plan judiciaire. Sur le plan politique, par contre, le ministre Tunda Ya Kasende, pour avoir transmis au Parlement des avis non validés par le gouvernement et le président de la République sur la nouvelle réforme de la justice, s'est rendu coupable d'un grand impair. Une attitude qui en dit long sur l'état délétère des relations entre les partis membres de la coalition politique qui dirige la RDC depuis 18 mois.

Ainsi, trois propositions de loi portant réforme de la justice faites par trois députés du Front Commun pour le Congo (FCC) de l'ancien président Joseph Kabila ne font pas l'unanimité au sein du gouvernement, encore moins au sein de l'opinion publique. Aux ministres proches de Joseph Kabila, qui soutiennent cette réforme, s'opposent ceux de la tendance Félix Tshisekedi. Les premiers, qui, avec la condamnation de Vital Kamerhe, craignent que les magistrats viennent fouiner dans la gestion des gouvernements précédents, veulent donner un pouvoir d'injonction au ministre de la Justice vis-à-vis des magistrats du parquet ; les seconds au contraire voudraient renforcer l'indépendance des magistrats afin de faciliter la lutte contre l'impunité qui fait le lit des crimes économiques et de sang, une des promesses électorales du président Tshisekedi. On comprend alors la colère de ce dernier contre le ministre de la Justice, un pro-Kabila, qui veut faire adopter ces propositions de loi sans tenir compte des amendements.

Au-delà de ce dossier de la réforme de la justice, c'est la gestion de l'ensemble du pouvoir d'Etat qui divise les alliés d'hier. C'est connu, la majorité des 66 ministres du gouvernement sont du FCC de Joseph Kabila qui a aussi la majorité parlementaire et le plus grand nombre de gouverneurs de région. Le président Félix Tshisekedi est alors comme un général sans troupes, un chef d'Etat dépourvu des leviers du pouvoir qui ne veut pourtant pas se résoudre à une cohabitation où il ne serait qu'un pantin de son prédécesseur. Que faire ? Ou il se contente d'être un président d'opérette bon à inaugurer les chrysanthèmes, ou il œuvre à asseoir son magistère sur l'appareil d'Etat, quitte à remettre en cause les alliances qui l'ont porté au pouvoir.

Ses adversaires lui en laisseront-ils le temps ? Rien n'est moins sûr. De fait, quand un proche de l'ancien président Joseph Kabila affirme haut et fort : « Nous allons annoncer notre plan d'action pour mettre fin à ce chaos, à cette dictature », il est clair que la lune de miel de la cohabitation relève du passé. Cette tambouille au sommet de l'Etat congolais est symptomatique d'une crise politique qui pourrait faire voler en éclat la coalition qui le gouverne.

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Plus de: L'Observateur Paalga

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