Congo-Kinshasa: Zora - Tragique destin d'un champion au grand cœur !

C'est depuis jeudi 23 avril dernier que le boxeur congolais Musasa Kachama (Nkashama) a tiré sa révérence.

Très connu sous le pseudonyme de Zora, le sportif s'est éteint en Italie. L'actualité qui reste fortement dominée ces jours-ci depuis trois mois, par les informations sur la pandémie de coronavirus, occulte quasiment toute autre nouvelle. Lugubre soit-elle.

Rassurons tout de go que Zora est parti comme il a vécu. Un ami italien le trouve assis sur le banc de l'abri de bus à 6heures du matin. Il le salue, Zora ne répond pas. L'ami se rapproche et insiste, Zora ne répond pas. Son corps semble inanimé. L'ami italien le secoue, le tapote et essaie de le réveiller, pensant qu'il serait probablement ivre. Non ! Le boxeur ne réagit pas. L'Italien alerte la police mais aussi les compatriotes de Zora, notamment Claude Tshekele. Ce dernier informe Ali Kalambay et Diavila. La police et l'ambulance arrivent sur le lieu. Le corps est vite acheminé à l'hôpital. Le verdict est sans appel quelques instants plus tard. Zora n'est plus. Kalambay, Tshekele et Diavila n'ont que des yeux pour pleurer. « Que faisait-il à l'arrêt de bus ? Où allait-il en ce temps de confinement » ? Pourrait-on se demander.

Il y attendait le transport pour se rendre à son boulot. Un tueur invisible serait passé par là et aurait mis fin à la vie de notre champion qui ne l'attendait pas. Lui qui a gagné tant de combats vient de perdre celui qu'il n'attendait pas. L'invisible assassin a malheureusement un nom. C'est l'hôpital qui nous le révèle. Il s'appelle AVC, Accident vasculaire cérébrale. Impitoyable !

Portrait du champion

MusasaNkashama Joseph est son vrai nom. Fils de l'enseignant Ntumba Nestor et de Ntumba Albertine mère au foyer. Aîné d'une famille de 11 enfants, le jeune Musasa a terminé ses études à l'académie des Beaux-Arts de Lubumbashi. C'est donc un artiste dessinateur. Il meurt célibataire sans enfants.

Un excellent boxeur de notre époque qui disparait. Sa carrière amateur commence en 1967 au Sud de la République démocratique du Congo, précisément à Lubumbashi dans l'ex-Katanga. Il est entraîné par Joseph MokoenaAggry d'origine sud-africaine. C'est lui qui lui colle ce sobriquet, prénom d'un autre célèbre boxeur américain de l'époque, Zora Folley qui vient de perdre cette année-là par KO au septième round face à Mohamed Ali.

Zora Musasa sur le ring, c'est du style, de la détermination, du fair-play, de la cadence, du rythme et de l'amour du sport qu'est la boxe. Un mélange détonnant pour un sportif zélé. Zora c'est une machine de guerre dans la bonne humeur. Il sait donner du goût de boxer, aux jeunes de sa génération. C'est un champion avant et une idole après le combat. Artiste sur le ring, il jongle avec des uppercuts et des directs au rythme de la cadence qu'il imprime. Celle qui fait tanguer ses adversaires par la rapidité de ses directs. Il entonne le son de la victoire dès les 3 premières minutes du premier round. Zora c'est un passionné du ring. De ses longs bras jaillissent les étincelles d'un KO annoncé pour ses challengers. Un véritable artiste. Il fait la fierté du sport, particulièrement de la boxe de son Katanga natal. As du ring, il gagne souvent si pas toujours sans peine. Ne bat-t-il pas tout le monde ? Apparemment oui serait-on tenté de le dire, à en croire son élogieux palmarès d'amateur. Sa seule défaite connue est un match nul. Mais il n'en reste pas moins cette foudre de guerre qui décime tout à son passage. Oui Zora gagne des combats plus qu'il n'en perd. Des adversaires, il en a. Des redoutables aux célèbres, des plus forts aux moyens, Zora leur fait subir sa loi sur le ring. Difficile de parler de ce boxeur sans faire allusion à ses plus beaux combats ni à ses meilleurs adversaires.

Son meilleur adversaire

Nous sommes à Lubumbashi entre 1972 et 1978. Dans sa catégorie un autre jeune est en train de monter. Il est tout aussi bon et ou tout aussi excellent que Zora sur le ring. Il défraie la chronique sportive. Admiré et adulé des amateurs de la Boxe, le jeune KalambaySumbu ne laisse personne indifférent quand il livre ses combats. Il est le meilleur de sa catégorie. D'année en année il monte et change de catégorie. Sa popularité est au top. Il doit boxer dans la même catégorie que Zora cette saison. Les deux viennent de deux bonnes écoles de boxe de la capitale du cuivre. À savoir Lion's club devenu SimbaNdoki de la commune de Kenya où évolue Zora et Fimbo Club de la Ruashi où Kalambay fourbit ses armes.

En plus des mêmes qualités pugilistiques que Zora, Kalambay a de l'élégance sur le ring, la beauté au bout des gangs, de la grâce dans son jeu et de l'aisance dans l'allure. Ce sont deux beaux styles à la fois systématiquement distincts et semblables. Car à la fin se profile toujours la victoire de l'un de deux contre leurs adversaires respectifs. Faisons marche arrière dans le temps plus de 40 ans avant. Nous sommes au Cinquantenaire la plus grande salle de la ville. Les deux boxeurs tiennent le haut de l'affiche. Ils s'affrontent pour la première fois. Toute la ville en parle.

