Congo-Kinshasa: Tension recurrente entre le FCC et le CACH

Le Front commun du Congo (FCC) de l'ancien président Kabila et Cap pour le changement (CACH), la plateforme politique du président Félix Tshisekedi, ont signé un accord de coalition gouvernementale.

Le bébé de l'inceste survivra-t-il encore longtemps ?

L'attelage FCC (Front commun pour le Congo), de Joseph Kabila, et Cach (Cap pour le changement) de Félix Tshisekedi mis en place lors de la victoire de ce dernier à la présidentielle pour gérer les affaires de l'Etat, traverse des moments difficiles qui, si l'on n'y prend garde, risquent d'aboutir à un clash entre les deux parties. Le dernier acte allant dans ce sens s'est passé le 27 juin dernier. Ce jour-là, en effet, des policiers, sur ordre du parquet général près la Cour de cassation, débarquent chez le ministre de la Justice pour l'interpeller. Célestin Tunda Ya Katende, puisque c'est de lui qu'il s'agit, s'y oppose d'abord puis se rend à la police pour être conduit au parquet. Dans la même journée, le ministre est libéré après avoir été retenu pendant quelques heures. Résultat de cette brève interpellation : la moutarde monte au nez des partisans de Joseph Kabila. Le premier qui a laissé éclater sa colère et son indignation est le patron du PPRD (Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie), Emmanuel Ramazani Shadary.

Le mariage entre Kabila et Tshisekedi n'a jamais été une union d'amour

Ce dernier a notamment martelé ceci : « Pour interpeller un ministre, le parquet doit requérir l'avis de l'Assemblée nationale ». Pour lui, l'interpellation de leur camarade est un acte de dictature qui rappelle l'époque de Mobutu. De ce point de vue, il aboutit à la conclusion suivante : « Nos amis qui sont alliés avec nous, nous leur répétons aujourd'hui avec force (... ) s'ils ne veulent plus de la condition, il faut aller tout droit vers la cohabitation ». Les mots sont clairs. Et ils sont suffisamment révélateurs de l'état d'esprit du camp de Kabila. Et pour la première fois, le Premier ministre, d'habitude très réservé, est sorti pour signifier au président tout le mal qu'il pense de l'interpellation de son ministre.

Pour le chef du gouvernement, Sylvestre Ilunga Ilunkamba, l'arrestation du Garde des sceaux est « arbitraire », car elle ne repose sur « aucun fait infractionnel ». Et le chef de l'exécutif congolais, issu, comme on le sait, du FCC de Joseph Kabila, de mettre l'accent sur les conséquences d'un tel acte. Pour lui, en effet, « cet incident est de nature à provoquer la démission du gouvernement ». On peut comprendre la réaction des gourous du FCC suite à l'interpellation de leur camarade ministre. En effet, l'interpellation d'un ministre de la République obéit à une procédure. Dans le cas d'espèce, Célestin Tunda Ya Katende n'en a pas bénéficié. Mais dans le fond, on peut souscrire à l'action du parquet contre lui.

En effet, on se rappelle que c'est la même personne qui avait porté le projet de réforme judiciaire tendant à remettre en cause l'indépendance de la Justice. De ce point de vue, on peut difficilement le plaindre. Dans le même temps, l'on ne doit pas perdre de vue que c'est « la forme qui tient le fond en l'état ». Cela dit, la brouille qui arrive aujourd'hui entre le FCC et le Cach, n'est pas étonnante. Tôt ou tard, cela devait arriver. En effet, le mariage entre Kabila et Tshisekedi n'a jamais été une union d'amour. C'est un mariage qui a été dicté rien que par les intérêts. Kabila, pour garantir une impunité à sa personne et à ses partisans, n'avait pas hésité à manipuler les résultats des législatives et de la présidentielle.

L'appel à la mise en place d'un gouvernement de cohabitation a été fait juste pour dire à Tshisekedi de ne pas franchir la ligne rouge

Pour faire avaler la pilule, il avait concédé la présidentielle à Félix Tshisekedi au détriment de Martin Fayulu. En contrepartie, Tshisekedi avait promis à son bienfaiteur de ne « jamais fouiner dans le passé ». C'est de ce deal qu'est née l'alliance des deux personnalités. Depuis lors, les scènes de ménage ne font que se succéder les unes aux autres. La scène la plus récente est l'arrestation du Garde des sceaux, et cela sans aucun égard pour sa qualité de ministre. C'est pourquoi l'on peut se demander aujourd'hui si le bébé de l'inceste survivra encore longtemps. On peut se risquer à répondre par l'affirmative car les deux parties savent à quels risques elles s'exposent en consommant le divorce.

En effet, si la situation devait évoluer de sorte à exiger l'organisation de nouvelles élections législatives, les résultats pourraient consacrer la victoire de Martin Fayulu. Cette perspective n'arrange ni Kabila ni Tshisekedi. C'est pourquoi l'on peut être fondé à croire que les deux dirigeants vont appeler leurs partisans à faire baisser la tension de sorte à ne pas exposer la RDC à une instabilité politique dont nul ne peut prévoir l'issue. La prompte libération du ministre pourrait participer de cet apaisement. Mais si Félix Tshisekedi a pu lâcher son allié majeur au sein de Cach, c'est-à-dire Vital Kamerhe, on peut se demander qui il ne lâcherait pas en cas de besoin. Cela, le FCC le sait et le redoute.

Toutes les gesticulations émanant de cette plateforme consécutivement à l'arrestation presque cavalière du Garde des sceaux, peuvent donc se lire comme un message clair destiné à Tshisekedi dans lequel le FCC invite ce dernier, via le parquet, à plus de considérations pour ses ministres. L'appel à la mise en place d'un gouvernement de cohabitation a été fait juste pour dire à Tshisekedi de ne pas franchir la ligne rouge. Et la ligne rouge pourrait être franchie le jour où l'on chercherait à entendre Joseph Kabila par rapport à la manière dont il a géré les droits humains pendant ses deux décennies de pouvoir.

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