Afrique: Pourquoi les africains aiment l'immobilier ?

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Du besoin de se procurer le logement au besoin d'en tirer profits, il a coulé beaucoup d'eau sous les ponts. Comprendre l'engouement des africains pour l'immobilier de nos jours, nécessite une totale rétrospective sur l'évolution de la notion d'entreprenariat pour les africains. Ne dit-on pas souvent en Afrique que : « Si tu ne sais plus où tu vas, retourne d'où tu viens ».

Depuis l'aube des temps, l'homme a recherché le bonheur. Toutefois, cette notion du bonheur est et reste toujours relative du fait qu'elle varie d'une culture à l'autre, et même d'une personne à l'autre. Il est même dit dans la déclaration d'indépendance des États-Unis d'Amérique du 4 Juillet 1776 : « Nous tenons pour évidentes par elles-mêmes les vérités suivantes ; tous les hommes ont été créés égaux ; ils sont doués par le Créateur, de certains droits inaliénables parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur ».

Si le bonheur se définit comme étant un état ressenti agréable, équilibré et durable par quiconque estime être parvenu à la satisfaction de ses aspirations et désirs et éprouve alors un sentiment de plénitude et de sérénité, le chemin qui y mène demeure inconditionnellement et indéfectiblement lié à l'argent.

La conception philosophique de cette notion du bonheur battrait en brèche ce point de vue, mais avec plus de réalisme l'on conviendra que sans argent, le bonheur apparait comme un horizon inaccessible. Et c'est là tout l'enjeu du comportement de la nouvelle Afrique.

Une Afrique dans laquelle chacun, loin de s'en rendre compte, se retrouve engagé dans une course effrénée vers ce bonheur argenté.

Certains le recherchent dans la sécurité d'un bon emploi ou dans la création d'entreprises viables, et d'autres dans des placements et investissements aussi divers les uns que les autres.

Aux bons vieux temps comme on aime à le dire, presque toutes les cultures africaines soutenaient et acceptaient la réussite d'un membre, d'un groupe de membres d'une famille, ou encore d'un clan, afin que ces derniers puissent venir en aide aux autres, qui savaient d'office qu'ils ne pourraient pas tous y accéder.

C'était là l'expression de l'altruisme et de la générosité culturelle de l'Afrique, un état de fait que les lecteurs d'un certain âge se souviendront avoir vécu à leur tendre enfance.

Ainsi, le développement durable de l'Afrique était escompté en premier sur des investissements humains. Cette frange d'africains privilégiés trouva opportun de créer des entreprises structurantes, innovantes et viables pouvant massivement offrir des emplois stables en cohérence totale avec la citation de Shantideva selon laquelle : « L'origine de toute joie en ce monde est la quête du bonheur des autres, et l'origine de toute souffrance en ce monde est la quête de mon propre bonheur » ; citation dont ils ne tardèrent malheureusement pas à voir les revers.

Depuis ces temps, il s'était fréquemment manifesté, des mutations comportementales, phénoménales et non conformes à nos cultures au niveau des africains. Malheureusement, très peu s'en sortirent, pour des raisons aussi diverses les unes que les autres : Malhonnêteté, jalousie, envie, menaces, maraboutages, raquettes, problèmes administratifs, problèmes politiques, préférences ethniques, etc... Les conséquences des déchirures fratricides furent drastiques et sans appel car, ayant fait leurs lots de faillites sèches, de fuites, de meurtres, de suicides, de divorces, d'abandons des enfants, pour ne citer que ceux-là.

« Qui se couche sur le dos et crache en l'air, ne doit pas être surpris que son crachat lui retombe dessus ». Donc, pour éviter que ce nouveau fléau qui a entamé une profonde mutation dans la culture et surtout la notion de l'entreprenariat en Afrique, augmente son entaille dans les poches et les vies des nouveaux investisseurs, les Africains ont décidé de pratiquer la légitime défense entrepreneuriale, en réduisant le nombre d'étapes et de personnes avec qui travailler, afin de maximiser leurs chances de réussite dans leur quête du bonheur. Et pour honorer ces gestes barrières, rien de plus effectif que des investissements immobiliers.

Les hics des investissements immobiliers, ce sont d'abord leurs revenus trop faibles par rapport aux autres investissements. Ensuite, l'immobilier offre très peu d'emplois, et de revenus, par rapport à beaucoup d'autres opportunités d'investissements.

A titre illustratif, lorsqu'un investisseur qui injecte quatre cents (400.000.000) de FCFA dans la construction d'un immeuble, il n'aura à sa charge qu'un seul salarié pour la gestion (recouvrement des frais de location) de cet immeuble, contre des revenus locatifs d'environ un million cinq cent mille francs 1.500.000 F CFA par mois.

Par contre, ce même montant injecté dans un autre domaine (transport, la presse... ) appellera à de nombreuses dépenses (salaires), car pour fonctionner au mieux, il faudrait engager un nombre plus étoffé d'employés, et rapportera plus de revenus. Enfin, l'immobilier a une très faible répercussion dans les vies des tiers.

En termes clairs, le secteur de l'immobilier emploie moins de travailleurs et génère moins de revenus, par rapport à plusieurs autres secteurs d'activités, et cet engouement massif des Africains pour l'immobilier entraine d'office une déstructuration, sinon une dénucléarisation de la société et même de la famille africaine. Malgré tous ces défauts qui n'ont rien de commun à nos cultures d'antan, l'immobilier reste pour ces nouveaux investisseurs échaudés mais avertis, la garantie du minimum de revenus dans le minimum de troubles et dans une atmosphère mieux contrôlée.

Pour les nouveaux africains nantis, l'immobilier n'est ni une question de se protéger contre la nature et ses aléas, et encore moins de faire des profits, mais plutôt de se protéger des siens. Ceux qui ont trop poursuivi la quête de leur propre bonheur exclusif ne l'ont non seulement jamais eu, mais sont aujourd'hui responsables du revirement irréversible de ces nouveaux entrepreneurs africains, entrainant un accaparement et un déséquilibre socio-économique de nos sociétés actuelles.

Plus de: Sidwaya

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