Congo-Kinshasa: Les couacs de la coalition

La coalition au pouvoir en République démocratique du Congo (RDC), formée par le Front commun pour le Congo (FCC) de l'ancien président Joseph Kabila et le Cap pour le changement (CACH) du président Félix Tshisekedi, a du plomb dans l'aile.

La brève interpellation du vice-Premier ministre en charge de la Justice, Célestin Tunda Ya Kasende, cadre du FCC, menace de faire voler en éclat la coalition née du rapprochement entre Félix Tshisekedi et son prédécesseur.

En Effet, au lendemain des faits, le Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba, issu du même bord politique que le Garde des Sceaux a exprimé son indignation au chef de l'Etat, dénonçant une arrestation arbitraire, qui ne répond à aucun principe et qui est de nature à provoquer la démission du gouvernement.

Il est reproché au vice-Premier ministre en charge de la justice, d'avoir transmis le 18 juin 2020, à l'Assemblée nationale pour adoption, des observations sur une proposition de loi pour des réformes visant à consolider les attributions du ministre de la Justice, qui verrait son autorité sur les magistrats du parquet croître, alors que le président Tshisekedi a fait du renforcement de la justice, une de ses priorités.

Cette loi controversée a été initiée par les députés du camp Kabila qui dispose d'une large majorité au Parlement congolais. Selon une source judicaire, M. Kasendé pourrait ainsi être poursuivi pour « faux en écriture et usage de faux ».

Cet épisode vient de mettre à nu les tensions latentes entre le FCC et le CACH, une coalition qui s'est pourtant imposée à l'un des camps, en l'occurrence celui de l'actuel président qui a remporté l'élection présidentielle et l'autre disposant d'une large majorité à l'Assemblée nationale.

Du côté des pro-Kabila, notamment sa sœur jumelle, Jaynet Kabila, l'interpellation de leur camarade est une humiliation qui ne saurait être tolérée, au point que les uns exigent une « réévaluation » du partenariat avec le CACH, tandis que pour d'autres, il faut purement et simplement mettre fin à la collaboration.

Une dure épreuve pour le président Tshisékedi, dont le rapprochement avec Kabila, longtemps combattu par son défunt père, Etienne Tshisékedi, avait été sévèrement critiqué par certains.

D'aucuns avaient même vu en la posture du président sortant et son successeur qui filaient subitement le parfait amour, une sorte de deal dont personne ne connaissait les tenants et les aboutissants.

Sans être dans le secret du palais présidentiel congolais, on peut dire sans risque de se tromper que Kabila qui a tenté vainement de s'accrocher au pouvoir, a cru trouver en la coalition, une parade pour continuer à avoir un œil sur la conduite des affaires en RDC.

Pour les observateurs avisés, ce qui est arrivé était plus ou moins prévisible, car à force de vouloir tout contrôler, Kabila finira par pousser l'actuel président un jour à taper du poing sur la table pour affirmer son autorité.

Ce bras de fer offre donc l'occasion à Félix Tshisekedi de tenir un langage de vérité aux caciques du FCC, afin qu'ils sachent que leur proximité avec Kabila ne fait pas d'eux des supers ministres.

Autrement dit, les principes de gestion des affaires de la république s'imposent à tous les membres du gouvernement, fussent-ils, militants de l'ex-parti majoritaire ou même fidèles de l'ancien président lui-même.

L'ex-président Kabila doit aussi comprendre, que la gestion du pouvoir par procuration, dont il rêvait tant, s'avère incompatible avec les principes de la démocratie et les règles de bonne gouvernance.

Tshisekedi, à défaut de suivre les traces de son père qui s'est battu toute sa vie durant pour la cause des Congolais, ne doit pas s'écarter totalement de cette vision. Ce serait à son honneur !

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Plus de: Sidwaya

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