Sans intense publicité, la salle est pleine avant l'heure. Le combat est rude, et le plus beau de la soirée. Quand Kalambay porte ses coups devant lui en détendant horizontalement et alternativement ses bras gauche et droit à une vitesse d'éclair, Zora réplique par bras fléchi de bas en haut. Cela a le don de perturber l'adversaire moyen. Mais pas celui qui est sur le ring et qui réagit par un jeu de jambes époustouflant digne d'un autre monument appelé Mohamed Ali. De là à devenir Kalambay Ali le sobriquet plus qu'un nom devient nom complet. Et le spectacle est aussi beau que parfait.

Cependant ce premier duel se termine par la victoire aux points de Zora MusasaNkashama sous l'ovation de ses partisans surtout ceux de sa commune, venus en grand nombre encourager leur champion. Les supporters de Kalambay acceptent difficilement mais sportivement la défaite de leur champion. Comme qui dirait : « à chacun son champion, en temps de défaite comme en temps de victoire ». Ils encouragent néanmoins leur idole à envisager un match retour la saison prochaine. Malheureusement contre toute attente, ils essuient une deuxième défaite en la salle de la Paroisse Saint-André de la commune de Kenya, le fief de Zora. Difficile de le battre sur son propre terrain. Le défi semble trop osé pour Ali Kalambay qui ne digère pas cette deuxième défaite.

Au troisième combat à Mbuji-Mayi l'année d'après, Ali Kalambay croit prendre sa revanche. Style revisité, entrainement intense, la préparation semble plus sérieuse que d'ordinaire. Sur le ring, les spectateurs n'en reviennent pas. Le combat est d'un niveau supérieur. Plus beau que ceux du championnat américain. Il fascine. Les deux adversaires sont ovationnés à tue-tête après le dernier round. À raison, les fanatiques de deux camps réclament respectivement la victoire. L'arbitrage aussi. Les juges, de manière unanime tranchent en proclamant un match nul à la grande joie pas seulement des supporters de deux camps mais aussi des principaux protagonistes. Avec sourire, ils s'embrassent.

Et Zora s'envole pour l'Europe après un séjour de quelques mois à Kinshasa. Il atterrit en Italie. Il y livre des combats gagnants de haute facture, à la satisfaction totale de son entraineur et de son manager pendant 2 saisons entre 1978 et 1979. Il boxe tellement bien que son manager lui demande s'il connait un autre boxeur qui serait capable d'offrir un tel jeu et un tel spectacle. Zora a un seul nom dans sa tête comme réponse. C'est celui de Kalambay. En 1980, il le fait venir en Italie, le présente à un manager. Mais il lui dit : « J'ai fait ma part, fais aussi la tienne en choisissant qui tu veux parmi nos coéquipiers compatriotes restés au pays ». Ainsi à son tour,Kalambay fait venir successivement DiavilaSabiyala alias Diable, Béa Suggar, Kalenga Shérif en 1982, Umba Sengi en 1984. Tous sont en Italie où ils ont évolué sauf Kalenga Shérif qui est retourné au pays où il est allé mourir. En 1986,Diavila gagne par KO, est proclamé champion de New-York tandis qu'Ali Kalambay devient champion d'Europe avant de décrocher le titre de champion du monde poids moyen en 1987.

Le déclin du champion

Il est vrai qu'on n'entend plus parler de Zora pendant tout ce temps. Le faiseur des champions se tait. Il ne fait plus parler de lui. En effet, après quatre fructueuses saisons, il passe des moments les plus difficiles de sa vie sportive. Blessé à l'arcade sourcilière au cours d'un combat, il est amené à l'hôpital. Une importante opération chirurgicale a lieu. Son œil est atteint. Le verdict après d'intenses soins de plusieurs semaines est triste. Les médecins conseillent au champion tacticien d'abandonner la boxe. C'est la chute du roi du ring, de l'artiste artisan des victoires. C'est l'unique KO de sa vie qu'il enregistre à son élogieux palmarès. Le champion de Lubumbashi, du Zaïre et d'Afrique tombe. Là nous sommes en 1982. Deux genoux à terre, Il ne remontera plus sur le ring pour aucune compétition.

Les années passent. On l'aperçoit des temps à autres assistant aux combats de son ami Ali Kalambay. Et puis plus jamais. Il vit désormais reclus sur lui-même et sans téléphone, il en a pourtant un qu'il consulte rarement. Point n'est besoin de lui téléphoner, car il ne répond jamais au coup de fil ni aux sms. On ne le voit plus. Seul le vendeur d'alcool du coin de sa rue atteste le voir fréquemment dans son alimentation quand il y passe acheter sa bouteille de vin de champagne un matin ou un soir. Le responsable de la boutique raconte qu'il a dû lui interdire de venir acheter chez lui. Il l'a surnommé « Fulumine » c'est-à-dire Tonnerre. Il n'est pas alcoolique.

Avec ses amis, le contact physique devenu très rare remonte à plus de dix ans. À en croire Ali Kalambay, malgré ce tableau sombre, Zora n'a pas arrêté de travailler ni de s'entraîner. Il devrait aller à la retraite l'année prochaine en témoigne leur dernière conversation. Il est resté aussi fort et aussi bien portant que le même Zora d'antan, sportif d'envergure. À son enterrement seuls Ali Kalambay, Claude Tshekela et deux de ses collègues y sont présents. Triste fin d'un champion adulé !

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