Madagascar: À fleurets mouchetés

billet

Cela aurait pu être un fâcheux précédent. Si Emmanuel Macron n'avait pas envoyé la traditionnelle lettre de félicitation au peuple malgache, à travers son président de la République, Andry Rajoelina, à l'occasion de la fête de l'Indépendance retrouvée de Madagascar.

La soixantième de surcroit. Il l'a bel et bien fait, mais la publication de sa missive sur les sites et par les médias officiels locaux a accusé un léger retard. Ce qui a suscité interrogation et stupéfaction parmi les observateurs de la vie politique. Tout est rentré dans l'ordre. Avec en prime, 15 millions d'euros de la France, via l'Agence française de coopération pour le plan de riposte anti-coronavirus. Dans un passé récent, la diplomatie française a trébuché devant le monde entier.

Ainsi, la dernière gaffe française en la matière remonte au 26 juin 2002. Quand, Marc Ravalomanana, autoproclamé président de la République cinq mois plus tôt, a été adoubé par les Forces armées comme leur chef suprême. Il a commandé le défilé militaire au stade de Mahamasina, plein comme un œuf. Et contre toute attente, la France a été le seul pays occidental ayant des relations diplomatiques avec Madagascar, à ne pas envoyer son ambassadeur, Stanislas Lefebvre de Laboulaye, pour honorer la parade militaire en question. « La France se défile », titrait l'Express de Madagascar le lendemain.

Une absence motivée, peut-être, par de mauvais renseignements parvenus au Quai d'Orsay sur la crise politique malgache. Selon lesquels, Didier Ratsiraka et sa poignée de fidèles, retranchés ou « confinés » dans son domicile d'Ambodiatafana, banlieue de Toamasina, depuis le coup de force de Marc Ravalomanana, le 22 février 2002, pouvaient encore renverser la vapeur en leur faveur.

Alors que des « Zanadambo », « Marsouins », des milices pro- Ravalomanana, composés de réservistes sous la houlette du belliqueux général Randrianafidisoa, étaient déjà en route vers Toamasina. Pour couler l'Amiral et son navire à la dérive. Il avait fallu que ses anciens amis du collège Saint-Michel l'eussent persuadé d'abandonner la partie, avant que l'irréparable ne soit accompli, pour que Didier Ratsiraka acceptât de partir. À bord d'un Falcon affrété par la France grâce auquel, avec ses compagnons de galère, il avait fait escale aux Seychelles. Avant de rejoindre l'hexagone. Pour un second exil politique. Cette fois-ci contraint et forcé.

Cette médisance, la France va la payer cash. Car, dans l'après midi de ce 26 juin historique, l'ambassadeur des États-Unis, Wanda Nesbitt, avait remis en main propre au « président » Marc Ravalomanana, une lettre de reconnaissance de fait, signée par George Bush fils. Conscient des conséquences d'une telle infamie, Jacques Chirac a dépêché dare-dare, son ministre des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, futur Premier ministre, à Antananarivo. Pour signifier l'attachement de la France à la Grande île, il a signé quatre accords de coopération bilatéraux d'un coup. Mais des partisans « radicalisés » de Marc Ravalomanana l'ont « vilipendé » à sa sortie du ministère des Affaires étrangères à Anosy.

Mais les représailles de Marc Ravalomanana ont été encore plus féroces. Des ambassadeurs, des journalistes français, ainsi que de simples ressortissants de nationalité française, ont été expulsés. Des entreprises allemandes, moins appropriées que des firmes françaises, ont été préférées pour les contrats de gestion de la Jirama et d'Air Madagascar.

Plus de: L'Express de Madagascar

à lire

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.