Congo-Kinshasa: Entrave à l'indépendance de la magistrature - Minaku et le FCC seuls contre la majorité silencieuse

Les trois propositions de loi sur la réforme de la justice initiées par deux députés du FCC créent du remous au sein de la classe politique congolaise. Pour leurs auteurs, il s'agit d'arrêter l'excès de zèle des magistrats du parquet, en les remettant sous l'autorité stricte du ministre de la Justice.

L'UDPS, de son côté, estime que l'intention du FCC est de vouloir assujettir la justice, protéger les criminels et, donc, ramer à contrecourant de la volonté du président Tshisekedi d'instaurer un véritable État de droit en RDC. Mais derrière l'UDPS, se range tout un peuple, cette « majorité silencieuse » qui, comme en janvier 2015, avait empêché les parlementaires de voter une loi sur le recensement avant l'organisation des élections. C'est dire que le combat pour l'indépendance de la magistrature crée une véritable union sacrée contre le FCC. Jusqu'où ira le FCC dans ses calculs tentant à bloquer la machine juridique mise en place par le président Félix Tshisekedi ?

C'est désormais une guerre des tranchées entre l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) et le Front commun pour le Congo (FCC). Après les tensions suscitées par l'éviction du vice-président de l'Assemblée nationale, Jean-Marc Kabund et le dossier de demande d'augmentation des émoluments des députés nationaux, le tollé soulevé parles trois propositions de loi initiées par les députés FCC, Aubin Minaku et Garry Sakata, sur le statut des magistrats, est une goutte de trop qui fait déborder le vase déjà plein avec des coups bas concoctés à temps et à contretemps entre membres de la coalition au pouvoir.

En effet, après que la plénière de la Chambre basse du Parlement a déclaré « recevable » les trois propositions de loi et les a envoyées à la commission politique, administrative et judiciaire (PAJ) pour toilettage avant son adoption, la réaction de l'UDPS ne s'est pas fait attendre. Hier mardi 23 juin, le Palais du peuple a été encerclé et pris d'assaut par des motocyclistes communément appelés « wewa ».

Proches du parti présidentiel, ces motards ont manifesté contre les trois propositions de loi et mis en garde leurs auteurs et tous ceux qui s'hasarderaient à les faire voter comme telles.

En effet, le parti présidentiel qui fonde sa conviction politique sur l'instauration d'un État de droit, n'est pas prêt à avaler une loi, fût-elle fabriquée dans le laboratoire de son partenaire, qui violerait le principe sacro-saint de la séparation des pouvoirs, socle d'une démocratie.

Mais l'UDPS a-t-elle des moyens de sa politique pour barrer la route à la grosse machine de son partenaire, le FCC, qui aligne une majorité parlementaire capable de faire passer haut la main n'importe quelle loi à sa guise ?

Seuls contre tous

Pour mener à bien son combat, le parti présidentiel compte sur la force de la rue, mieux sur la majorité populaire et silencieuse. C'est cela le sens de son slogan « Le peuple d'abord ».

Pour justifier leur décision de bloquer cette triple initiative de loi, le président intérimaire de l'UDPS, Jean-Marc Kabund estime que loin d'être un slogan creux, l'état de droit reste un credo. « Le régime des juges nous parait plausible en contrario à celui des intouchables qui se croient au-dessus de la loi », a-t-il déclaré.

Mais dans ce combat, l'UDPS n'y va pas seul. Le combat pour l'indépendance de la magistrature suscite une véritable union sacrée contre le FCC. En effet, l'UDPS, Lamuka et les autres forces vives déclarent leur hostilité aux trois propositions de loi initiées par le FCC sous prétexte d'améliorer le fonctionnement de l'appareil judiciaire.

« Cette manière d'agir de l'UDPS qui, tout le temps, vante la rue est une menace contre la démocratie », a réagi, hier mardi dans un communiqué de presse, le secrétaire permanent adjoint du PPRD, parti de l'ancien président de la République, Joseph Kabila.

Pour les membres du FCC qui sortent d'un régime qui a dirigé le pays durant 18 ans, après avoir reçu les assurances du chef de l'État qu'il n'allait pas fouiner dans le passer, le réveil des juges dérange comme une écharde sous le pied. Visiblement, ceux qui ont trempé dans le détournement des deniers publics vivent avec la peur dans le ventre. Ne sachant pas à qui le prochain tour.

Quoiqu'il en soit, la majorité silencieuse souhaite voir s'installer une République de juges que celle des intouchables qui, 18 années durant, a creusé un énorme fossé entre le peuple et ses gouvernants.

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